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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 20 · 9 octobre 2018

RUFFAUD, C’EST FINI ?

Photographie en noir et blanc d'un chemin de campagne avec un panneau

Été 2017. Beaucoup parmi nous ayant constaté des changements à l’étang de Ruffaud (équipe nouvelle au restaurant, espace de baignade considérablement réduit), la rumeur enflait : « l’étang avait été vendu par le Conseil Départemental (CD) » et l’inquiétude régnait : « qu’allait-on en faire et qu’allions-nous devenir sans lui ? » La Trousse interrogeait alors le futur nouveau propriétaire, M. Fournier. Celui-ci confirmait avoir acheté l’étang au Conseil Départemental et affirmait son intention d’en faire un lieu de pêche, mais assurait que la baignade et le restaurant seraient toujours ouverts au public (cf La Trousse corrézienne n°12, mai-juin 2017). Des propos rassurants étaient également tenus au quotidien La Montagne : en avant vers un « épicentre touristique encore plus attractif »¹ (sic) !

Été 2018. Il fait chaud, très chaud. Confiants, habitués, Corréziens et touristes reprennent le chemin de Ruffaud pour s’y rafraîchir. Stupéfaction, déception, colère ! Qui s’exprime notamment par une pétition sur Opinion.com, et sur les réseaux sociaux (voir la page Facebook :
Ne touchez pas au ciel de Gimel). L’étang est bouclé, impossible de s’y tremper, les environs sont cadenassés, pancartes à l’appui : l’endroit est bouclé, l’eau a été privatisée, l’herbe et les arbres accaparés… Ce lieu public depuis toujours est devenu le terrain d’amusement payant de quelques pêcheurs amateurs. Comment s’étonner de ce rififi estival autour de Ruffaud ?

De quelle planète
vient donc M. Coste ?

Précipitation sur le projet de vente entre les deux parties². L’éminente collectivité territoriale a vendu l’étang et ses environs sans aucune clause obligeant le nouveau propriétaire à respecter la traditionnelle vocation de Ruffaud : un lieu de détente et de rafraîchissement pour un large public. Le fait qu’une bonne partie de l’étang soit protégé comme site inscrit depuis 1949 semble n’avoir même pas été signalé à l’acheteur.
De là quelques questions. D’où vient ce choix de Pascal Coste, président du Département, et de la collectivité qu’il préside, de se débarrasser de l’étang alors que ce site présente un intérêt touristique et environnemental pour les environs de Gimel et la Corrèze ? M. Coste sait-il que depuis des générations les Tullistes viennent goûter la fraîcheur de ce lieu ? Sait-il que ce site, en partie classé, fait partie de la mémoire de tous les habitants des environs comme un lieu de détente familiale, amicale, amoureuse ? Qu’il a été célébré par Gaston Vuillier, ce « Corrézien d’honneur » à qui on doit la préservation du site de Gimel-les-cascades, dès 1903 ? Sait-il que le tourisme, qui maintient en vie nos vieux bourgs, est un ensemble et que le bradage d’une de ses parties compromet le tout ?
Enfin sur quelle planète M. Coste vit-il ? Ne s’est-il pas aperçu que les étés, y compris en Corrèze étaient de plus en plus torrides et rendaient l’accès à l’eau nécessaire ? Quelle raison puissante y avait-il de priver des milliers de personnes d’un lieu agréable et rafraîchissant ?

On ne peut laisser dire que la vente de l’étang de Ruffaud aurait permis au Département de se rendre acquéreur des gravières d’Argentat dans l’objectif d’en faire un Espace Naturel Sensible4 (ENS). D’une part car le produit de la vente de Ruffaud a été affecté au budget de fonctionnement du C.D., d’autre part car l’acquisition de terrains destinés à devenir un ENS, est normalement financée par la part départementale de la taxe d’aménagement des espaces naturels sensibles perçue sur les permis de construire.

Les amoureux questionnent

La société IKTUS a acquis l’étang pour une valeur de 720 000 €, alors même que l’achat par le Département en 1972, avait été suivi d’investissements importants. IKTUS fait de Ruffaud un étang réservé aux pêcheurs de carpes ou carpistes (cette société a son siège à Pau et possède un autre étang de pêche à la carpe dans les environs de cette ville).

Alors quelques-uns des amoureux et exclus de Ruffaud adressent à Pascal Coste, fin juillet une lettre ouverte dans laquelle des questions claires sont posées5 : « l’eau étant un bien commun, est-il impossible de revoir votre copie et de faire en sorte que l’étang, même privé, revienne en partie au public ? De rappeler à la société IKTUS que ce site étant protégé tout n’y est pas permis ? D’exercer votre autorité pour que le tour à pied de l’étang redevienne possible aux promeneurs, que chacun(e) puisse à nouveau s’y baigner comme avant ? Après tout, c’était bien le cas, alors que l’étang, avant sa cession au Département en février 1972, appartenait aussi à un propriétaire privé. »

1 – La Montagne du 1er avril 2017
2 – Recueil des actes administratifs du CD, janvier 2017
3 – https://bit.ly/2MwuRp4
4 – La Montagne, 13 février 2017
5 – https://bit.ly/2PDW4nD

Par Rachel Kejem

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