
Avec quarante-trois magasins alimentaires répartis dans le sud-est de la France, le groupe Carnivor fait de la boucherie discount le fer de lance de sa stratégie commerciale. Mais, bien loin des vitrines de ses magasins, la société, via ses filiales, donne dans le négoce d’animaux et l’élevage hors-sol. Illustration avec le projet « Terres de Chavaignac » en Haute-Vienne.
Aujourd’hui, dans la commune de Vayrac, limitrophe de Peyrilhac, deux communes à moins de 20 km au nord-ouest de Limoges, une propriété familiale de 87 hectares (ha) est mise en vente pour l’installation d’un·e ou plusieurs paysan·nes. La famille de Valérie Floucaud, propriétaire, a fait ce choix en réaction à un projet agro-industriel de la société T’Rhéa, filiale du groupe agroalimentaire Carnivor, qui a son siège à Toulon et dont le chiffre d’affaires avoisinait 530 millions d’euros fin 2024. Ce projet vise à installer un centre d’engraissement de 2 120 places (près de 4 000 bovins par an) dans 25 000 m² de bâtiments (dix bâtiments, dont près de 21 000 m² couverts de photovoltaïque) sur une surface agricole totale de 600 ha. La ferme en vente représente 15 % de la surface convoitée par T’Rhéa.
Après deux enquêtes publiques qui ont recueilli, en 2024 et 2025, 16000 contributions cumulées et 99 % d’avis négatifs, le préfet de la Haute-Vienne a pris en mai 2025 un arrêté autorisant la réalisation du projet.
Au-delà des nuisances que subiront les riverains (épandage, odeurs, trafic de camions pour le transport des animaux, des aliments, de 5 500 tonnes de fumier vers un méthaniseur à 35 km et les risques de pollution de l’eau) se pose une nouvelle fois une question de fond : celle d’une agriculture qui permet au plus grand nombre de paysans de vivre de leur métier, respectueuse des équilibres environnementaux et responsable face aux enjeux climatiques, versus le modèle agro-industriel avec des fermes-usines telles que le projet Carnivor-T’Rhéa les conçoit.

« C’est de l’industrie lourde, l’agriculture ! »
Ce sont les propos que tenait Pascal Nowak, promoteur du projet pour T’Rhéa, au 20 h de TF1 le 22 mai 2025. On ne peut être plus clair.
Pour la société, la maîtrise du foncier est un enjeu majeur (surfaces d’épandage). L’agriculteur actuel, Emmanuel Thomas, qui avait entrepris cette activité d’engraissement à plus petite échelle, détient actuellement en fermage l’essentiel de ces 600 ha. Sur le point de partir à la retraite, la question de la transmission des baux en cours auprès de plusieurs propriétaires (dont la famille de V. Floucaud) est loin d’être réglée. Un montage sur mesure type Groupement foncier agricole (GFA) pourrait être envisagé. Toutefois, en plus de la famille de Valérie Floucaud, plusieurs autres propriétaires, actuellement bailleurs d’E. Thomas, se déclarent opposés au projet T’Rhéa. L’un d’eux a même mis un terme au bail. Si le recours déposé par le collectif devait être rejeté (jugement attendu fin juin), c’est sur cette capacité à maîtriser le foncier que pourrait se jouer l’avenir du projet.
Bertrand Venteau, président de la Chambre d’agriculture 87, devenu de surcroît président national de la Coordination rurale, déclarait en novembre 2025 lors du congrès de son syndicat : « Les écolos veulent nous crever, nous devons leur faire la peau ». Il ne tarit pas de propos virulents et mensongers à l’encontre de la Confédération paysanne et de Terre de Liens, très actifs au sein du collectif opposé au projet Carnivor-T’Rhéa.
Au moment de la rédaction de cet article, le recours déposé par ce collectif auprès du préfet attend son issue et l’appel à candidatures en vue d’une ou plusieurs installations sur la ferme de Vayrac n’est pas clos.
Par DIDIER BERTHOLY




