Paroles d’interdits de travail

Depuis fin septembre, je recueille des témoignages liés à l’interdiction, pour les personnes en contact avec du public (sauf les enseignants ou les policiers par exemple), de travailler sans le passe-sanitaire. Je pose six questions, j’écris ce que j’entends et ne participe pas à la discussion, ce n’est pas un débat. On sait qu’il s’agit, depuis le début et entre autres choses, d’une obligation vaccinale déguisée. Avec la fin du remboursement des test-PCR par la sécu, c’est officieux mais effectif pour toutes celles et ceux qui n’ont pas les moyens pour payer et/ou la santé pour supporter des tests à répétition.

J’ai interviewé un psychologue, un kiné, un agent technique hospitalier, un orthophoniste, un aide aux personnes âgées, une cadre de structure culturelle, un éducateur spécialisé ; tous et toutes (au moment où je les rencontre) sont au bord d’être obligés de quitter ou ont déjà perdu leur travail.

Extraits anonymisés tirés des notes prises :

Tu en penses quoi, du pass-sanitaire ?

Témoignages 1, 2 et 3 : c’est une ségrégation… l’apartheid ! les gens n’ont pas à connaître le dossier médical des gens… être contrôlés pour des raisons médicales… devant l’entrée de n’importe quel lieu, c’est inadmissible ! Il est disproportionné et liberticide ! Inégalitaire. La messe est autorisée mais pas les concerts [ndr. en septembre]. Le métro, le RER : pas de passe-sanitaire, le TGV : oui ! Les enseignants et les écoliers : pas vaccinés, mais les activités sportives : passe-sanitaire ! Après douze ans, passe-sanitaire obligatoire à partir du 1er octobre : n’importe quoi !

Ça alimente la haine entre ceux qui l’ont et ceux qui ne l’ont pas… la haine, les raccourcis…

Je suis contre le fait d’être contrôlé en permanence, je n’en vois pas l’intérêt dans un sens sanitaire : ça ne résout pas la problématique du covid. Ça divise les gens : clair et net. Ça oblige les salariés à se positionner en gendarme, vigile, contrôleur ; alors que c’est un métier, avec des attitudes.

Quelles conséquences sur ta vie professionnelle ?

Témoignage 2 : Je suis parti [de ma structure] en disponibilité, dans l’indifférence totale. À aucun moment le cadre m’a pris à part pour savoir si j’étais vacciné ou pas, alors qu’il l’a fait avec tous mes collègues qui ont une autre profession. Le DRH m’a convoqué et m’a dit : demain, vous ne travaillez plus. On ne m’avait rien demandé, rien envoyé, rien écrit. Et je n’ai aucun courrier écrit validant la disponibilité que j’ai demandée. Sur place, j’ai écrit une lettre manuscrite avec des dates précises. J’ai signé un papier disant que je n’aurai plus d’avancement, de plan de carrière, de retraite etc. pendant cette période. J’ai demandé jusqu’en décembre. Tout le monde doit avoir un schéma vaccinal complet dans la structure, ce qui fait qu’il ne peut pas y avoir de reclassement interne. J’ai demandé une copie du courrier et il a dit que j’allais recevoir le courrier de décision administrative de la structure. Le pire c’est que je connais une vingtaine de personnes qui n’étaient pas en règle, au moins deux qui sont en dispo… La disponibilité n’entre pas dans les chiffres du gouvernement, ils ne comptent que les suspendus (c’est à dire ceux qui peuvent ensuite être licenciés après un certain délai – autre processus) et ceux qui ont démissionné. Beaucoup ont choisi la disponibilité (c’est passé dans les journaux, sur Internet, France-Bleu etc.) Mon syndicat ne prend même pas de mes nouvelles, ils n’ont rien fait. Ils m’ont expliqué ce qui allait arriver, point. Ils sont pour la vaccination, c’est normal. Je suis parti le lendemain de la convocation et depuis, pas de nouvelles. J’ai reçu un mail pour la manif syndicale du 5 octobre appelant ceux qui veulent participer, aider…

Et sur ta santé, ton moral ?

Témoignage 4 : Je refuse de m’identifier à mon travail. Je me bats, me retourne, réfléchis et avance sur d’autres activités… mais c’est difficile : le secteur des soins payants sans remboursement de sécurité sociale, ça va être très dur. Dans le système de santé actuel, on t’enlève la possibilité de choisir. C’est ce qui s’est passé avec la covid : l’argent a pris le dessus sur les soins, on a interdit les médicaments. On paye parce que les labos doivent ramasser la mise. En voulant se faire rembourser, on est piégés. Ils prennent d’une main pour donner directement à une autre. Avec les soins déconventionnés : le lien est direct, sans intermédiaire. Les patients deviennent des enfants devant leur généraliste. Infantilisés. Le paracétamol, par exemple, que tout le monde consomme, fait baisser le taux de glutation qui favorise l’immunité du corps. Plus tu fais baisser la fièvre (avec des médocs), plus t’es malade !

Quelques mots tirés de plusieurs autres témoignages : angoisse… stress… dormais pas beaucoup… inquiet, financièrement j’assure mais l’avenir…

Le pass-sanitaire, une violence institutionnelle passée sous silence

Je ne suis ni formé ni outillé pour faire des statistiques, par contre des tendances s’affirment, s’affinent, avec des lignes politiques qui émergent :

-Le sentiment d’abandon, de rejet de la part des organisations.employeuses et autres institutions officielles coercitives : ARS, agences diverses, structures associatives… et le sentiment de déni du droit – il n’y a pourtant pas de faute grave ni de délit. On retrouve plusieurs fois la volonté de la part des hiérarchies de faire le moins de bruit possible, de cacher, de minimiser les dossiers : faire comme si c’était la personne qui voulait partir, volontairement, gentiment changer d’air… Cet abandon se retrouve dans les réactions de beaucoup de collègues de travail (même chez les syndiqués : incompréhension, mépris, agressivité…)

-L’obligation soit de reconstruire des réseaux autres, pour continuer à travailler dans le même secteur, avec d’autres clientèles éventuellement (mais sans remboursement de la sécu.c’est difficile à avaler éthiquement « on ne touchera plus que les personnes qui auront les moyens de payer ! »), soit de travailler dans d’autres domaines de compétences, de talents possibles. Soit d’aller bosser à l’usine…

-L’incompréhension et la colère contre les décisions gouvernementales, inadaptées, injustes, incohérentes et disproportionnées. Le dégout et l’abattement face aux réactions des gens, de l’environnement (chez les amis, la famille même…).

-Au sujet de l’avenir c’est très flou, et très peu de considérations, de postures et d’approches collectives (mais on en est qu’au démarrage).

Il s’agit bien d’une violence institutionnelle, discriminatoire et opérée d’une manière tordue c’est à dire lâche et hypocrite puisqu’on pousse des gens à abandonner leur métier, à partir sans avoir commis de faute grave et aussi sans indemnités…

Propos recueillis par Jean Pirmotus

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