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La Trousse Corrézienne

Chroniques, LTC 13 · 30 juin 2017

On vit une époque formidable

Voilà quelques semaines que nous avons un nouveau président de la république, tout jeune, tout beau, tout neuf, et moderne avec ça. Le Giscard du XXI ème siècle !

Selon toute vraisemblance il va disposer d’une écrasante majorité à l’assemblée, le tout avec environ 15 % des inscrits qui auront voté réellement pour lui et son programme. Elle est pas belle la vie ? Comme Chirac après ses 82 % en 2002 il pourra dire : « Il n’y a plus de raison de s’emmerder ! »

D’ailleurs il ne s’emmerde déjà pas. L’état d’urgence qui devient un état normal, le code du travail qui sera massacré sur ordonnance pendant l’été, et dernière cerise en date sur la gâteau, une loi de moralisation de la vie politique vidée de ses mesures emblématiques.

Dans ses promesses de campagne il était question d’un casier judiciaire (B2) vierge, d’un régime de retraite des parlementaires aligné sur le régime général, et de la prévention des conflits d’intérêt par l’interdiction pour ces mêmes parlementaires d’avoir une activité de conseil.

Bon fini tout ça, on ne rigole plus maintenant, c’est la vraie vie. Le casier judiciaire ne doit plus être vierge, il doit juste ne pas contenir des choses pouvant mettre en doute la probité de l’heureux élu. De ce point de vue il sera toujours plus facile d’être député que pompier.

La retraite ? C’est encore plus simple. Il n’en est pas question. Courage élus, plus que cinq ans à tirer et c’est la quille !

Quant aux activités de conseil il suffira de les avoir commencées avant d’être élu, les lobbies de tous poils sont heureux.

Mais le plus grave est certainement l’état d’urgence qui passe dans la loi courante… Oui mais c’est juste pour les terroristes !

Bon, définition du mot terrorisme prise dans le Petit Robert 1973 (c’est le seul dico que j’ai sous la main)

1- Mot employé après la chute de Robespierre pour désigner la politique de terreur des années 1793-94

2 – Emploi systématique de mesures d’exception, de la violence pour atteindre un but politique (prise, conservation, exercice du pouvoir…) Ensemble des actes de violence… etc bla bla.

Notre très glamour président serait un terroriste ? Je n’ose y croire.

Et si on jouait à faire un peu de politique fiction !

Novembre 2017, le nouveau code du travail est entré en vigueur ainsi que les nouveaux règlements sur les indemnités de chômage. Il a baissé le chômage, de 3 %. Faut dire que lorsque vous êtes obligés d’accepter un boulot à mi-temps et au SMIC à cinquante bornes de chez vous ça dissuade de jouer les feignasses assistées.

Le gouvernement crie victoire, la France se redresse, et Gattaz a une putain d’érection.

Oui mais voila que le 16 novembre une caissière de supermarché va s’immoler dans le bureau de son DRH.

Rassurez-vous braves gens, les dégâts sont minimes, et dès demain vous vous pourrez consumériser à loisir.

Le 17 les salariés du supermarché se mettent en grève accusant, évidemment injustement, l’encadrement de harcèlement. Ces pauvres cadres ne cherchent qu’à accroître la compétitivité de l’entreprise et donc la préservation de l’emploi et la grandeur de la France. La CFDT est d’accord : l’emploi avant tout.

Le 18 le mouvement s’étend à l’ensemble de la chaîne et de fil en aiguille le 25 la France est paralysée.

Les manifs succèdent aux manifs et les revendications s’étendent. Des forums citoyens ont lieu tous les soirs Place de le République et un peu partout en France. L’état semble comme dissous.

Le cycle provocation/répression s’enclenche alors avec des blessés de part et d’autre, des morts. Qui a pris l’initiative ? Je vous laisse deviner.

Le 30 le chef de l’état prend la parole pour faire un peu de pédagogie et expliquer que cette chienlit est une atteinte intolérable à la liberté d’exploiter en paix et que la loi sera appliquée dans toute sa sévérité.

Le 1er décembre trois cents « meneurs », sont assignés à résidence par les préfets. Les 2 et 3 décembre les manifs redoublent, les blessés et les morts aussi. Le 4 c’est vingt-cinq-mille citoyens qui sont assignés à résidence, le 5 ils seront quarante-cinq-mille et le silence se fera après encore quelques morts et comparutions immédiates.

Les santons des crèches pourront fêter Noël en paix, et Gattaz enfin lâcher une éjaculation depuis si longtemps retenue.

Bienvenue dans la modernité !

Brice

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