Le conseil départemental du 4 juillet a voté le programme d’actions de son plan départemental de gestion de l’eau (PDGE). Le département, depuis 4 ans, a pris la main sur l’eau pour « avoir un cadre de référence discuté sur quelle Corrèze on veut demain et, que les acteurs corréziens puissent peser » et pour que son plan soit inscrit dans les documents prescriptifs en matière de gestion de l’eau.
Table des Matières
L’axe 1 du programme s’intitule « Préserver et mobiliser la ressource » page 489, ce qui implique par exemple des actions de préservation des zones humides et des actions pour « mobiliser de nouvelles retenues et optimiser leur utilisation ». Antienne connue puisque cette volonté de créer de nouvelles capacités de stockage est très claire dès l’origine (septembre 2021) du PDGE. Le plan avec le détail des actions, dont la poursuite de l’étude d’opportunité de raccordement du bassin de la Charente à la Dordogne (voir Trousse no 51 et no 54), a été voté à l’unanimité sans aucune réserve (voir encadré 1).
Encadré 1 – Des votes constants à l’unanimité
Toutes les décisions concernant le PDGE ont été votées à l’unanimité. Depuis le vote de septembre 2021 jusqu’à celui de juillet 2025, en passant par celui qui a validé l’étude d’opportunité sur l’interconnexion entre la Corrèze et le bassin de la Charente, tous ont été votés à l’unanimité.
Bernard Combes, maire de Tulle et conseiller départemental s’exprime pourtant ainsi dans Corrèze Magazine cet été 2025 :
« Le groupe Corrèze à gauche déplore de ne pas avoir été associé en amont à ce travail débuté il y a plus d’un an ».
Or, il était présent à chaque conseil départemental où le PDGE a été discuté, dont celui de juillet dernier. S’il est intervenu en début de conseil, il n’a posé aucune question précise, n’a émis aucun doute et a voté le document.
Une étrange conception de la solidarité
M. Coste précise que notre « partie Corrèze » est connectée au bassin de la Dordogne jusqu’à l’estuaire de la Gironde et « quand les gens de l’estuaire de Gironde me disent, toi, tu es président de la CLE en haut là, de la partie Dordogne Amont, nous on veut que vous nous lâchiez vachement d’eau pour supprimer le bouchon vaseux qui est en train d’emboliser toute la partie de l’arrivée à l’océan, il répond, vous êtes gentils, mais je la prends où l’eau ? La lâcher c’est facile, mais comment on la retrouve cette eau ? ». En clair, s’il faut plus d’eau en bas et même si la Corrèze est un département très très bien doté en retenues d’eau (c’est M. Coste qui le dit), il faut de nouveaux stockages hivernaux. Je donne si je peux ravoir.
« Vous êtes gentils, mais je la prends où l’eau ? La lâcher c’est facile, mais comment on la retrouve cette eau ? »
Le département n’est pas légitime
Il est répété que le plan départemental doit être intégré dans les documents prescriptifs, opposables, comme le SDAGE, ou les SAGE (voir encadré 2). Ces instances sont constituées d’acteurs représentant tous les usages de l’eau. Ils construisent et votent les schémas d’aménagement et de gestion par bassin versant car l’eau suit la pente et non une limite administrative. C’est là que se définissent les priorités et les solidarités.
Encadré 2 – Une gestion intégrée par bassin versant
Lorsqu’une goutte d’eau tombe sur le sol, si elle ne s’évapore pas, elle suit la pente, plus ou moins vite, par des chemins plus ou moins complexes. Et, elle finit dans un cours d’eau. L’ensemble de la surface terrestre sur laquelle toute l’eau tombée finira à un moment dans ce cours d’eau constitue le bassin versant (BV) de celui-ci. L’eau a une identité géographique qui dépend du relief et non pas du territoire administratif.
Les BV sont délimités par des lignes de partage des eaux. Chacun est inclus dans un plus grand. Ainsi le BV de la Vézère, est inclus dans celui de la Dordogne, inclus, lui, dans le grand bassin Adour-Garonne.
Un schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau (SDAGE) est défini, pour une durée de six ans, pour chaque grand BV. Ce schéma est élaboré avec tous les acteurs qui composent le comité de bassin : l’État, les collectivités (dont le département de la Corrèze), les acteurs économiques (comme les agriculteurs), les usagers non économiques (dont les consommateurs et les associations de protection).
Le SDAGE actuel Adour-Garonne, voté en 2022 par le comité de bassin, définit les grands objectifs et la stratégie de gestion. Tout plan qui se situe à un niveau plus petit doit être compatible avec lui.
On établit de la même façon un schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE), pour des plus petits BV. Il existe un SAGE Dordogne amont (présidé par M. Coste), un SAGE Vézère-Corrèze (présidé par le département de la Corrèze), un SAGE Dordogne aval présidé par un établissement public, EPIDOR dont M. Coste est vice-président. Ce sont des commissions locales de l’eau (CLE), constituées de la même façon que les comités de bassins, qui définissent ces schémas. C’est dans ce cadre que « ceux de l’aval échangent avec ceux de l’amont ».
La gestion de l’eau est concertée avec tous les acteurs. Elle a été définie ainsi parce que l’eau est un bien commun et que les décisions ne peuvent être prises à une échelle administrative.
Le PDGE, lui, a été voté uniquement par le département. Un comité de pilotage existe mais malgré la totale transparence clamée on ne trouve nulle part sa composition et il n’a jamais voté le plan départemental. L’aurait-il fait unanimement en l’état ?
Vouloir intégrer le plan départemental dans ces documents prescriptifs est un abus, une inversion totale de la logique de la gestion de l’eau à l’échelle du bassin versant, une prise de pouvoir au profit du département de la Corrèze et d’activités économiques comme l’agriculture. Agir ainsi, c’est agir contre la gestion de l’eau en tant que patrimoine commun. Ce qui est inacceptable de la part d’un président de Corrèze qui est aussi vice-président de l’agence de l’eau Adour-Garonne.
D’ailleurs, qui déciderait d’intégrer ce plan dans ces documents ? Les comités légitimes à délibérer ? Ou le préfet coordonnateur de l’eau ?
Par JULES
La Trousse Corrézienne DU LOCAL, DU LIBRE, DU BEAU, DE L'ECOLOGIE, DU DRÔLE, DU FRAIS