
Élléïah observe, dessine et protège le monde sauvage. Tout ceci avec les yeux qui pétillent, la passion dans la voix et la ferveur de la jeunesse. Comme cette rencontre m’a donné de l’espoir ! Nous nous sommes donné rendez-vous à Vieillemaringe, sur la commune de Saint-Paul au tout début du printemps. De là, nous sommes parties en balade (à retrouver sur l’application Visorando et sur place à Vieillemaringe), pendant laquelle elle m’a conté ce que fait l’association Autour du Sauvage.
Le Sauvage, c’est un lieu un peu planqué dans la forêt, que l’on sent avoir vécu dans un autre temps, tellement les marques du passé sont nombreuses. Le patrimoine y est à entretenir, à rénover, et c’est une des missions que s’est donnée l’association. Pour s’y rendre, nous empruntons un sentier de randonnée aux artistiques balises, des rondins de bois décorés, ici un mouton, là un cerf, une chouette…

Notre première halte se fait à L’Aiguillou, où nous attendent une table et des bancs confectionnés à partir d’un arbre tombé sur le chemin. Nous sommes au milieu d’une petite parcelle de vieux et majestueux châtaigniers, déclarée refuge ASPAS (Association de protection des animaux sauvages). Elle est ouverte sur une pâture où se trouvent en ce moment les ânesses, les tondeuses de l’association qui permettent de maintenir les clairières ouvertes, faute de quoi la forêt aurait vite fait d’engloutir un ancestral verger. Au-dessus de nous, a été installé un nichoir à chouettes, l’arbre est protégé pour empêcher les prédateurs de grimper, et une hulotte a récemment choisi cet habitat. Il aurait aussi pu s’agir d’une chouette effraie, les deux se plaisent en milieu forestier, mais l’ouverture sur le pré aurait pu lui plaire car elle est friande de grands espaces pour la chasse. Ce qui hélas cause aussi sa perte, car elle chasse bas, souvent au bord des routes et un quart de la population finit sous les roues des voitures, sans parler des pesticides qui contaminent sa nourriture…
Deux chouettes hulottes ont élu domicile dans deux des trois nids que comptent l’association. Élléïah s’étonne qu’elles se trouvent à 500 m l’une de l’autre alors que leur territoire rayonne sur 6 km, cela montre qu’elles manquent de lieux pour nicher et sont obligées de partager. Élléïah s’en désole, mais agit en installant des habitats accueillants, et elle ose rêver d’un monde idéal où toutes les granges et tous les clochers (comme celui de l’église de Saint-Paul) accueilleraient un nichoir (à condition qu’il ne soit pas trop près d’un grand axe routier, bien sûr !). Et il paraît que ce n’est pas si compliqué à fabriquer, si l’idée vous séduit, c’est un cube en bois dont vous trouverez les plans sur les comptes Instagram et Facebook de l’association (@autourdusauvage sur Instagram).
Comme je l’ai dit en introduction, Élléïah est toute jeune, d’une génération de communicants, elle vit dans le présent, avec son temps. C’est donc sur les réseaux que vous pourrez suivre les animaux qui vivent ici, grâce aux nombreuses caméras filmant différents endroits, afin de les observer et apprendre à les connaître. Son but est pédagogique, elle utilise la technologie dans un objectif de sensibilisation : qui peut rester indifférent à un chouetton qui découvre la vie ? N’étant pas très « connectée », c’est à travers l’écran de son téléphone que j’assiste à la scène, Élléïah tente de me convaincre, me disant qu’il y a de tout sur les réseaux, que de plus en plus de jeunes se sentent concernés et rejoignent son combat, s’engagent dans la vie associative. Cela me rassure quelque peu, tout n’est peut-être pas complétement foutu, et s’il faut en passer par là pour que par exemple cette châtaigneraie et ses habitants soit réellement protégés… Soit.
Reste à trouver un équilibre avec les habitants, les chasseurs, l’association n’est pas « anti », elle aime discuter, créer du lien, notamment avec les voisins, surtout les plus anciens, les membres de l’asso savent combien leur savoir est précieux. Pour connaître l’Histoire, les noms des lieux en patois…
En poursuivant notre avancée vers le Sauvage, nous croisons une ruche kenyane en attente d’habitantes ; les petites clairières qui longent le chemin sont bordées de barrières en bois, les clôtures sont constituées de matériaux trouvés sur place et on sent que l’humain cherche à ne pas abîmer le paysage. Arrivées au Sauvage, on devine que le lieu a été habité, le bâti parle. Ce qui est encore debout, ce qui ne l’est plus. L’association progressivement retape, le toit de chaume de la grange pourrait être un des prochains chantiers, tout comme la mise hors d’eau de l’ancien séchoir à châtaignes, qui, sous les claies, accueillaient également des cochons.
Élléïah m’invite au « refuge », dont la restauration est terminée, l’abri est proche du sol, avec une grande fenêtre d’observation. Le lieu est chaleureux, la vue du poêle fait valser mon imagination d’ermite.
Je sors de ma rêverie, enfin pas tout à fait, puisqu’Élléïah m’emmène à la « source de la louche bleue », au nom féérique et dont la vue me fait entrevoir le passé, imaginant ce monsieur qui leur a rendu dernièrement visite, ayant vécu enfant au Sauvage, et qui se souvenait sans peine des corvées d’eau dans les récits de son père.
Le chemin entouré de murets de pierres sèches, les pavés au sol me maintiennent dans cette atmosphère particulière. Suis-je à une autre époque ou bien dans un conte ? L’arche de troncs morts entremêlés sous laquelle le chemin passe au Pradel (petit pré en patois) ne répond pas à ma question ! Il paraît que la petite fille d’une dame du coin adore la promenade, je l’imagine sans peine.
Nous arrivons à Font Basse, la Fount Bacha (fontaine publique) qui fut progressivement abandonnée avec l’arrivée de l’eau courante à Vieillemaringe, avant d’être incendiée. Elle qui était devenue un dépotoir nous invite aujourd’hui au pique-nique. Encore un lieu de pause accueillant sur cette balade, j’ai drôlement apprécié ces espaces pouvant être dédiés à la contemplation. Ils m’ont donné envie d’écrire, aussi je comprends aisément qu’Élléïah dessine et que les cartes qu’elle vend au profit de l’association soient si pleines de charme, son talent est certain.
Je vous invite à soutenir cette association, à l’aider dans ses beaux projets, à la suivre, petite pépite d’avenir en devenir.
Par CIRCÉ PIEDECOCQ




