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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 56 · 18 septembre 2026

L’agrivoltaïsme : y voir clair à l’ombre des panneaux

Illustration de l'article sur l'agrivoltaïsme en Corrèze : quatre panneaux solaires stylisés plantés dans le sol avec des rayons lumineux, aux côtés d'une vache aux cornes imposantes portant des lunettes noires, symbolisant la cohabitation entre production photovoltaïque et élevage.

Partout en Corrèze naissent des projets d’agrivoltaïsme (voir articles précédents sur notre site), mais qu’est-ce que l’agrivoltaïsme ? Qui sont ses promoteurs, ses opposants, qui finance, qui en bénéficie ?

L’agrivoltaïsme ce sont des panneaux photovoltaïques (PV) disposés au-dessus des cultures ou des pâtures, afin d’associer production d’électricité et production agricole. Ces implantations de PV sont liées à la décision d’accélérer la transition énergétique, l’objectif fixé en 2022 étant de dépasser 100 GW de capacités PV d’ici à 2050, contre 27,3 GW en 2025. Cela nécessite des espaces considérables, les territoires agricoles devenant un eldorado.

Selon l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), l’agrivoltaïsme ne présente que de multiples bénéfices : la fin de la compétition foncière, la rentabilisation de la ressource lumineuse, une protection contre les aléas climatiques, l’amélioration des conditions agronomiques, la réduction du stress hydrique, la contribution à l’amélioration des revenus des agriculteurs.

Dans la loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables (EnR), du 10 mars 2023, l’art. 54 détaille les critères d’une installation agrivoltaïque :

  • Apport d’un service à l’activité agricole.
  • Maintien ou développement de la production agricole activité principale de la parcelle (mais le décret d’application du 8 avril 2024 précise que le rendement par hectare observé sur la parcelle doit être supérieur à 90 % d’une moyenne par hectare observé sur une zone témoin).
  • Installations réversibles.
  • L’électricité est un bénéfice secondaire, par la vente ou l’utilisation.

Le financement

  • Les majors de l’énergie financent l’infrastructure, la rentabilité étant assurée par la revente de l’électricité produite sur le long terme, jusqu’à 40 ans. Via des appels d’offres de l’État, les lauréats bénéficient d’un tarif d’achat garanti pour l’électricité produite.
  • Des financements externes, impliquant des investisseurs privés (comme la MAIF pour le projet AKUO), ainsi que le financement participatif des habitants riverains, complètent le montage financier.
  • Le propriétaire foncier et l’agriculteur-exploitant bénéficient d’une rente foncière sécurisée jusqu’à 40 ans. Cette source de profit est la plus critiquée par les opposants : le loyer pour un hectare agrivoltaïque est dix fois le fermage agricole traditionnel.
  • Les collectivités territoriales, via l’impôt forfaitaire sur les entreprises de réseaux, bénéficient fiscalement de ces projets, les rendant d’autant plus tentants.

L’opposition sur le terrain

Face à la résistance, les développeurs avancent masqués. Les associations font parfois des découvertes en cascade de projets portés en sourdine, comme ce fut le cas pour les mégacentrales de Cressansac-Sarrazac.

L’opposition est large et diversifiée : 350 associations, de la Confédération Paysanne aux syndicats environnementaux et aux collectifs citoyens locaux, ont signé un manifeste contre l’agrivoltaïsme. Ce manifeste le dénonce comme un simple « habillage » visant à légitimer l’industrialisation des campagnes. La spéculation foncière sous-jacente est pointée comme un obstacle supplémentaire pour les jeunes agriculteurs. Malgré les déboutements des conseils municipaux ou de la justice, l’agrivoltaïsme est pugnace, comme pour l’éolien, les victoires sont précaires.

Les alertes officielles

Agences gouvernementales, Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) et Ademe (pour le développement des EnR) ont posé des constats troublants.

Les études de l’Ademe désignent les toits, les friches industrielles et les parkings comme meilleurs choix, avec un gisement de 364,3 GW. Les industriels justifient l’agrivoltaïsme par le surcoût du PV sur toiture : l’Ademe le qualifie de résiduel, 2 % du coût des EnR.

Le CNPN recommande de cesser tout déploiement sur les espaces semi-naturels, naturels, forestiers et les zones humides, qu’ils soient protégés ou non, pour incidence grave sur la biodiversité et incohérence avec l’objectif « zéro artificialisation nette ».

La mauvaise foi des inventaires faune-flore effectués « en pleine sécheresse, lorsqu’il n’y a plus aucune plante ni papillon », est expliquée par la volonté des développeurs de faire l’économie de demande de dérogation. L’obligation légale de débroussaillement impose la destruction des arbres sur 50 à 100 m autour du parc PV, selon la région, y compris sur des parcelles hors foncier du parc.

Défis opérationnels et paysagers

L’agrivoltaïsme se heurte au manque de luminosité, à la baisse avérée des rendements agricoles, les tracteurs ne passant parfois pas entre les panneaux, et même l’ombrage salvateur n’est pas validé par les études. Avec des structures surélevées pouvant atteindre 8 à 10 m, la destruction du patrimoine paysager de la France est un fait.

Si le pays cherche à réaliser « vertueusement » sa transition énergétique en utilisant les terres agricoles sans en priver les agriculteurs, l’agrivoltaïsme est caractérisé par un conflit d’intérêts aigu entre l’appât du gain financier et l’opportunisme foncier d’une part, et la préservation de l’autonomie paysanne et de l’environnement d’autre part.

Par POMME SANNE

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