L’excision, ça consiste en quoi ?
L’excision, c’est l’ablation de la partie visible du clitoris (dit « gland du clitoris »), et parfois aussi d’une grande partie voire de la totalité des petites lèvres de la vulve.
Les raisons de sa pratiques sont multiples, parfois cumulables : rite religieux (au même titre que la circoncision), mais aussi tradition culturelle (la première excision constatée est celle… d’une momie, retrouvée en Égypte datant de 200 ans avant JC), norme sociale, honneur familial (lié au contrôle de la sexualité des femmes avant mariage), ou croyance, selon les ethnies et les communautés.
Lorsqu’on excise une petite fille, c’est toujours pour son bien, afin qu’elle ait le meilleur futur possible (bonne éducation, bon mariage…).
Les sages-femmes commencent à pratiquer en hôpital, mais c’est souvent une ancienne à qui on confie cette tâche, respectée pour cela et très bien rémunérée.
État des lieux
Quand on n’y est pas directement confronté, l’excision peut sembler une pratique marginale, ne concernant que quelques poignées de femmes. Raté. C’est une pratique encore extrêmement courante qui touche 130 millions de femmes, en Afrique mais aussi en Asie. Soit 3 millions de filles de moins de 15 ans chaque année dans le monde.
En Égypte, au Soudan, en Somalie, en Guinée, au Mali, en Sierra Leone et à Djibouti, ce sont plus de 90% des femmes et des filles qui sont excisées.
Partout, on tente de légiférer, partout les traditions ont la peau dure.
Les petites filles elles-même insistent souvent pour subir l’intervention, n’ayant aucune idée de la douleur qui en découle : l’opération et ses conséquences leur sont systématiquement cachés, elles savent seulement qu’après l’intervention on les traitera comme des princesses et qu’elles auront parfois un cadeau.
Des conséquences désastreuses
Les conséquences sont pourtant multiples, et s’accentuent à la puberté. Infections, douleurs en urinant, pendant les règles ou les rapports sexuels, infertilité, incontinence, complications lors des grossesses et des accouchements, kystes, tétanos, septicémie, décès… De nombreuses femmes excisées ne savent pas que ces symptômes sont liés à leur mutilation, ni même qu’elles ont été mutilées. Celles qui en prennent conscience sont souvent les migrantes, arrivées en France, qu’un partenaire sexuel ou un gynécologue va prendre au dépourvu en constatant que leur vulve est différente. C’est là que les conséquences psychologiques s’installent. Dépression, colère, peur de l’acte sexuel, de n’être pas une femme complète, d’une vie exempte de sexualité épanouie, de tomber enceinte…
Chirurgie réparatrice
Car elle existe ! Son but est double : rendre un aspect normal au clitoris et à la vulve, et lui redonner une sensibilité. Car l’ablation ne concerne qu’une petite part du clitoris, la majeure partie étant interne. L’opération consiste donc à libérer le « corps » du clitoris, qui mesure environ 8 cm, et à l’avancer pour recréer le « gland » du clitoris. Si les lèvres ont été touchées, il faudra aussi reconstruire celles-ci. C’est le Dr Pierre Foldès qui a inventé cette chirurgie réparatrice il y a une trentaine d’années, maintenant remboursée en grande partie par la sécurité sociale, bien que plus ou moins bien couverte par les complémentaires. D’autres praticiens se sont eux aussi spécialisés dans cette opération, et redonnent le goût de vivre à des centaines de femmes chaque année. On ne peut que s’en réjouir.
Sousou




