Balade en forêt de Blanchefort

Blanchefort, c’est un peu notre petit Brocéliande corrézien, empreinte de mythes et de légendes. C’est un écrin de douceur et de sérénité où Dame Nature déploie sa beauté généreuse avec sa diversité d’êtres vivants ainsi que des spécificités géologique. Ici vit le sonneur à ventre jaune, la loutre d’Europe, le cingle plongeur, la parisette à quatre feuilles, le copris lunaire, pour ne citer qu’eux. Ce massif présente également des intérêts archéologiques légendaires et pittoresques.

Située sur la commune de Lagraulière, la forêt de Blanchefort est un massif forestier uniquement constitué de feuillus. Environ deux-cent-soixante-dix hectares qui appartiennent à des propriétaires privés. C’est un site inscrit par la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) ainsi qu’une ZNIEFF (zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique).

Une des légendes rapporte qu’il y eut jadis, à l’emplacement de la forêt, une ville nommée Tulle qui fut détruite par la colère de Dieu à cause des méfaits de ses habitants. Aujourd’hui encore on peut voir des offrandes sur la fontaine de l’ Ermite à l’eau guérisseuse (bougies et morceaux de tissus).

Alors, par cette belle journée d’automne, je décide, appareil photo en main, d’aller me balader jusqu’ à cette fameuse fontaine.

Submergée par la tristesse, la colère, la honte, le dégoût, l’incompréhension de ce massacre sans conscience des êtres de paix pour une poignée de billets, je me suis excusée cent fois pour la bêtise des autres, et après… Ce qui se passe dans les forêts est un crime contre tous les êtres vivants, humains compris. Doit-on continuer d’observer sans rien dire ? Il est grand temps que le crime d’ écocide soit reconnu pénalement, mais les propositions de loi sont encore rejetées.

Cerise sur le gâteau, ce même jour, je tombe sur Le P’tit Corrézien de novembre 2020, journée de merde…

Le P’tit Corrézien (à lire, ça vaut le détour !) tente de convaincre que la déforestation et la replantation de résineux sont des choses indispensables à notre futur, en employant des mots adaptés au désastre écologique tels que « techniques agroécologique », « entretien soucieux de la biodiversité », « éco-reboisement », etc. Ce journal serait indépendant, seulement financé par la publicité comme « Les granules du plateau », « St Angel FOREST », etc. Tiens donc ? Des membres de Faîtes et Racines (1) ont échangés avec la rédactrice avant la parution du dossier : « Le P’tit Corrézien c’est « pas de polémique, pas de polémique ». Résultat, ce dossier ne donne la parole qu’aux industriels qui massacrent la forêt. Les alternatives forestières, la gestion douce, la sylviculture irrégulière sont censurées ».

Dans le dossier du mois « Quelle forêt pour nos enfants ? ». La parole est donné à  Eric Cazassus, qui dirige l’Ecole forestière de Meymac « Les machines ne détruisent plus les sols. Savez vous qu’une abatteuse de 40 tonnes bien équipée ne représente que 3,7 kg de pression au sol par cm², là où un pas de cheval en représente 3,4 ? »

Puis Sylvestre (quel beau prénom !) Coudert, un expert forestier « notre plantation d’ aujourd’hui nous engage sur plusieurs décennies et nous ne pouvons pas nous tromper. Mais que planter ? »

Lionel Say directeur de la coopérative forestière (CFBL), « notre objectif est de produire des arbres », « lors des récoltes, nous laisserons sur pied les « arbres habitats », ceux qui abritent un nid de rapaces par exemple ou un trou de pic ». Sachant que les pics trouent les arbres et que le bois n’est donc pas commercialisable (petit malin !) et que les rapaces ne nichent qu’en massif, jamais sur des arbres isolés… que de mauvaise foi. « Le douglas est plus adapté… Et lorsque nous le replanterons nous allons aussi le mélanger avec du mélèze », « Les coupes rases seront des techniques qui resteront sur la forme mais qui évolueront sur le fond. Elles font partie en futaie régulière d’un mode de récolte normal ». Et Jean-marc Aubessard, président de l’ADAF (Association de développement et d’animation forestière), « Le plan de gestion reconnu par l’ administration offre l’ avantage de recenser toutes les parcelles forestières familiales et de planifier les travaux qui vont être exécutés ( éclaircies, coupe rase, replantation…) sur les dix prochaines années. »

Assez de blabla !

De mon coté, n’étant pas experte, je relève sur son site Internet les propos de Francis Hallé, botaniste de renom : « La forêt est un écosystème naturel dont la mise en place n’a rien coûté à la société. Elle se compose d’arbres autochtones d’âges divers qui se sont implantés spontanément et de la faune qui leur est associée. […] Suffirait-il qu’un terrain soit couvert d’arbres pour que l’on puisse parler de forêt ? Je ne le pense pas, et le public prend trop souvent les plantations d’arbres pour de véritables forêts. Dans les deux cas, il s’agit d’arbres côte à côte, mais cela ne justifie pas de les confondre. Il est temps que cesse cette confusion entre deux ensembles d’arbres que tout sépare et qui s’opposent l’un à l’autre, car, en réalité, les champs d’arbres sont l’inverse des forêts. »

Alors quoi ? Oui à l’abattage systématique des feuillus, aux coupes rases, à la plantation de résineux ? À qui profite cette stratégie ?

Seule la question de couverture du journal me paraît donc pertinente : « Quelle forêt pour nos enfants ? » Affaire à suivre, en forêt de Blanchefort et ailleurs !

(1) Association corrézienne qui agit pour préserver un patrimoine forestier vivant en achetant collectivement des parcelles de forêts menacées.

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