Dessin au crayon de couleur d'un rouge-gorge perché au sommet du long manche d'une bêche plantée dans la terre, illustrant le poème "Une ombre" de Daniel Soularue qui évoque ce souvenir d'enfance.

Une ombre

On m’avait bien dit qu’il savait se rendre invisible !

Dans le sous-bois, dans la haie… d’accord, malgré sa flamme rouge-brique. Mais là, sur les graviers de la courette ! Le jour se lève, les gris règnent encore en maîtres. Une ombre de follet court sous mes yeux abusés. Impossible de voir un corps, une tête, des pattes ou un bec… impossible. Une illusion d’optique d’un qui n’est pas encore bien réveillé…

Un petit fantôme… un ange. Non ; à bien y réfléchir, une boule de plumes discrète, furtive, timide, comme un très petit nuage de fumée.

Le rouge-gorge ! Le tendre pamparoli1 de mon enfance, qui se perchait sur le manche de la bêche plantée au droit du sillon quand mon père jardinait ; le petit seigneur du crépuscule et du jour naissant qui tire le soleil paresseux dans sa course.

Par DANIEL SOULARUE

Note

1. Pamparore, pamparoli, en référence au pampre automnal de la vigne.

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