
Je suis passée à l’orange qui est devenu rouge. C’est le radar du feu rouge qui m’a vue : quatre points enlevés, cent-trente-cinq euros d’amende. Stressée, je m’inscris à un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Premier constat : de fortes variations de prix (de 189 € à 350 €) pour des stages similaires de deux jours de sept heures. Très agacée avant et pendant, j’y ai pourtant trouvé un truc que je n’avais pas imaginé.
Une salle d’un hôtel Ibis, un expert de la sécurité routière, une psychologue agréée et dix-neuf présents. Une majorité d’hommes : quatorze. Les supers-bilans de la sécurité routière relèvent qu’en 2023, 10 millions de points ont été retirés aux hommes pour 5,6 millions aux femmes. Lors du tour de table, j’entends des jeunes (quatre en permis probatoire) et des moins jeunes, des qui aiment la vitesse – mais pas que des hommes – des qui ont besoin du permis pour travailler, des qui avaient bu à une soirée et étaient encore positifs le lendemain, des qui « courent après le temps », des qui s’énervent sur la route, des qui téléphonent, des qui en sont à leur quatrième stage… et à leur second permis.
Échanges en petits groupes
Ainsi, après y avoir réfléchi individuellement, nous avons mission de nous mettre d’accord sur trois risques principaux. Dans notre groupe, des positions très différentes et un accord :
« Le risque essentiel, c’est les autres. »
Nous avons dû aussi dire, en groupe, si nous étions d’accord ou non avec des propositions dont : « Il faudrait faire des limitations de vitesse en fonction de la puissance des véhicules. » Au moment de la décision unanime : « Non. » L’un dit :
« Je sais bien que ce n’est pas possible, mais n’empêche ce serait bien. »
La proposition « Les hommes font plus d’infractions que les femmes » a donné lieu à des échanges épiques, car beaucoup d’hommes n’étaient pas d’accord. L’un a fini par dire :
« Oui, mais c’est parce qu’elles conduisent moins » (ce qui est faux).
Bref, une parole libre avec des positions très diverses.
Le plaisir du mélange
J’ai passé deux jours, dans une situation non souhaitée, avec des personnes inconnues, dont aucune ne voulait être là, d’âge, de genre, de catégorie sociale, de capital culturel différents… Un mélange complet. J’ai échangé avec un homme tranquille, livreur, qui a perdu six points d’un coup en deux contraventions à Alès : couper la ligne continue (moins trois) pour aller se garer en dépassant un peu sur la chaussée (moins trois). J’ai vu un homme russophone se faire aider tout le stage par plusieurs personnes qui traduisaient sur leur téléphone. J’ai entendu :
« Pourquoi alors que l’autoroute est réputée plus sûre, ne donne-t-on pas la possibilité aux gens d’y accéder ? »
« Pourquoi on ne donnerait pas des récompenses quand on conduit bien ? »
« Les hommes trouvent toujours des excuses à leur mise en cause, en gros s’il y a des accidents où ils sont responsables, c’est pas vraiment leur faute. »
« Pourquoi fabrique-t-on des voitures qui dépassent les limites ? »
J’ai entendu un homme dire qu’il conduisait moins vite « à cause d’un accident grave où il n’était pas responsable » et un autre qu’il n’aimait pas spécialement la vitesse, ni la voiture…
J’ai apprécié ce mélange, entendre les paroles, les points de vue. C’est rare non ?
Par MAMIE LALA





