
Salut à vous
Cette fois-ci quittons les chemins de traverse et empruntons, ces quelques lignes, l’autoroute culturelle. Il y a chamboulement dans le paysage institutionnel de la culture en Corrèze avec le rapprochement des théâtres de Brive et Tulle et l’obtention pour cette nouvelle institution du label « scène nationale ».
Oui, oui, ce n’est pas très… alternatif comme projet. Et oui, oui, je m’étais employée jusqu’à présent à mettre en valeur les forces vives et les dynamiques artistiques de notre territoire qui parvenait à vivre hors des grandes routes institutionnelles. Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer les différents acteurs de ce projet, ce premier article consacré à la nouvelle scène nationale Tulle/Brive sera l’occasion d’y voir un peu plus clair au pays des labels culturels, de revenir sur l’historique de la politique culturelle française, notre belle exception culturelle française. Suivra un article qui étoffera cette compréhension par le regard, les ambitions et les mots des acteurs de ce projet. Qui sait, peut-être trouverons d’étranges résonnances, de fragiles passerelles avec les utopies déjà et encore à conter…
Un Rapprochement ?
Deux ans que ce projet de rapprochement était dans les tuyaux, porté par les équipes des théâtres des Sept Collines de Tulle, des Treize Arches de Brive, Frédérique Soulier maire de Brive, Bernard Combes maire de Tulle, le conseil départemental ainsi que le conseil régional afin de recentrer la direction de ces deux théâtres, sous une seule et même entité et d’obtenir le label « scène nationale ». Petit historique : au commencement il y avait le théâtre de Tulle, scène conventionnée « Musiques improvisées et écritures d’aujourd’hui en milieu rural », sous la direction de Solange Charlot jusque fin 2015 puis par intérim sous la direction de l’ancienne secrétaire générale du théâtre, Nathalie Besançon (1). Puis le théâtre des treize arches, EPCC (établissement public de coopération culturelle), est créé en 2009, devient à son tour scène conventionnée en 2012 et est dirigé depuis sa création par Jean Paul Dumas, la programmation étant assurée par Colette Froidefond (2). Enfin, début 2017, la fusion des deux théâtres en une seule entité, labélisée « scène nationale » est consacrée par la nomination de Nicolas Blanc à sa direction.
Label quand tu nous tiens
Ces labels culturels français découlent de la décentralisation théâtrale. À la fin du XIXème siècle, l’essentiel de la vie théâtrale française est concentré à Paris et propose essentiellement des pièces qualifiée de bourgeoise et commerciale fréquentée par un public de nantis venus s’encanailler et se montrer. Commencent à émerger le désir de sortir le théâtre du velours d’en faire un terrain d’exploration et de réflexion tout autant que de communion. Ainsi fleurissent des projets de théâtre populaire, décentralisé en province, redynamisant la création théâtrale et permettant aux auteurs, aux acteurs aux metteurs en scène d’expérimenter, loin du milieu parisien, une création libre des convenances commerciales alors en vigueur. (exemple : le Théâtre du Peuple et un festival où se croisent professionnels et population locale, crée par Maurice Pottecher en 1895, à Bussang). Ainsi l’état n’est pas à l’origine de la décentralisation mais est venu soutenir et institutionnaliser cette dynamique avec la mise en place en 1946 d’une politique culturelle portée par Jeanne Laurent, (nommée par Jacques Jaujard), conseillée dans sa tache par les metteurs en scène Jean Vilar, Louis Jouvet, Dullin, Clavé. La mission étatique mise en place avait pour but la décentralisation et la démocratisation de la création théâtrale. Aujourd’hui cette politique culturelle ouverte à la danse, la musique, les arts de la rue, de la piste et de la marionnette, aux arts plastiques, à l’audiovisuel, aux médias, redistribue les 1,1% du budget de l’état alloué à la culture (soit 10Md€). Les labels qui en découlent (centre dramatiques nationaux, théâtres municipaux, etc…) sont autant de coopérations financières entre régions, municipalités, départements, structures et l’état permettant à une partie des artistes de créer et de partager leurs œuvres avec un large public…
Heu oui, d’accord, mais quoi ?
En ce qui nous concerne ici : les scènes conventionnées (3) perçoivent 10% de leur budget de l’état, pour 3 ans renouvelables, les conventions sont signées entre l’état et la structure dont le directeur porte un projet conforme au cahier des charges définissant les missions correspondant au label, puis contre signées par les collectivités locales qui en assurent le fonctionnement général via les DRAC (direction régionale des affaires culturelles). Le cahier des charges des scènes conventionnées impose « une programmation exigeante, une large reconnaissance du milieu artistique, un ancrage territorial, une participation significative des publics, le professionnalisme de la gestion, l’indépendance des choix artistiques de la direction ». Il en est sensiblement de même pour les scènes nationales (créées en 1990 par Bernard Faivre-d’Arcier) si ce n’est leur pérennité et un budget est plus important que celui des scènes conventionnées. Le directeur y est nommé par le conseil d’administration de la structure, pour majorité des membres de droits représentants l’état et les collectivités territoriales, en fonction d’un projet artistique que le directeur mène en toute autonomie vis-à-vis de l’état et de la DRAC. Les scènes nationales ont pour obligation la pluridisciplinarité, bien qu’elles doivent s’affirmer en un même temps comme lieu de référence d’un des domaines du spectacle vivant (spécialisation), privilégier la création contemporaine, participer au développement culturel en « favorisant de nouveaux comportements à l’égard de la création artistique et une meilleure insertion sociale de celle-ci » (4).
Et concrètement ça donne quoi ?
Ce rapprochement permettra de mutualiser les budgets des deux théâtres (soit 2M€ pour Brive et 1M€ pour Tulle), budget global rallongé par l’état de 250 000 euros grâce au label scène nationale (la Montagne 02/06/2017). Le nouveau directeur, Nicolas Blanc, anciennement à la direction des scènes croisées en Lozère (5) (théâtre à la programmation itinérante, diffusant dans les multiples infrastructures du département). Nicolas Blanc, fort de cette expérience collective déclare vouloir s’appuyer sur les identités artistiques des deux théâtres pour construire un projet fédéré autour de l’enfance et de la jeunesse. Sa mission sera d’asseoir le dialogue entre ville et campagne, d’emmener les œuvres à la rencontre des habitants, en partenariat avec les professionnels et les collectivités locales en étant aux côtés des artistes. … Vaste programme ! Nous aimerions tant, oui, que cette vastitude permette la réflexion et le dialogue des publics, le maillage et non l’absorption des petits lieux plus modestes, continuant à déplacer jusque dans nos collines les oeuvres magistrales venues des grandes métropoles mais utilisant aussi les forces vives locales en ouvrant ce bel outils de travail aux artistes vivant et oeuvrant sur le territoire. La suite dans le prochain épisode !
: http://septcollines.com/les-7-collines/
: http://www.lestreizearches.com/les-treize-arches
: https://fr.wikipedia.org/wiki/Scène_conventionnée
: https://fr.wikipedia.org/wiki/Scène_nationale
: http://www.scenescroisees.fr
MC Bee




