Caricature de Pascal Coste virant des animaux

KAÏ, KAÏ, le Département transitionne !

Lors de sa séance du 06 juillet 2018, le Conseil départemental de la Corrèze adoptait à l’unanimité la présentation du Contrat de Transition Écologique (CTE) concernant tout le département. Quesaco et quoiqu’y a là-dedans ? Que du beau ma bonne dame !

Le CTE, une vie cachée

Ce CTE est bien sûr construit sur la base d’une large concertation comme la journée du 6 avril 2018, (cf. La Trousse N° 18, page 3).
Tellement proche du citoyen d’ailleurs que lorsqu’on cherche avec un moteur de recherche Contrat de transition écologique département corrèze, on trouve une page sur ledit site du département, qui n’est plus disponible, et une autre montrant notre Président départemental signant « des projets ambitieux » pour la Corrèze. Si vous voulez des informations sur le CTE, il ne vous reste plus qu’à lire les actes administratifs du mois de juillet 20181. On trouve aussi une présentation dans Corrèze magazine N° 140, mais très générale.
« La gouvernance sera fondée sur la mise en place d’un Comité Technique. Ses réunions trimestrielles permettront le suivi du contrat… »1 Les actions commencent en 2018. Pourrait-on, nous citoyens administrés de base, avoir accès à ce suivi ?

Bref, quatre axes (rien de rare, le Département fait le bon élève en reprenant, mot pour mot, les priorités ministérielles), cent-soixante-dix actions dégagées. Wahou, cent-soixante-dix actions de transition écologique !

Du renouvelable… recyclé

On y trouve, entre autre, les projets d’énergies renouvelables des différents acteurs locaux : « Le potentiel en énergie renouvelable est très important en Corrèze. » ¹L’ensemble coordonné par une structure départementale dédiée.
Apparaissent ainsi trois fiches « cadastre solaire » :
départemental, agricole, et sur la communauté d’agglomération de Brive. Celui du Parc Naturel Régional Millevaches fonctionne déjà et propose une simulation : apparaît sur le toit du bâtiment choisi « rentable en bénéficiant du tarif de rachat sur vingt ans », tarif de rachat payé par les consommateurs d’électricité (cf. La Trousse N° 18, page 17).

La partie biomasse du CTE mélange allégrement les fiches « études », avec celles « réalisation » comme « réseaux de chaleur bois » et méthanisation ce qui rend la lecture complexe.
Le département peut « recevoir un nombre important de projets de méthanisation » en particulier en lien avec l’activité agricole. Les fiches commencent par « Peu ou pas d’énergies renouvelables produites en Corrèze ». sympa lorsqu’on se rappelle la construction des barrages. Pour rappel, les méthaniseurs « à la ferme » sont très présents en Bretagne et souvent liés à un élevage achetant beaucoup d’aliments et donc produisant par unité de surface beaucoup de déjections animales.
Pour nos élevages bovins, souvent extensifs, ils produisent du fumier qu’ils épandent sur leur sol et la boucle est bouclée. Il faut préciser qu’alimenter un méthaniseur avec du fumier, complété par d’autres ressources comme des déchets verts, pour produire du gaz et utiliser les résidus de méthanisation en engrais n’est pas équivalent du tout à un apport de fumier ou de compost.

Enfin, dans ce cadre de méthanisation on trouve un projet à Rosiers d’ Égletons… en complément de chaleur de la très controversée production de tomates (cf. La Trousse N° 15).

Et comme tous ces projets sont consensuels dès qu’on parle d’intelligence, on trouve un « développement d’un réseau intelligent en Corrèze Smart Grid », c’est-à-dire un réseau électrique permettant de sécuriser l’approvisionnement en zones « fragiles ».
On trouve aussi l’expérimentation d’une route intelligente, type 5ème génération (éclairage solaire, récupération de l’énergie de la chaussée, auto-déneigement, capteurs numériques) en lien avec la Fédération nationale des travaux publics dont l’école est en Corrèze.
Je dois dire que là je ne vois pas bien ce que cela a à voir avec la transition écologique.

Développer l’agriculture biologique

Alors ça, trop bien, pour une fois je vais être pour. J’ai pas été déçue ! Vous connaissez notre territoire riche d’herbage et de vaches, pauvre en terres cultivables, et planté à l’ouest de pommiers. Que prévoit le Département ? Une production bovine, extensive, avec des animaux engraissés à l’herbe et en bio ? Eh bien pas du tout ! Trop simple, trop adapté au territoire. Non on diversifie.

Le programme agricole est une merveille de « projet hors sol ». En effet, pour s’adapter aux nouvelles demandes du consommateur, on va faire de la production porcine bio, et de la production d’œufs bio. Comme ces animaux consomment plutôt des céréales peu produites sur notre territoire pentu, humide et au sol peu profond, eh ben, on va les acheter ailleurs. Voilà. On aura de quoi alimenter les méthaniseurs, Extraordinaire non ? Et tout cela sera sous contrat avec le producteur : il saura quoi acheter et vendre, où, à quel prix et comment produire. Sécurisé il va être.
Il est aussi prévu de produire des insectes, de façon industrielle. Pour alimenter les animaux. Pour le moment, le partenaire prévu, l’entreprise Entomofarm, premier producteur français de farine d’insectes, est en liquidation judiciaire depuis novembre 2018.
Pour les pommes, le label bio, ce sera plus tard. La diversification des vergers ne mentionne pas cette certification. Sans doute ne faut-il pas agacer le pomiculteur sensible sur la qualité de sa production depuis qu’un Président l’a promue.

Quant à l’élevage bovin, ben rien. Le Département reparle juste avec la chambre d’agriculture d’améliorer l’autonomie en protéines végétales par des cultures. On s’en cause depuis au moins vingt ans et, pour la protéine végétale, on n’a jamais rien trouvé de mieux que l’herbe. Ou comme certains font déjà depuis longtemps, le méteil, un mélange de céréales et de légumineuses semées en même temps, les légumineuses apportant les protéines dans la ration alimentaire. Ah, mais ça remplit pas le méthaniseur ma brave dame, et puis, c’est pas… comment dirais-je… innovant ?

En clair on fait des bâtiments (avec du solaire dessus), de l’industriel, de l’investissement.
Il y a bien d’autres projets, plus classiques comme isoler des bâtiments, développer un parc de vélos électriques (Brive Uzerche), réaliser un espace de co-working à Chamberet, etc.
Mais aucune réflexion sur le système, aucune remise en cause, on colle les fiches des uns et des autres, on va de l’avant dans la droite ligne des habitudes des fois que, sinon, on recule.

Un pas de côté de temps en temps, regarder juste à côté, là où la transition est très bien expérimentée, sur les ZAD par exemple ? Zut, j’ai dit un gros mot !

Bref, allez voir le programme, c’est divertissant.

 

1 – Département de la Corrèze, recueil des actes administratifs, juillet et août 2018, en ligne sur le site du Département.

CONTRAT DE TRANSITION ÉCOLOGIQUE

Le Département de la Corrèze a été un des deux premiers territoires à être retenus pour élaborer son CTE. Ils sont actuellement vingt.
Ce CTE élaboré de façon concertée à partir de projets locaux, entre les collectivités locales, l’État, les entreprises, les associations… est signé après six mois de travail. Il fixe un programme d’actions avec des engagements précis et des objectifs de résultats.

Pour mémoire : la « transition écologique » est un concept créé par Rob Hopkins, enseignant anglais en permaculture et initiateur du mouvement des villes en transition.1 La transition écologique, dans ce sens, s’appuie d’abord sur les initiatives locales portées par des groupes locaux qui créent pour le territoire concerné une capacité à s’adapter, à encaisser les chocs liés aux bouleversements en cours, en particulier climatiques.
Elle n’est pas qu’une simple couche de peinture verte sur notre société actuelle, mais correspond à un changement de modèle économique et social, qui transformera en profondeur nos façons de consommer, de produire, de travailler et de vivre ensemble.2

1 – https://www.entransition.fr/
2 – http://www.toupie.org/

Par Marie-Laure Petit

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