
Il était une fois dans la plus haute montagne de la terre, un ermite qui y vivait en toute tranquillité. Jusqu’au soir où des rumeurs du monde sont venues perturber sa profonde méditation : Ils défileront comme des étoiles filantes sur les Champs-Élysées. « Que signifie cet écho du monde qui me parvient jusqu’ici ? » L’ermite ajuste sa fréquence à celles du commun des mortels, et là il parvient à capter des cris de joie, une liesse générale célébrant une victoire. Ce grand yogi se dit qu’il est peut-être temps pour lui de quitter sa retraite car des signes annonciateurs de la libération de l’humanité sont en train de s’exprimer. D’habitude imperturbable, dans le refuge de sa grotte, il décide de s’étirer, de sortir de sa posture de méditant et de faire quelques pas pour aller scruter le monde avec un regard nouveau : « Serions-nous au coucher d’un monde ancien, et à l’aube d’une plus vaste conscience ? » En avançant vers la lueur de sa tanière, sa sortie au grand jour lui fait l’effet d’un grand éblouissement. « Quel est ce miracle que j’entends s’élever à l’autre bout de la terre ? » Calant son souffle à celui du monde, il s’aperçoit rapidement que ce qui l’atteint n’est qu’une sorte d’euphorie générale. Ce vieux démon de l’espoir lui a encore joué un tour. Un grand éclat de rire se fracasse sur les parois des montagnes. « Montre-toi grand fléau de l’illusion, raconte-moi ce qui encore abuse l’humanité ? » Comme un coup de tonnerre, une voix résonne : Du pain et des jeux, et le peuple sera content ! Cette vieille formule magique a frappé une fois de plus. Regarde, ils se sentent des champions. Ils se sentent surfer sur un vent d’héroïsme. Incapable de se mobiliser pour accueillir à bras ouverts, une bonne partie de l’humanité en détresse, les voilà qu’ils s’extasient face à une poignée de gars qui courent après une vessie. Leur lanterne ne brûle pas encore du feu de la compassion. Tu peux reprendre ta profonde méditation, la médiocrité et l’ignorance habitent encore le cœur des gens.
L’ermite tourne le dos à cet ersatz d’éveil du peuple, la distraction stratégique a opéré. Il entend les derniers échos de ce remue-ménage : Cette nuit, nous allons tous rêver en bleu, blanc, rouge… le jour de gloire est arrivé. Avant de se taire et de regagner son antre de silence : « Foutaise et bordel mondial, je continuerai à rêver d’un monde meilleur pour vous, en attendant que vous sortiez tous des terrains de jeux des grands manipulateurs. »
Yoéva





