
« Un salon urbain » à Argentat pour redonner vie au centre-ville, valoriser le patrimoine, favoriser les déplacements doux. C’est écrit ainsi dans le bulletin de la commune de juin 2018 qui annonce la fin des travaux. Aménagement qui s’inscrit dans un programme de revitalisation du centre-ville. Jolis mots, mais concrètement ?
« Salon urbain », le titre fait craindre le pire. Faudra-t-il mettre les patins ? Non, sérieux, c’est beau, je ne peux pas le nier. Des matériaux « nobles » : pavage granit blanc, calade en galets, rosace en barre de schiste pour la grande place. Une belle rue qui descend sur les quais, alliant noir, blanc, et petits espaces pour végétalisation décorative. Et pourtant cela ne marche pas, aie, aie, aie ! Sont jamais contents ces administrés.
Alors c’est quoiquis’passe ? Hein ?
Au départ le projet semble bien accueilli. Il y a eu concertation et information pour les habitants et les riverains (bulletin municipal janvier 2017). Quoique, sans compte rendu précis, difficile de savoir ce qui a été abordé, dit, modifié. Je suppose des éléments à la marge.
Les travaux ont duré dix mois. Avec, logique, les désagréments prévus.
Mais voilà qu’avec les aménagements, les trottoirs sont effacés, rendant peu lisibles les endroits piétons et véhicules. Cela s’appelle un espace de rencontres avec objectif d’une vitesse à 20km/h pour les véhicules. Très bien, mais personne ne s’y retrouve, l’espace dédié à chaque usage étant marqué discrètement au sol par un jeu subtil de changement de matériaux. Des éléments de mobilier urbain sont apparus pour tenter d’y mettre de la clarté, sans vraiment y parvenir. Le tout provoque engorgements et énervements. Un espace d’affrontements doux, pour le moment.
Certaines places de parking passent en zone bleue. Plutôt une bonne idée. Mais uniquement signalées par un marquage bleu au sol. Une touriste a fait la remarque à un commerçant : « c’est sympa la couleur bleue de vos places de parking qui rappelle la Dordogne ». Celui-ci lui a alors expliqué disque bleu et procès-verbaux. Tout de suite moins poétique.
Et puis le minéral chauffe ! Dès le mois de mai, j’ai compris qu’on allait contourner la place pour cause de chaleur renvoyée par la pierre. Alors en juillet et août, je ne vous dis pas. J’ai regardé régulièrement la terrasse prévue pour le glacier où les parasols ne font pas la fraîcheur du feuillage des arbres enlevés et que n’ont pas les bouleaux nouveaux plantés.
Bref, trop blanc, trop minéral au détriment du végétal relégué au rang de décoration, accentuant l’effet d’îlot de chaleur des villes, comme si s’adapter au changement climatique n’était pas un impératif.
Donc l’administré rouspète sachant qu’il sort d’un autre aménagement, réalisé par la municipalité précédente très minéral aussi, avec des places pour s’asseoir marquées par une surface métallique très sympa quand il fait 30°, et avec vue magnifique sur les façades de maisons. Je vous passe l’histoire du hérissement de plots gris (ou bites grises) pour empêcher le stationnement qui en a fait se hérisser plus d’un !
Pas simple le rôle des édiles. Eh non, ce n’est pas simple de prendre en compte « l’ensemble des paramètres sociaux, techniques, urbains, économiques, environnementaux (…)à l’échelle de la ville, voire au-delà » (Conseil municipal du 28/06/2016).
Les investissements sont importants :1 400 000 €, soit 440 €/m². Ce ne sont pas les premiers grands travaux. Les élus savent, par expérience et pour avoir eux-mêmes critiqué les travaux réalisés avant d’être en charge, qu’il y a toujours nombre d’effets imprévus qui focalisent la grogne. Les aménageurs se font plaisir, proposent du noble et du beau, mais éclairent-ils sur les effets pervers ? Eux doivent bien les connaître par expérience puisqu’ils sont choisis pour partie sur ce critère. Alors, si comme pour les déplacements, on mettait un peu de savoir-être pour faire plus doux et plus accompagné ?
L’amusant maintenant, c’est de pouvoir suivre dans la ville, au gré de ses pas, les différentes périodes d’aménagement, qui se distinguent plus qu’elles ne se fondent.
Marie-Laure Petit




