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À Tulle, résister à l’éducation masquée

Joséphine habite dans les environs de Tulle. Elle a deux enfants, l’un est en 6e et l’autre en CE 2. Elle a décidé de ne plus les mettre à l’école depuis l’annonce par le Premier ministre, le 30 octobre 2020, de l’obligation du port du masque par les écoliers dès l’âge de 6 ans.

Comment a mûri cette décision ?

On est à la fin des vacances d’automne quand l’annonce est faite. Il est déjà question que, le jour de la rentrée, il y ait l’hommage à Samuel Paty. À la maison, on ne regarde pas BFM TV. Mes enfants ne sont pas au courant de l’attentat. Ils n’auraient donc pas été à l’école le lundi. Et là, en plus, le ministre fait cette annonce du port du masque à partir de six ans… Bientôt ce sera à la maternelle, puis à la crèche. Déjà que les tout-petits sont toute la journée avec des gens masqués au moment de l’apprentissage des relations sociales ! J’ai dit stop ! Pas d’école dans ces conditions. Et l’aîné a voulu faire de même.

Tes enfants ne font donc pas la rentrée de novembre. Et que se passe-t-il après ?

Déjà je pensais prendre une mesure provisoire, le temps que le gouvernement revienne à la raison. Je ne pensais pas que ça durerait. Et en fait, nous y sommes encore. On nage en plein délire ! Faut voir que, dans le week-end de l’annonce, il y a eu cent-cinquante-mille signatures d’opposition. Je n’étais donc pas la seule à être choquée. J’ai une amie qui n’a pas remis son fils. Mais le problème c’est qu’elle est seule avec un enfant et qu’elle n’a pas réussi à tenir la semaine ! Une copine aussi n’a pas remis son enfant à l’école. Et puis finalement elle lui a fabriqué un large masque en toile pour qu’il puisse y retourner. Une autre a réussi à faire une attestation médicale qui dit que l’enfant ne peut pas porter de masque. Et l’école s’est vue obligée de le prendre ainsi, lèvres et naseaux à nu. Faut que le gamin puisse assumer…

Tu as essayé de mobiliser ?

J’ai écrit aux deux associations de parents d’élève (la PEEP(1) et la FCPE(2)), à la mairie de Tulle, à Tulle Agglo, à la région, au département. Un courrier commun qui dit que les contraintes sanitaires et sécuritaires (le plan Vigipirate est renforcé cause attentat) ne sont pas tenables, ni pour les enfants, ni pour les instits et profs. Je propose la solution du dédoublement des classes. Le port du masque est la goutte hydroalcoolique qui fait déborder l’éprouvette des mesures : désinfection et lavage des mains systématique, sens de circulation, récréations réduites ou alternées, interdiction de jouer avec des objets échangés… Incroyable ! Pour que les parents aillent bosser il faut ouvrir les écoles à tout prix sans hésiter à masquer, contraindre, restreindre les enfants.

Tu as eu des réponses à tes courriers ?

La région m’a répondu qu’elle avait pris contact avec le ministère pour la mise en place de dédoublements de classe dans les lycées. La FCPE m’a écrit que certains collèges, à Brive par exemple, y étaient passés aussi. Le département m’a signifié que ce n’était pas de son ressort. La municipalité de Tulle et l’Agglo ne m’ont pas répondu. Pourtant la ville devrait avoir une exigence de qualité pour ses écoles et profiter, par exemple à Tulle, de la vacance du centre culturel et social (CCS) pour alléger les classes.

Et avec l’Éducation nationale, ça s’est passé comment ?

Le message du ministère était très clair : obligation de scolarisation, masque pour tous et pas de suivi pédagogique pour les enfants absents. L’inspection académique a docilement relayé la menace du signalement systématique de ces derniers. Un signalement à l’inspection évidement. Mais beaucoup de gens ont compris « signalement social ». Ça, ça fait peur !… J’ai envoyé un message au collège pour signaler l’absence de mon enfant et j’ai appelé la directrice de l’école. J’ai ensuite reçu une lettre de l’inspection, genre rappel à la loi, puis une deuxième, genre sanction, en recommandé avec accusé de réception, me convoquant à la tour administrative. J’y suis allée et je leur ai dit ce que j’avais écrit en ajoutant que j’avais inscrit mes enfants dans un cadre éducatif qu’ils avaient fait péter depuis. Ils m’ont dit de faire une déclaration d’instruction en famille par courrier à la mairie et à l’inspection, peut-être histoire de vérifier ma syntaxe et mon orthographe…

Et donc depuis tu fais l’instruction en famille. Pas trop lourd ?

C’est sportif ! Je peux le faire parce que je travaille à la maison en horaire réduit. J’ai mis en place un planning avec, le matin, quelques heures d’apprentissage formel. Au début je voulais suivre le programme dans la perspective d’un retour proche à « la normale » et je m’appuyais sur Pronote3. Mais depuis que j’ai compris que ça va durer, je fais mon propre programme et trouve ou fabrique les supports pédagogiques adaptés. Ça m’a permis de m’intéresser de plus près aux programmes de CE 2 et de 6e. On fait de la géo, des cartes de France, des frises historiques, des expériences de physique, des roulades, et bien sûr des maths et du français… C’est sympa

Mais tu n’as pas l’impression d’infliger à tes enfants la pire des sanctions de la gestion coercitive de cette crise : le confinement ?

On m’a déjà fait cette critique, tenté de me culpabiliser. C’est stigmatisant d’être hors des clous ! Or le problème n’est pas tellement « école ou pas école » mais bien que tous les lieux sociaux, de culture et de convivialité sont fermés et qu’il y a un couvre-feu à 18 heures – qui d’ailleurs est une assignation à résidence qui ne dit pas son nom. Alors on va à la médiathèque, le seul endroit resté ouvert. Mais il faut se dépêcher parce que je finis le boulot à 17 heures 15… On voit des amis, on fait des balades.

Et tu comptes continuer combien de temps l’instruction en famille ?

Je continuerai tant que les enfants ne seront pas accueillis dans de bonnes conditions. Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi les assos de parents d’élèves n’ont pas été plus remontées, et pourquoi les puissants syndicats enseignants ne se sont pas mobilisés contre cette maltraitance des enfants. Les profs arrivent pourtant à battre le pavé pour leurs conditions de travail, leurs salaires, leurs retraites, mais là visiblement, quand il s’agit du bien-être des enfants… c’est plus compliqué. Et même plus, cette décision s’est prise en concertation avec eux. Ils menaçaient sinon de leur droit de retrait pour « conditions de travail risquées ». Incroyable !

Témoignage de Joséphine recueilli par Philippe Van Assche

(1) Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public

(2) La Fédération des conseils de parents d’élèves

(3) Logiciel de vie scolaire en ligne consultable par les élèves et les parents

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