
Cela s’est accéléré. C’est même un envol à ce stade. Fortement attendues par les investisseurs, la définition et l’autorisation de l’agrivoltaïsme par la loi en 20231 sont, pour eux, une réussite. Le pied sur le champignon, les projets explosent dans les campagnes corréziennes, en particulier sur le territoire du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin (PNR-ML) : « Et voilà, cela recommence. Après les éoliennes et leurs démarches d’installations industrielles agressives, la loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables (APER) de mars 2023 a lancé les démarcheurs d’“agrivoltaïsme” à la chasse aux terres. Ils arpentent le plateau limousin à la recherche de surfaces pour leurs panneaux. Des terres agricoles, oui, pas des toitures, ni des parkings de tailles si ridicules. Non, des grandes surfaces agricoles. L’État a lâché la meute en course pour “l’agrivoltaïsme” avec des décrets facilitateurs. Donc, allons-y Jeannot ! ».
Depuis plusieurs années, La Trousse rend compte de projets de centrales photovoltaïques au sol qui mangent des forêts, des espaces naturels ou des terres agricoles. Face à la croissance exponentielle des hectares mis à l’étude ici et ailleurs, nous avons décidé de consacrer un numéro entier à ce phénomène.
Nouvelles des projets corréziens : Saint-Hilaire-Foissac, Alleyrat, Aix-Eygurande-Lamazière-Haute :130 ha sur terres agricoles), Darnets-Égletons (sur terres forestières). Les études sont longues, les décisions prises pour les permis de construire induisent des procédures de recours qui imposent de garder nos sens en alerte. Vous trouverez ces nouvelles et la présentation de deux autres projets controversés en pages 4, 5, 6 et 7.
Sur le plateau, les études nouvelles continuent d’arriver. On comptait une quinzaine d’études de projets photovoltaïques au sol, dont une partie d’agrivoltaïques, en 2024, sur le territoire du PNR-ML, plus de 70 maintenant, la croissance concernant essentiellement l’agrivoltaïque. La difficulté de la connaissance qu’a l’acteur PNR des projets qui émergent et de leur surface sur son territoire illustre parfaitement la pratique courante des porteurs de projet « silence toute ». Le comité syndical, instance décisionnelle du Parc, a voté en 2025 des critères d’acceptabilité pour les projets agrivoltaïques face à la démesure actuelle. Les nouvelles du plateau sont à lire dans notre dossier.
Les débuts de la société La Foncière rurale en 2024 avec une volonté marquée d’acquérir des terres ont perturbé le marché foncier rural corrézien. Que sont devenus les trois projets que nous avions relatés alors ? Les nouvelles sont à lire dans notre dossier.

En 2011, à Bourgneuf-en-Mauges, cinq hectares de serres photovoltaïques étaient installés avec comme ambition de produire 200 tonnes de fraises par an. Ce projet, associant un arboriculteur à un investisseur étranger, fut soutenu par un certain nombre d’acteurs locaux qui voyaient en ce projet l’agriculture du futur. Il reçut l’appui de Christophe Béchu, alors président du conseil général du Maine-et-Loire et ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires du 4 juillet 2022 au 21 septembre 2024.
Depuis 2017, la production de fraises a été abandonnée et les terres appartiennent désormais aux financiers, sans que la Safer n’ait bloqué la transaction. Un désert s’est installé sous ces serres. Cette photo prise sur le site des Marottières permet d’imaginer ce qui nous attend si l’agriculture continue à se vendre au monde de la finance et échappe à terme aux paysannes et paysans.
Depuis 2024 une procédure de justice est en cours depuis la plainte de la Confédération paysanne 49 pour « non-respect du permis de construire ».
Ici et ailleurs, des habitants, révoltés par l’accaparement des terres et du paysage, s’organisent en collectif. Juin 2025, « À Donzenac, Delphine donne la grande nouvelle :le projet de 30 ha à Noailles est abandonné ! […] La création du collectif départemental en février 2025 “a été une chance” dit Delphine, les rencontres entre groupes “donnent de l’énergie” affirme Sandrine » de la commune d’Alleyrat.
À Cajarc, dans le Lot, s’est déroulé le Printemps Photorévolté 2026. Vous trouverez dans notre dossier, une présentation du festival, les alternatives proposées et des nouvelles de chez nos voisins (montagne de Lure) et d’Espagne. La présentation du collectif Agrivolt 19 et 46 ainsi que des contacts d’associations corrézienne et lotoise, c’est à lire en dernière page.
Vies non renouvelables, documentaire réalisé en 2024 par Francisco J. Vaquero Robustillo a été projeté à Cressensac début 2026. Une présentation de ce documentaire, des aspects négatifs de l’industrialisation et de la financiarisation des énergies renouvelables vous est proposée dans notre dossier.
On sait aussi ce qu’induit l’exploitation minière, forestière, etc., sans frein aucun et en accéléré de notre transition énergétique, si tant est que l’on puisse encore l’appeler ainsi. Nous insistons encore et encore en parlant des grands projets qui traversent les Pyrénées en page 14.
Et après avoir brossé ce portrait du photovoltaïque au sol, on se demande bien quel est l’intérêt d’agir si vite en sacrifiant de façon irréversible des terres. En conclusion.
Notes
1. Jusqu’en 2023, des centrales photovoltaïques au sol pouvaient être installées soit sur des terres en friche, ou sur des zones d’activité… avec trop peu d’activités (comme la zone de la Montane à Tulle), ou sur des terres naturelles, forestières ou agricoles. Dans ce cas, les surfaces concernées devaient être classées avec une mention « Ph » pour photovoltaïque dans le cadre du document d’urbanisme.
Depuis la loi APER, on distingue le photovoltaïque au sol sur terres naturelles, forestières et agricoles, dont la réglementation a été modifiée, et l’agrivoltaïque défini comme devant contribuer favorablement à l’activité agricole. La loi et les décrets du 8 avril 2024 ont donné un cadre à l’agrivoltaïque (voir Trousses nos 52 et 56, p. 10). Les décrets sont très permissifs : si l’agrivoltaïque doit contribuer durablement à une production agricole (très délicat à définir…), la surface de l’exploitation impactée par les installations peut être très importante avec un fort impact paysager.
Par LES PETITES MAINS DE LA TROUSSE


