Quand je lis un article, souvent des affirmations m’interpellent et je ressens alors le besoin de vérifier ce que je pense ou ce que pense l’auteur. Pour lui comme pour moi, la question des sources est essentielle.
Écrire ou parler, même fondement : les sources. Mon expérience personnelle est aisée à sourcer : qu’est-ce que je ressens ? Depuis quand ? Dans quelles circonstances ? La source est dans ma mémoire, mentale ou corporelle. Ce que je dis de moi est probant puisque je suis ma source. L’expérience personnelle d’un auteur ne se discute pas. Cela lui permet d’exprimer ses idées. Jusque-là, chacun est libre. Raison pour laquelle la liberté d’expression existe, à savoir le droit reconnu à chaque individu de faire connaître ce qu’il pense et/ou ressent.
Comme cette expression libre a pu dès le départ bousculer les titulaires du pouvoir, qui l’avaient eux-mêmes utilisée les premiers, il est apparu au fil de l’Histoire, pendant des siècles, par exemple chez Platon comme chez saint Augustin, une différence entre la parole des uns (les magistrats, les prêtres) et celle des autres. Une sorte de hiérarchie de la parole. Certaines pouvaient être hérétiques et entraîner la mort. Aujourd’hui, certaines paroles portent atteinte à des intérêts et entraînent des sanctions. Sauf si la source est juridiquement convaincante.
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La preuve
C’est un acte ou un fait juridique (des agissements ou événements auxquels la loi attache des effets de droit, une signature ou une livraison par exemple) utilisé pour fonder une allégation. Par exemple : « j’ai reçu un colis abîmé », étayé par une photo. La force probante de ma photo tient jusqu’à la preuve contraire ou l’annulation de la photo trop mal retouchée par mon logiciel parce que je ne suis pas graphiste… En septembre 2024, en matière de harcèlement moral au travail, le juge français a décidé que l’illicéité ou la déloyauté dans l’obtention ou la production d’un moyen de preuve ne conduit pas nécessairement à l’écarter des débats. Ma photo truquée pourrait être admise… Le juge doit, lorsque cela lui est demandé, apprécier si une telle preuve porte une atteinte au caractère équitable de la procédure dans son ensemble, en mettant en balance le droit à la preuve et les droits antinomiques en présence. On retrouve là, encore aujourd’hui, la différence de hiérarchie de la parole évoquée plus haut venant des temps anciens. Rien n’a changé.
En journalisme, la charte de déontologie de Münich (ou Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, signée le 24 novembre 1971) ne règle pas autrement la question : la parole du journaliste est au-dessus de celle des autres. Le secret professionnel lui permet de ne pas divulguer la source d’informations obtenues confidentiellement. Il est donc prévu qu’il soit cru même sans citer la source.
Si dans l’article, le journaliste porte atteinte aux intérêts de quelqu’un, que celui-ci demande ensuite réparation au juge, détenteur de la parole ultime, et que ledit juge apprécie de manière insuffisante la source considérée, il peut changer la hiérarchie de la parole. S’il le fait trop souvent dans le même sens, instrumentalisé par celui qui a les moyens financiers d’orienter son jugement, alors ce dernier deviendrait le seul à jouir de la liberté d’expression. Procédures bâillons.
Probante ou non probante
Des travaux scientifiques ne sont pas juridiquement convaincants avant d’avoir été largement validés depuis un certain temps et contestés pendant un temps plus court. Des renvois à des renvois qui renvoient à des affirmations non fondées ne constituent pas une source valant preuve. Le nombre des échos d’une affirmation fausse n’en fait pas une information vraie. Un renvoi à la liberté d’expression d’un autre constitue bien une source probante : « Untel m’a dit que », mais jusqu’à la preuve contraire.
Dans cet article, les sources sont des dictionnaires, qui font a priori consensus. Et leur contenu ne porte atteinte à personne. Si je devais écrire un propos portant atteinte à quelqu’un, à sa réputation, à sa vie privée, etc. cela serait mieux avec une source probante. Est probante une source que le juge reconnaîtra comme telle. Encore faut-il lui demander ! En attendant, c’est à chacun d’apprécier la qualité probante des sources fournies. Le caractère probant dépend de notre propre appréciation, grâce à nos connaissances, lesquelles ont peut-être été induites par les informations disponibles dans notre environnement… Donc, avant la décision éventuelle d’un juge, le caractère probant dépend des sources d’informations que nous choisissons, et de nos capacités d’autodéfense intellectuelles.
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Par THOMAS JOURNEL
La Trousse Corrézienne DU LOCAL, DU LIBRE, DU BEAU, DE L'ECOLOGIE, DU DRÔLE, DU FRAIS