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La Trousse Corrézienne

LTC 22, Société · 5 février 2019

SUR LES BARRICADES GRAMMATICALES de l’écriture inclusive

Caricature de Macron parlant de l'ISF

[dropcap]C[/dropcap]oncrètement, avec l’écriture inclusive, de quoi parle-t-on ? Voici un tour d’horizon – non exhaustif – des modalités qu’elle peut prendre pour sortir la langue française de l’ornière sexiste.

La langue est une somme d’usages déterminés par des conventions sociales, un système de représentation du monde dont aucun usage n’est innocent car s’y dépose discriminations et idéologies. Alors non, changer la langue ne va pas changer le statut des femmes dans la société du jour au lendemain, mais on peut tout de même souhaiter qu’elle se libère des stéréotypes qu’elle draine en donnant une égale visibilité aux femmes et aux hommes – autrement dit qu’elle désinvisibilise les femmes – dans la langue écrite. Parce que l’écriture inclusive n’intervient, comme son nom l’indique, que sur l’écrit.

À la Trousse la question de l’écriture inclusive se pose bien entendu, d’autant plus qu’elle doit adopter une réponse homogène, et elle aimerait y associer la réflexion de ses lectrices et de ses lecteurs. Le choix adopté jusqu’à présent et de ne pas pénibiliser la lecture. Cet article, désireux de présenter un certain panel de possibles, se départ de cette ligne de conduite, pour l’exemple…

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit tout d’abord du point « de toutes les crispations » appelé aussi « médian ». Celui-ci : les étudiant.e.s, ou pour les puristes : les étudiant·e·s.
Il a beaucoup été dit qu’édouard Philippe avait interdit l’utilisation de l’écriture inclusive dans les textes officiels et les manuels scolaires (contrairement à ce que recommande le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes)… mais il a en réalité interdit l’utilisation de ce fameux point médian. Tout comme l’Académie française (qui compte en ses rangs quatre femmes sur ses quarante membres, c’est dire si elle est légitime) qui s’est opposée à l’adoption de l’écriture inclusive, qualifiée non moins que de « péril mortel pour notre langue » (sic). C’est sans doute aussi le point médian qui a braqué les académicien.ne.s. Ou qui a braqué académiciens et académiciennes, c’est selon.

Pour écrire cet article, il m’a fallu choisir. Pour ma part, je préfère doubler (employer le masculin ET le féminin, dans un sens ou dans l’autre, même si ça alourdit), ce qui me paraît mieux convenir à une écriture un tant soit peu « littéraire ». Et je laisse le point médian, que je classe dans la catégorie « abréviation » (assez vilaine mais bien pratique, mais ça n’est que mon avis), pour les tracts, les documents administratifs et les mails, où il ne me dérange pas le moins du monde (tout vilain qu’il soit).

Autre point de crispation : les accords, où le masculin, comme chacun sait, l’emporte sur le féminin. Oui, à ce niveau de répétitions et d’ancrage dans la tête des gens, ça devient un véritable adage. Heureusement, on a un remède, et même plusieurs, pour que la langue parvienne à récupérer ce que le masculin emportait jusque là : l’accord de proximité (ou « règle de voisinage », tout aussi charmant) ! Ça ne vous a pas échappé, il est bien vu de dire, dans les milieux autorisés, que c’était LA règle en vigueur au 17ème siècle, qu’on accordait alors volontiers le verbe avec le dernier mot ou groupe de mots sujet et l’adjectif avec le nom le plus proche qu’il qualifiait, géographiquement parlant. C’est un peu vrai :
on en retrouve même des occurrences chez d’illustres auteurs (auteures aussi, peut-être ?)… Mais ça n’était en revanche pas l’usage le plus commun. Il faut dire qu’au 17ème siècle, les règles étaient beaucoup plus flottantes qu’aujourd’hui, où elles se sont considérablement rigidifiées. Au début du 20ème siècle, cet accord était toléré par les programmes de l’Éducation nationale et apparaissait même dans le Grévisse (la Bible de la grammaire). Ah, les fruits et les fleurs étaient encore belles, à l’époque !

Dans la même famille, on trouve aussi l’accord dit « de nombre ». On n’écrit plus « Cent femmes et un seul homme sont venus à cette réunion sur la parité. » mais « sont venues ». En même temps, ça paraît logique.

Dans le français inclusif, on trouve quand même des points moins clivants. Au moins un : la féminisation des noms de métiers et de fonctions, qui avance dans nos usages bon an mal an. Je parle ici de français inclusif car il n’y a aucune raison de laisser au seul écrit le soin de participer à rendre la langue plus égalitaire. Alors depuis que certaines écoles font des plaquettes pour présenter leurs formations à de futurs ingénieurs et de futures ingénieures par exemple…ça ouvre quand même tout un champ de possibles aux étudiantes.
D’autres variations qui concernent conjointement l’oral et l’écrit sont à mettre en évidence, et peuvent même, pendant qu’on y est, permettre de sortir du clivage binaire, ou de la seule bicatégorisation masculin/féminin, dans la langue. Il s’agit d’employer des mots épicènes (en version simplifiée et contestable -parce que oui, dans la grammaire, il existe des zones de frottement – un mot est épicène quand il ne varie pas en genre pour désigner les individus mâles ou femelles d’une espèce ou quand il varie en genre mais non morphologiquement, la variation étant alors seulement exprimée par le déterminant) et de ne plus dire/écrire Les garçons et les filles sont arrivé?s mais Les enfants sont arrivés ou Les fruits et les fleurs sont magnifiques, remarquables, cette année.  à la place de l’adjectif beaux, beaux.lles ou autre, ce qui évacue le problème. À défaut de le régler.

On peut aussi être un peu inventifs et inventives et trouver des périphrases, ainsi les « académiciens » et les « académiciennes » de tout à l’heure deviennent « les membres de l’Académie », voire très inventives et inventifs (c’est lourd, hein ? Faut s’habituer) avec des néologismes qui créaient le genre neutre qui n’existe pas en français (sauf pour celles et ceux qui s’évertuent à considérer le masculin comme représentant le neutre) ; ainsi les « utilisateurs » et les « utilisatrices » deviendraient les « utilisataires ». Bien qu’encore marginal, cet usage se développe assez naturellement sur l’Internet.
Soyons donc touz inven…(tifs/tives = ? ah la la ! pas facile), que diable !

La société est en mouvement c’est un fait, et la langue a tout intérêt à la suivre, à se départir des idéologies conservatrices lorsque celles-ci sont clairement identifié.e.s. Dans l’attente d’un décret de loi qui validera certainement un jour ces changements, l’usage du français inclusif semble en tous cas se répandre peu à peu. Et même pour celles et ceux qui « tiennent à la langue comme elle est », il est tout de même difficile de ne pas prendre en compte, comme l’écrivait Simone de Beauvoir, qu’« un homme sur deux est une femme » !

Par BEL.LE AMI.E

 

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