Illustration de poulets en deux groupes distincts, blancs et noirs, représentant les divisions causées par les politiques de biosécurité dans l'élevage aviaire, soulignant les défis des petits éleveurs comme Nacer." Titre : "Division dans l'Élevage: L'Impact des Politiques de Biosécurité

La volaille de Nacer – Suite et clap de fin

Dans le numéro 44, fin 2022, nous avions rencontré Nacer, éleveur de poulets de plein air, certifiés agriculture biologique. Il nous avait fait part des absurdités violentes par lesquels lui et d’autres passaient. Un an et quelques plus tard, où en est-on ? Est-ce que « la biosécurité » a bien tout résolu ?

Pour rappel, en 2022, la énième crise aviaire survient. Une grosse crise. En France, le nombre de cas explose. Majoritairement dans les élevages industriels. Ce seront plus de 22 millions2 d’animaux abattus entre 2021 et 2022. Nacer est engagé dans la défense de l’élevage en plein air. Il se bat au sein de la Confédération paysanne (la Conf’) pour que les arrêtés de « claustration » (enfermement) ne s’appliquent pas à tous les élevages de la même façon. Car, à terme, déclare-t-il à l’époque, « c’est la mort des petits élevages de plein air ».

Fin d’été 2022, lorsque nous rédigeons ce premier article, l’épidémie est dans un creux. Nacer a pu reprendre le marché. Mais les conséquences financières sont lourdes, les éleveurs attendent une compensation financière pour pouvoir rester à flot. Dans leur rapport parlementaire paru en avril 2023, les députés Philippe Bolo et Charles Fournier « saluent l’efficacité globale du système d’indemnisation et d’accompagnement qui a permis de prendre charge intégralement les pertes résultant de la destruction de la production contaminée par le virus, de la destruction préventive ou de la réforme anticipée de la production non contaminée pour prévenir le risque de diffusion du virus. » En réalité, comme d’autres, Nacer passe entre les mailles du filet : à moins de 10 kilomètres d’un foyer de grippe, il a dû mettre son exploitation à l’arrêt pendant quatre mois, mais aucun cas sur sa ferme donc pas d’indemnisation. Aucun dispositif n’est prévu pour sa situation.

Une autre politique sanitaire est elle possible ?

Fin 2022, début 2023, moment d’espoir, la Conf’ porte un projet d’expérimentation sur la différenciation de traitement selon les types d’élevage, conjointement avec la DGAL (Direction générale de l’alimentation). Toujours selon le même rapport, pour la rédaction duquel sont auditionnés les acteurs concernés : « Les services préfectoraux de Vendée ont indiqué avoir d’abord été dans l’illusion de maîtriser la situation et avoir cherché à combattre l’épizootie par les moyens habituels. La situation s’emballant […], les services de l’État, les moyens d’abattage et d’équarrissage ont été submergés.
Les personnes auditionnées par les rapporteurs ont décrit un véritable « traumatisme » pour les éleveurs et les services chargés de la gestion de crise. Au pic de la vague épizootique, ce sont les éleveurs qui ont pu être menés à tuer leurs propres volailles. Les rapporteurs ont noté des méthodes de mises à mort contestées tant du point de vue de la biosécurité et du bien-être animal (arrêt de l’alimentation, de l’aération et de l’éclairage). 
»
Ce que défendent Nacer et la Conf’ est rejoint par les rapporteurs parlementaires : « Le modèle très segmenté de production de volailles favorise les mouvements d’animaux et de personnes qui sont des vecteurs importants de diffusion du virus malgré des protocoles de biosécurité très stricts. Ils recommandent l’ouverture d’une réflexion sur la réduction des flux entre élevage. Ils considèrent en outre que le modèle autarcique constitue un modèle pour l’avenir. Ils appellent également les pouvoirs publics à se saisir de la question de la densité au sein des élevages qui constitue un facteur de risque du point de vue épizootique mais également du point de vue de la qualité de l’alimentation [et] du bien-être animal […]. »
Mais après la manifestation de Sainte-Soline contre les méga-bassines, à laquelle la Conf’ participe, en mars 2023, « on a senti un changement dans les relations avec le ministère ». Et puis la nouvelle réglementation tombe : depuis octobre 2023 la vaccination est obligatoire pour les canards d’élevages, mais les autres volailles sont concernées aussi4. Pas de traitement différencié, on continue dans l’idée d’éradiquer la maladie. Même si cela a déjà échoué en 2022.

La fin de l’élevage paysan ?

Le nouveau cadre impose de protéger la volaille de la faune sauvage (enfermement) et de la vacciner, « ce n’est plus le même métier ». Nacer sent que c’est sa méthode de travail qui est sanctionnée. En grande difficulté financière, il décide d’arrêter son exploitation. « De nos jours il ne sera plus possible de s’installer comme je l’ai fait. Continuer, cela voudrait dire augmenter le nombre d’animaux. Refaire les bâtiments, c’est à la limite d’un bloc opératoire. Et puis c’est mentir au consommateur, élevage plein air mais à l’intérieur. Je ne suis pas contre les vaccins en général, mais là c’est notre alimentation, on a vu ce que donne la médecine allopathique dans l’alimentation avec l’antibiorésistance, cela se transmet systématiquement.
Beaucoup cèdent et font les mises aux normes à renfort de prêt bancaires. Certains arrêtent, pour tous c’est épuisant. Il y a une grosse pression financière. Un pas après l’autre on s’approche d’un système d’intégration, ce qui est du salariat déguisé. Je veux pouvoir décider comment mener mon élevage, c’est impossible dans un système intégré. La filière volailles est partie comme ça maintenant. On n’a pas réussi à fédérer.
 »

Et l’éleveur ?

« J’ai choisi la volaille par élimination, l’envie c’était d’être agriculteur. Utile. L’alimentation est cruciale et touche tous les sujets : aménagement du territoire, démographie, santé… j’avais envie d’y apporter une réponse personnelle. Là c’est super dur, pour digérer ce qui s’est passé j’ai envie de passer à autre chose. L’entreprise fonctionnait, les animaux étaient bien, j’étais bien, épanoui, les clients en redemandaient. »
Un huissier de justice va mettre en vente la ferme. Nacer a tout perdu, pas de droit au chômage, rien derrière. « Ça va être un peu compliqué, mais j’ai la chance d’être épaulé. Notamment par Solidarité Paysans. J’ai le cœur gros, mais il ne faut rien lâcher. Je ne vois pas bien ou on va, le temps joue contre nous. On continue à se battre, notamment sur la souveraineté alimentaire. Il faut rester mobilisés. Un des enjeux à court terme ce sont les élections de la Chambre d’agriculture, c’est là qu’est définie la politique agricole. »

APRIL et MAMIELALA

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