
Le Parti communiste français (PCF) – section de Brive a fait parvenir le communiqué de presse ci-dessous à La Trousse corrézienne en février dernier. Nous lui posons en retour quelques questions dans l’encadré qui figure en bas de page.
« Un nouveau recul pour la souveraineté industrielle française et une menace pour l’emploi en Corrèze
La section de Brive du Parti communiste français exprime son inquiétude et son opposition totale face à la vente de LMB Aerospace, entreprise implantée à Malemort-sur-Corrèze, au groupe américain Loar Group. Cette cession n’est pas anodine et l’entreprise LMB n’est pas une société comme une autre.
En autorisant cette cession à un groupe américain, le Gouvernement fait le choix d’abandonner, une fois de plus, notre souveraineté industrielle et technologique. Nos capacités d’exportation, notre autonomie stratégique, nos choix industriels et notre indépendance sont soumises au bon vouloir des États-Unis depuis que le petit Mozart de la finance est à la manœuvre : après Alstom, Latécoère ou Technip, tous experts et leaders dans leur domaine, ce sont des pans entiers de notre expertise technologique qui se retrouvent aux mains des États-Unis tandis que notre industrie s’écroule. Cette stratégie de marché relègue la France au statut de sous-traitant des États-Unis, soumis et dépendant aux ordres de Washington dans le domaine militaire.
Avec la cession de LMB Aerospace, la France vient de soumettre la construction et la vente de son Rafale, l’un des meilleurs avions de combat au monde, équipé de matériels fabriqués chez LMB, au bon vouloir des États-Unis. Une situation qui n’est pas sans rappeler l’épisode de la frégate Languedoc, maintenue à quai en attente de la livraison de composants sous contrôle américain. Avec ce levier, les États-Unis s’assurent à moyen et long termes le contrôle indirect de l’arsenal militaire français et, de facto, l’adhésion de notre pays à la stratégie impérialiste menée par Trump.
Cette décision pose aussi une question sociale majeure pour notre territoire.
Derrière les montants financiers et les logiques de rentabilité, ce sont des emplois qualifiés, des compétences rares et un tissu industriel local qui sont mis en péril à moyen terme. L’histoire industrielle récente montre que les promesses de maintien de l’activité et de l’emploi ne résistent jamais aux exigences de rentabilité financière.
Une fois de plus, la financiarisation de l’économie l’emporte sur une véritable vision industrielle de long terme.
Les États-Unis n’ont besoin que du savoir-faire, des brevets et de l’expertise technique, les salariés ne sont qu’un outil (demandez aux salariés d’Alstom…).
Alors même que des outils publics existent – comme Bpifrance – l’État renonce à jouer pleinement son rôle de stratège et de protecteur de l’intérêt général. Pour le Parti communiste français, la souveraineté ne se proclame pas : elle se construit, par des choix politiques clairs.
Cela suppose :
– un contrôle public renforcé des entreprises stratégiques,
– des investissements publics massifs pour consolider l’industrie nationale,
– de sortir de la logique de vente à la découpe de notre appareil productif.
La section de Brive du PCF appelle à un débat public transparent, à un contrôle parlementaire renforcé sur ce type de cessions, et à une véritable politique industrielle au service des travailleurs et des territoires.
La France n’est pas à vendre. La Corrèze non plus ».
Question en rapport avec le génocide palestinien en cours
Par RICHARD VARLIN
Si je comprends que le PCF s’insurge contre la vente d’un outil industriel « sensible », je sais aussi que LMB Aerospace – Malemort est une entreprise citée dans le rapport établi par le Palestinian Youth Movement et le collectif Urgence Palestine, rendu public le 7 avril dernier. « “Armer un génocide” : un rapport d’investigation révèle l’ampleur de la complicité française dans l’armement d’Israël. »
Qu’en pense la section du PCF Brive, ou le PCF dans son ensemble ? Légalement, c’est l’État qui est responsable des autorisations et du cadre strict du contrôle des ventes d’armes et matériels militaires : on est en plein dans le sujet. LMB est une entreprise… et n’est pas légalement responsable de l’utilisation de ses « produits » par ses « clients ». La France est le deuxième exportateur d’armes au niveau mondial, et la collaboration avec l’État d’Israël est manifeste et dénoncée depuis des années. Rien ne bouge. Bien que l’État palestinien ait été reconnu dernièrement par la France, aucun acte d’envergure n’est venu ni concrètement ni politiquement appuyer cette position ; donc les ventes d’armes continuent…
Si je ne m’abuse, le PCF peut se soucier de politique commerciale et d’emploi local, de logique stratégique et de défense nationale. C’est son rôle en tant que parti politique.
Quid de la solidarité entre les peuples ? D’un avis en faveur de l’arrêt des ventes de matériels en cas de génocide, apartheid et accélération de la colonisation sur les terres palestiniennes ? Que dit le PCF Brive sur cette question brûlante et comment interpelle-t-il le Gouvernement français et les Corréziens ? Il y a là aussi un enjeu vital en ce qui concerne le contrôle effectué par les parlementaires, le débat public et la politique industrielle française. Faudrait-il nous contenter d’une politique au service des travailleurs et des territoires, qui se ferait dans le déni ou l’oubli des massacres de travailleurs et des actes d’épuration ethnique en cours dans d’autres régions du monde ?
Réponse du Parti communiste, section de Brive
Par NICOLAS HAAG
Défendre l’emploi et l’industrie n’est pas contradictoire avec une position anti-guerre : la maîtrise de l’appareil productif permet une politique internationale indépendante, condition essentielle pour peser réellement pour la paix.
Concernant LMB, l’interpellation mérite réponse. Il est inacceptable que des entreprises françaises soient impliquées dans l’armement d’un génocide. En fermant les yeux sur les livraisons d’armes, la France se détourne de son devoir moral envers les peuples opprimés et se rend complice. Le PCF dénonce cette situation et exige l’arrêt des ventes et transits de matériel militaire vers Israël (Elsa Faucillon, Assemblée nationale, 7 avril 2026). Depuis plus de 50 ans, le PCF revendique la reconnaissance de l’État de Palestine et soutient la résolution de l’ONU de 1974 appelant à deux États, dans la continuité de sa ligne anti-impérialiste.
Deux questions se posent aujourd’hui au regard du contexte international :
– La France, dépendante du marché américain pour son armement, est-elle autonome dans ses décisions militaires ? Non. Pour défendre la liberté des peuples, elle doit disposer de moyens concrets pour dire STOP aux politiques de domination.
– L’État français aurait-il plus de leviers si LMB appartenait à une multinationale américaine ? Non. Cela réduirait même sa marge de manœuvre, avec un risque de délocalisation si les choix politiques français contredisaient les intérêts du groupe.
Sans leviers industriels et stratégiques, la morale ne pèse rien dans les relations internationales.
La défense des peuples exige une capacité réelle à agir, à résister aux pressions économiques et diplomatiques, et à faire prévaloir des choix politiques souverains. Cela suppose de ne pas être dépendant des autres nations, de ne pas s’être ridiculisé diplomatiquement, de disposer d’une capacité de dissuasion crédible, et d’être le moins dépendant possible commercialement et industriellement.
L’épisode LMB n’est, à ce titre, qu’une goutte d’eau dans l’océan stratégique, diplomatique, industriel et commercial dans lequel la France se noie depuis plus de vingt ans.




