
Le 12 juillet 2024, le conseil départemental de la Corrèze a décidé, à l’unanimité, de retenir le tracé de la variante numéro 1 (délibération CD 024.07.12/301) et donc de relancer à l’identique un projet datant de plus de 30 ans.
En 1994 avait été prise la décision d’aménagement de la liaison structurante Brive-Objat. Dans les années 2000 les travaux ont été réalisés aux deux extrémités, par contre, la déviation de Varetz est restée le maillon central manquant. Raison invoquée : le financement, mais hostilité des riverains et contexte politique local ne sont pas à exclure.
Après 25 ans d’atermoiements, et malgré le passage de près de 10 000 véhicules par jour, nombre de Varetziens ne croient plus en la réalisation de ce projet et donc s’en désintéressent. Par contre, la population de Saint-Viance s’est très fortement mobilisée lors de la concertation publique de janvier 2024 contre les variantes 2 et 3 qui empruntaient son territoire et qui manifestement avaient pour objectif de proposer des alternatives à la variante n° 1 très impactante sur les enjeux environnementaux.
Le tracé part du giratoire de la Nau à Saint-Viance, enjambe la Vézère, chemine rive gauche de la Loyre (parfois quasiment sur berge), traverse celle-ci en amont de Varetz, puis continue rive droite jusqu’au giratoire de Saint-Laurent d’Allassac. Les contraintes environnementales s’accumulent : zone inondable, périmètre de protection du captage d’alimentation en eau potable du Pigeon Blanc, destruction de ripisylve, zones humides, faune, flore… sans oublier occupation de surfaces agricoles et nuisances pour nombre d’habitations.
Selon l’appel d’offre maîtrise d’œuvre de janvier 2026 (dossier de consultation n° 2025AFF022), le projet s’est enrichi d’une couverture totale de la voirie par des ombrières photovoltaïques. Après la déviation de Lubersac en cours d’achèvement, le département poursuit donc dans l’innovation, et serpentera dans la plaine de la Loyre une sorte de hangar agricole de 6 km de long.
Vu la liste impressionnante des contraintes grevant ce projet, et face à la nécessité de réduire les émissions carbonées pour limiter le réchauffement climatique, ne faudrait-il pas s’interroger sur l’intérêt aujourd’hui de tels onéreux projets routiers (environ 60 millions d’euros HT pour 6 km) ? La dure actualité de l’augmentation du prix des carburants, ne devrait-elle pas, elle aussi, inciter à investir dans des alternatives au tout-voiture ?
Par exemple, pourquoi ne pas miser sur le potentiel que représente, parallèle à la RD 901 de Brive à Saint-Yrieix, la ligne ferroviaire L 23 ? Sa réouverture entre Objat et Saint-Yrieix et des aménagements d’intermodalités ne permettraient-ils pas de réduire significativement le flux quotidien de véhicules mono-passagers ?
Au final, ce projet traduit certainement la difficulté d’approche globale et coordonnée des mobilités. Le cloisonnement des compétences entre les différentes structures et collectivités en est souvent tenu pour responsable, mais pour autant, c’est toujours d’argent public dont il est question.
Par YANIVE



