HERVÉ KOUBI, l’envers du décor

Dans le numéro 21 de La Trousse (page 12), nous nous interrogions sur le jugement rendu le 14 septembre 2018 dans le conflit du travail opposant cinq danseurs algériens à la Compagnie Hervé Koubi, installée à Brive, leur employeur. Pour en savoir plus, j’ai rencontré un des danseurs, recruté en Algérie en 2010. Une belle histoire qui finit mal.

Il était une fois… un chorégraphe, Hervé Koubi. Il organise, à Alger, un casting pour recruter des danseurs de hip hop. ce danseur est sélectionné avec dix autres parmi deux-cent-cinquante. Un haut niveau. Recrutés, ils arrivent en France. Attention ! Le recrutement de salariés étrangers, non européens et ne résidant pas en France, est encadré strictement par la loi. L’employeur doit déposer une demande d’autorisation auprès de la DIRECCTE¹, permettant au salarié étranger d’obtenir une carte de séjour. La durée de la carte de séjour est liée au type de contrat de travail (Article 12, loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France).

Les contrats sont faits. Les danseurs arrivent, la belle histoire continue. Du travail, et encore du travail. Et de l’entraide. « On est comme des frères retrouvés », dit Hervé Koubi. Une phrase forte : « il fallait que j’aille en Algérie à la rencontre de ces garçons-là, qui sont nés là-bas et que j’aime appeler « mes frères retrouvés ». »

En 2013, le spectacle Ce que le jour doit à la nuit est ovationné. Alors ils dansent, encore et encore. Conduisent aussi. Avant de danser, d’un lieu à l’autre, de Brive à ailleurs. Ils travaillent. La compagnie tourne en France, à l’étranger. De 2010 à 2016, les danseurs sont de toutes les représentations. Une belle réussite, collective. D’un travail collectif. Une belle histoire, vraiment. Je le sens à sa façon de raconter. Le plaisir d’avoir réussi. Tous.

« On signe des contrats, sans rien y connaître, on signe des papiers. » Sans vraiment savoir quoi : CDI, CDD d’usage, intermittence. Compliqué. Les danseurs sont étrangers, maîtrisent mal la langue ; alors la complexité des contrats… ! La confiance est là. On signe. Les frères se sont retrouvés et ils dansent. Et c’est beau.

2015, pour alléger le travail – « il y a cinquante, soixante dates par an ! » – il faut des remplaçants. Les nouveaux arrivés apprennent les rôles. Peu à peu, l’ambiance se dégrade. Lors d’une interview, Hervé Koubi présente la nouvelle création Les nuits barbares ou les premiers matins du monde […] « avec ces danseurs avec qui il vit depuis sept ans » et explique : « avant il y a eu une immense remise en question, on ne continue pas à travailler au bout de sept ans avec intégralement la même équipe juste comme ça parce qu’on est copains. Et on a choisi de continuer. »

Un an après, arrêt brutal pour cinq des premiers danseurs. « On avait dansé à Calais, puis on est rentré à Brive. Je savais qu’il y avait d’autres dates. J’envoie un sms. »
Le 22 février, la réponse arrive : « Vous avez adressé à
M. Rabie Makhlouf ce jour un SMS relatif à un départ pour un spectacle. Je vous confirme que vous ne faites pas partie des personnes sélectionnées pour les dates à venir. »

Fin violente de la belle histoire : travailler six ans avec les mêmes danseurs, « mes frères retrouvés »,et paf. Six ans de travail continu arrêté d’un sms. Rien d’autre.

Embarquement dans le droit français, tribunal des prud’hommes et ce jugement qui non seulement les déboute, mais les condamne : « comme si j’étais un étranger très bien accueilli, et que je devrais au moins être reconnaissant. » Et pourtant Koubi dit en 2018 : « il ne tient qu’à nous […] de redéfinir notre rapport à l’autre pour parvenir à faire une place à l’étranger dans notre société. »
Le discours et les faits. Le décor, et son envers. Les cinq danseurs ont fait appel.

1 – Direction Régionale des Entreprises de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi

PAR JULES

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