Illustration de l'article "Solidarité Paysans Limousin a 20 ans aussi" – motif graphique avec le mot "CAPITALISME" en répétition, évoquant les difficultés économiques des agriculteurs.

Solidarité Paysans Limousin a 20 ans aussi

Cette année, l’association Solidarité Paysans Limousin (SPL), dont l’objet est d’aider les paysans en difficulté, « fête » ses 20 ans. Le rendez-vous du 13 septembre, organisé sur la commune de Royère-de-Vassivière (23) sera passé quand ce journal sortira. Deux membres administrateurs de l’association – Michel Fourches et Jean-Louis Bouillet – ont bien voulu répondre à mes questions et préciser l’histoire, les enjeux actuels et la mission de l’association.

— En 2005, l’objectif de l’association était d’avoir l’existence la plus courte possible ! Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme ça… C’est un réseau national qui a fini par se fédérer, chaque association départementale paye une cotisation pour le réseau régional – nous, c’est la Nouvelle-Aquitaine, donc – puis pour le national. SPL est une association loi 1901 avec un budget de 250 000 euros, financée par la région, les trois départements, des com’com’ (Tulle agglo par exemple), des communes, le mécénat, des dons, et les adhésions. L’asso fonctionne avec un conseil d’administration, cinq à six salariés en CDD correspondant à quatre ETP (équivalent temps-plein), 1.5 ETP dans le 19, et des bénévoles actifs (adhérents accompagnateurs). C’est la Corrèze qui en a le plus, une vingtaine, environ six en Creuse et une quinzaine en Haute-Vienne. La dynamique bénévole, importante en Corrèze, est difficilement explicable, c’est juste du relationnel !

— Sur le site de l’association, on peut lire : « Les bénévoles et les salariés 19, 23 et 87 accompagnent en toute confidentialité tous ceux qui le demandent […] avec des difficultés économiques et sociales ». Nous abordons ensemble votre situation dans sa globalité.

— Oui, en 2024, en Corrèze, 102 ou 103 accompagnements supplémentaires ont démarré, c’est à dire 40 % de nouveaux dossiers (en hausse donc, des GAEC1 et des familles), sachant que les suivis peuvent durer d’un à… 14 ans ! 266 dossiers étaient suivis en 2024 en Corrèze (154 par exemple en 2017). En Creuse ça diminue, mais le nombre augmente dans le 19 et le 87. Les dettes sont très souvent le sujet des demandes d’aide qui nous parviennent. En Corrèze, une de nos salariées est référencée conciliatrice pour les tribunaux de Tulle et Brive2 ; le « règlement amiable agricole » est le premier palier de procédure judiciaire, il permet une conciliation entre le créancier et l’agriculteur. À ce moment, on en a qui cessent d’être aidés, ça leur suffit, ils se débrouillent ensuite. Sinon, au-dessus, c’est le redressement judiciaire. Comme une entreprise commerciale ! Ce qu’on cherche à faire comprendre, c’est qu’on a le droit de se planter. D’arrêter une ferme, de se reconvertir…

« Le monde agricole est très particulier ; quand on est dans la merde, ça ne se lit pas sur la porte du hangar », précise Michel Fourches.

On cache la misère ! Les personnes viennent chercher de l’aide très tardivement, beaucoup trop tardivement. Ils sont seuls, attendent le dernier moment pour appeler à l’aide. La « fracture numérique » par exemple, l’âge moyen des agriculteurs est élevé, la ferme se gère avec un ordinateur et l’achat de matériel, d’un nouveau tracteur par exemple, occasionne des perturbations ; les charges MSA3 sont liées à la déclaration du chiffre d’affaires avec la déclaration d’impôt, et aujourd’hui la déclaration numérique, faut savoir la faire ! Un exemple : un paysan, au lieu de payer ses 2 000 euros de charges MSA, avait 40 000 euros de dettes à cause des pénalités de retard ! Il ne comprenait pas, il ne s’en était même pas rendu compte ! Le principal créancier est la MSA : on la paye en dernier, puis, à la fin, on ne peut plus non plus…

— Quelles sont les évolutions du monde agricole que vous constatez ?

— En fait, on s’aperçoit que tout va mal, il n’y a plus de production phare très rentable et sécurisante concernant les revenus. C’est le brouillard. On est une région d’élevage, le prix du broutard augmente, alors que le veau de lait, la production historique, on arrête, mais la conversion est difficile… Par exemple, le maïs est une plante à haut-potentiel [pour nourrir les bêtes, ndr] mais faut qu’il pleuve, sinon la solution est l’herbe cultivée, plus riche que les vieilles prairies… Et la monoculture pose les problèmes du manque de main-d’œuvre et du piège de la mécanisation, celui du surinvestissement de matériel qui aboutissent à des erreurs de gestion ! Ce n’est pas possible ! Les écoles d’agriculture, les lycées ont une forte responsabilité là-dessus, on montre aux gamins des super-fermes avec beaucoup de machines, y’a qu’à faut qu’on ! La pomme, sur le secteur de Lubersac-Pompadour-Juillac, présente plus de bas que de hauts, les prix sont trop faibles, en dessous de 30 tonnes à l’hectare on perd de l’argent… La météo et le changement climatique n’arrangent rien avec des épisodes de sécheresse, ou d’humidité… c’est difficile. On remarque que ceux qui s’en sortent mieux, souvent, c’est les familles. Quand le conjoint travaille à l’extérieur, et apporte un revenu.

Donc, en Limousin, un total de 743 dossiers étaient en cours en 2024, 266 dont 102 nouveaux en Corrèze on a dit, loin devant la Gironde. Explication : chez nous il y a encore beaucoup de petites fermes (celles de la Haute-Vienne sont plus grandes), le bovin-viande en concerne environ 40 % et elles sont fragilisées, les charges augmentent, les problèmes touchent toutes les productions donc le problème devient général. Un exemple de cas typique : un couple, la quarantaine, un problème de santé. Les parents ne peuvent plus aider, physiquement, financièrement. Une ferme de 70 ha, matériel trop conséquent, le troupeau est moins bien suivi, il vieillit et il y a des pertes et et et… C’est le cycle infernal. Une ferme : faut pas être malade.

— Comment vous aider si l’on veut soutenir vos actions ?

— Nous sommes reconnus d’utilité publique, les dons sont déductibles des impôts (environ 66% pour les particuliers et 60 % pour les entreprises) et ils sont, bien sûr, les bienvenus et les adhésions (30 euros en 2025) aussi ! Merci pour tout contact et aide, même minime !

Solidarité Paysans Limousin – Logo de l'association.

Par CRIS

Notes

1. Groupement agricole d’exploitation en commun, structure collective.
2. Les frais de justice, conciliation, sont pris en charge par le créancier à 50 % et 50 % par l’agriculteur accompagné, qui ne paye pas, c’est SPL qui prend en charge. Et qui accompagne et fait adhérer gratuitement les personnes aidées.
3. Mutualité sociale agricole, qui gère la sécurité sociale du monde agricole.

À consulter également

Photographie en noir et blanc de Herbert Matzel, extraite de sa carte de travailleur étranger. Il s'agit d'un jeune homme souriant, photographié en buste, portant une veste à col. Photo provenant des archives de la police allemande.

Résister, exister -3-

Une enquête historique, politique et sensible, menée en Corrèze, par les descendants d’une bande de …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.