
Comme nous avons pu le constater au cours du mois de février dans le Sud-Ouest, la fréquence des pluies et leur intensité ont exposé des millions d’habitants à des inondations violentes et extrêmes. Jamais il n’avait autant plu depuis que l’on mesure la pluviométrie, en 1959. Le réchauffement planétaire est la cause de ces transformations climatiques. D’après le GIEC (groupement d’experts internationaux sur le climat), les pluies deviendront de plus en plus fréquentes en raison de l’évolution du climat. On s’acheminerait, donc, vers des hivers plutôt humides et des étés secs, voire caniculaires.
Éviter le pire ?
Il n’existe pas de solutions magiques pour réduire durablement le réchauffement de la planète et ses conséquences sur nos territoires. Nous n’avons d’autres choix que de nous adapter. Afin de freiner l’inévitable, des architectes urbanistes expérimentent ce qu’ils appellent des « villes éponges ».
De quoi s’agit-il ?
La ville éponge, de l’anglais sponge city, est un modèle d’aménagement urbain dans lequel on cherche à remplacer les surfaces imperméables par des surfaces perméables. Ce concept provient de savoir-faire vernaculaires fondés sur l’adaptation à des événements climatiques, en particulier en période de mousson. Il s’agit en fait de gérer au mieux les eaux pluviales et de prévenir les éventuelles inondations, tout en préservant les écosystèmes aquatiques.
Ce concept repose sur l’idée que la ville peut agir comme une éponge, absorbant, stockant et redistribuant l’eau de manière naturelle.
Le principe
Les villes éponges agissent sur quatre axes : l’absorption des eaux de pluie, leur stockage, leur distribution et la restauration de la biodiversité.
Pour absorber les eaux de pluie, les professionnels utilisent des matériaux perméables : pavés perméables, toitures végétalisées, surfaces de stationnement permettant à l’eau de s’infiltrer dans les sols…
En ce qui concerne le stockage, la création de bassins de rétention, de jardins de pluie (jardins récupérant les excès d’eaux de gouttières), de noues (sorte de fossés) réduit considérablement les quantités d’eau de ruissellement envoyées dans les réseaux d’assainissement, limitant ainsi les débordements d’égouts et les pollutions du milieu naturel. Ces systèmes de stockage participent également à la lutte contre les îlots de chaleur.
La redistribution des eaux est assurée par un système de drainage qui conduit l’eau vers des zones adaptées rechargeant ainsi les nappes phréatiques.
La gestion des eaux de pluie favorise la filtration naturelle des polluants grâce à la végétation urbaine. Cette végétation améliore l’environnement et la qualité de l’air des milieux urbains où règnent trop souvent le béton et l’asphalte.
Des exemples
Les exemples sont à découvrir dans les pays et les villes particulièrement touchés par des inondations récurrentes ou de plus en plus exceptionnelles par leur intensité. C’est le cas de l’Italie en 2023 (région de l’Émilie-Romagne), de l’Allemagne (Bavière et Bade-Wurtemberg) en 2002 et 2024, de l’Espagne (Valence) en 2024, du Portugal, de l’Indonésie, de la Chine…
Parmi les pays qui se sont le mieux adaptés, on retrouve les Pays-Bas (Rotterdam) ou le Danemark, où à Copenhague pas moins de 300 projets ont été mis en œuvre. Parmi ceux-ci, on trouve un lac artificiel, des îlots de fraicheur, des autoroutes cyclables, des trottoirs absorbants… de quoi protéger les populations pour les cent prochaines années. En France, la ville des Mureaux, dans les Yvelines, fait figure de ville exemplaire. La destruction d’immeubles fait place à la recomposition de la nature. Végétalisation des toitures, noues, récupération des eaux pour alimenter les jardins ouvriers, chaussées drainantes, citernes enfouies, voilà qui participe à la réduction des effets du réchauffement climatique et de ses conséquences.
En adoptant ce concept, les villes peuvent devenir non seulement résilientes face aux événements climatiques, mais aussi plus agréables à vivre.
Par FRANÇOIS COTTREEL





