Scène de concert du festival Tulle remet le son à Tulle, avec musiciens en plein air, public de passage et animation musicale dans le centre-ville.

Tulle a remis le son

Le festival tulliste a eu lieu, du vendredi 27 au dimanche 29 juin dernier. Cela pourrait ressembler à une non-information, puisqu’il existe depuis plus de 30 ans, mais ce n’était pas gagné. En effet, à la suite de mésententes qui couvaient depuis le printemps 2024 entre la mairie et l’association (ex-la cité de l’accordéon) qui gérait le festival (Les Nuits de Nacre), celle-ci jetait l’éponge en fin d’année 2024 (voir articles dans la presse en décembre1) et était ensuite dissoute. La municipalité annonçait dans le même temps qu’elle reprenait la main, pour un autre projet…

Le changement de main : comment et pourquoi ?

Les financements. Il est toujours utile de regarder de ce côté. Résumons : l’association voulait 30 000 euros de plus pour un poste permanent supplémentaire, et la mairie avait annoncé une baisse des subventions du même montant, et n’était pas d’accord avec les 70 000 euros prévus pour deux employés et un directeur. Pour un festival de deux jours. C’était le clash assuré, et il a eu lieu.

En fait, le montant du bilan financier est resté identique, entre 2024 et 2025, environ 200 000 euros, mais là les frais pris en charge par les services municipaux (personnels et matériels) ont été intégrés noir sur blanc dans le budget. Les partenaires financiers ont joué le jeu, région – département – Tulle Agglo – ville de Tulle (60 % du budget).

Pour comparaison : le festival de Chanteix, à la louche c’est 350 000 euros, et Brive Festival avec les multinationales et leurs « arrangements fiscaux » dépasse le million.

Quelques retours recueillis en direct pendant le festival ou peu après

Deux techniciens intermittents (classiquement de noir et sombre vêtus), faisant une pause en terrasse de café après un bon taf :
« J’ai couru partout… bon, c’est déjà bien qu’ils fassent quelque chose, faut arrêter de critiquer ! C’est une première fois, organisée en moins de six mois… Et vive la culture ! »

Jean-Luc Capelli, directeur général, adjoint à la mairie :
« Plus de 41 % des dépenses ont concerné l’artistique, ce qui est au-dessus de la moyenne en France ; c’est un projet plus familial que nous avons développé, avec des spectacles de rue, et un travail partenarial. »

Un couple de touristes allemands :
« On vient depuis 4 ans. On aime le jazz, et l’accordéon ».

Des habitués, avec le programme dépliant en mains :
« Ben, elle est où la référence à l’accordéon ? Et le logo, il est bizarre2 Et on ne sait pas quels sont les styles de musique pour chaque concert ! »

Un passant :
« La Gapette [groupe de musique], c’était super ! Dommage, peu de monde ».

Un papa :
« Très belle la déambulation, nous n’étions pas trop serrés, en fait j’aurais pu amener mes enfants ! »

Spectacle de rue à Tulle pendant le festival Tulle remet le son, avec une grande silhouette rouge et noire sur roulettes, coiffée d’une artiste visible au sommet.

Une organisation partagée et un avenir maîtrisé

Pour cette première édition de Tulle remet le son, l’organisation se voulait plus partagée, entre partenaires institutionnels, culturels, commerçants et associations. Le théâtre L’Empreinte a accueilli l’un des deux concerts payants, l’asso Les Lendemains Qui Chantent a apporté son aide technique, La Cité de l’accordéon et des patrimoines (le musée) a accueilli le concours d’accordéon organisé par le Lions Club, le conservatoire de musique et les services de la ville ont organisé des animations, les « tradeux » ont pu choisir eux-mêmes leurs groupes et multiplier les ateliers et les bals. Et les commerçants ont pris en charge la restauration et les buvettes. La météo a été sympa, il n’y a eu ni canicule trop longue ni orage !

La mairie a dit ce qu’elle allait faire, et elle a fait ce qu’elle avait dit. Petit festival, plus de 90 % gratuit, sans prétention aucune, qui ne demande qu’à ne pas grandir. Sinon (hébergements, espaces et navettes, coûts et financements, niveau de gratuité, projet artistique), ce serait d’une autre ampleur…

Notes

1. Par exemple, La Montagne du 17 décembre 2024.
2. Des esprits mal tournés se demandent si la référence trop appuyée à l’accordéon et le passage de relai avec l’ancienne association sur un projet trop similaire n’auraient pas obligé, dans ce cas, la municipalité à reprendre, légalement (fiscalement), le petit déficit de l’association qui a déposé le bilan ?

Par CHRISTOPHE RASTOLL

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