Besoin d’aide ? Un long chemin semé d’embûches…

Quand on se retrouve, malgré soi, confronté à la police, aux services sociaux, aux tribunaux, aux avocats (et pas besoin d’être délinquant pour ça), c’est extrêmement violent. Récits croisés de ces expériences douloureuses.

« J’ai tout de suite ressenti de l’impuissance, de l’incompréhension face à l’inconnu de tous ces services et à leur fonctionnement obscur au commun des mortels. »

« J’ai des amis qui me soutiennent, qui comprennent ces histoires, qui peuvent m’aider. Et malgré tout ça, c’est une épreuve très dure. J’ai bien senti qu’avec ne serait-ce qu’un seul élément en moins dans cette panoplie, ça aurait été deux fois plus violent et difficile. »

Ces difficultés sont évidemment encore exacerbées pour les étrangers, les personnes en situation irrégulière, isolées, ne parlant pas la langue, analphabètes…

Il est vital de trouver un peu de chaleur humaine, de la ressource, du soutien, de l’aide… et les associations, avec toute leur bonne volonté, ne suffisent pas à soutenir dans ces épreuves.

Il y a ce fonctionnement, cette organisation qui ne protège absolument pas : « On arrive agressée, violentée, menacée, tremblante et démunie, et en face, sous couvert d’impartialité, les droits des agresseurs sont scrupuleusement respectés. » Et c’est la double peine : c’est aux victimes de faire la preuve, de se défendre, d’avoir la force de retourner la massue pour (peut-être) que l’agression soit reconnue.

Dans les difficultés sociales, souvent passagères, souvent consécutives à des accidents de vie, on n’est pas plus aidé.

Il y a des différences d’un département à l’autre : certains accordent des aides d’urgences directes, ou des aides ponctuelles pour ne pas s’enfoncer. Dans d’autres, c’est un prêt qu’il faudra rembourser. La Corrèze n’est pas la plus généreuse.

Il y a l’assistante sociale (AS) de secteur – imposée par notre adresse – qu’on ne manquera pas de rencontrer car tout passe par elle : « des associations organisent des aides spécifiques, mais il faudra une fiche de liaison de l’AS pour y prétendre » si on n’arrive pas à voir l’AS, ni à obtenir ces fameuses fiches, comment fait-on ?

« Il faut non seulement connaître tes droits parce qu’elle [l’AS] ne te proposera pas telle ou telle aide. Il faut faire son boulot ! Lui dire “je veux ça” et lui apporter ton dossier prêt à déposer, sinon il ne se passe rien. »

Encore faut-il être capable de rechercher et de monter tous ces dossiers. « Quand on s’inquiète de comment on va payer son loyer, à manger pour les enfants, les frais pour la voiture (trop chère, mais nécessaire si on ne veut pas se retrouver encore plus isolé !), qu’on n’a pas l’imprimante, ou de quoi payer la cartouche d’encre, le scanner, le temps ou l’énergie de s’occuper de toute cette paperasse ! Aucune administration ne vous fera les photocopies. » La CAF n’a même pas de boîte aux lettres, même devant ses guichets ; on vous fait payer un timbre pour votre courrier !

« Il faut faire un, des, dix dossiers ! Et justifier mille fois nos droits ! » Tout cela s’accumule et écrase.

Il y a aussi le délire numérique, communication hors-sol qui prétend que la technologie va simplifier, faciliter… Plus personne pour vous expliquer comment procéder dans votre situation particulière, passer les bons éléments dans le dossier, au bon endroit, expliquer le processus de l’intérieur.

« La solidarité ici est plus directement humaine (de personne à personne) que structurelle/politique, liée aux réseaux associatifs et au tissu humain. L’action associative vient là où l’État ne fait pas »mais se félicite de cette richesse associative (tout en rechignant à la financer).

Il doit bien y avoir des professionnels « coincés », des gens qui voient la situation des usagers et ne peuvent rien mettre en œuvre parce que leur hiérarchie demande des comptes et exige des postures qui ne sont pas aidantes. Les logiques capitalistes tronquent l’élaboration des politiques sociales. « Il y a l’idée de la solidarité, mais surtout l’économie de la solidarité ! Et des prestataires s’enrichissent sur ces politiques. »

D’une manière générale, la tendance est à punir et à exiger du « mérite » aux personnes fragilisées et en difficulté plutôt que de les aider concrètement à s’en sortir en étant bienveillant face à la difficulté.

Les administrations informent mal sur les aides et droits existants : « Les dispositifs existent. Mais ceux qui en auraient besoin ne le savent pas et n’en bénéficient pas. Et puis, au moindre prétexte vous êtes radié, vous devez rembourser… Ça fait baisser les chiffres, pas le chômage… »

Grand écart entre la situation de fragilité qui pompe énergie et capacités, et les demandes ubuesques des services sociaux, complètement hors d’atteinte quand on est au cœur de la tempête.

Il est grand temps de prendre en compte que nos semblables en difficulté à un moment de leur vie ont besoin de force, de mains tendues, de soutiens, comme n’importe qui, comme nous-même si nous étions dans cette situation.

CAROTTE

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