
Encore un Ecophil arpentage de l’ouvrage La dette 5000 ans d’histoire. Troisième et dernière partie. Le 15 août 1971, le président des États-Unis, Richard Nixon, fait savoir que les dollars détenus à l’étranger ne seront plus convertibles en or. Il signe ainsi la fin de l’étalon-or international. C’est inauguration des changes flottants, système adaptable toujours en vigueur de nos jours.
Changes flottants
Cette décision, qui transforme le dollar en monnaie flottante, invite dans la foulée tous les états de l’économie de marché à se convertir. Les accords de la Jamaïque en 1976, signés dans le cadre du Fond Monétaire International (FMI), mettent un terme définitif au système monétaire de parités fixes. Ils confirment officiellement l’abandon du rôle légal international de l’or. Le système de changes flottants ne comporte donc plus d’étalon monétaire international auquel chaque devise pourrait faire référence. Le cours des monnaies varie au jour le jour, s’appréciant ou se dépréciant, mais sans instrument de mesure commun de cette appréciation ou dépréciation. Ainsi le marché des changes définit les taux de change. Ces derniers expriment le rapport entre deux monnaies et varient en permanence, notamment en fonction des taux d’intérêt pratiqués dans les différents pays. Ces indicateurs économiques, dont le plus important est le taux euro/dollar, influent sur les prix à l’importation et à l’exportation. Par exemple, si le taux de change de l’euro en dollars monte, les produits exportés par l’Europe vers les États-Unis coûteront plus cher et la compétitivité des entreprises européennes diminuera, mais le pétrole importé payé en dollars coûtera moins cher. Ce dialogue permanent s’il donne l’impression de vases communicants bienveillants cache aussi d’autres rapports plus coercitifs et guerriers.
Guerre et coercition
Ce qui préside à la décision de Richard Nixon en 1971 -quasiment tous les économistes en conviennent- est la difficulté pour les États-Unis de financer la guerre du Vietnam. Il s’agissait alors de rassembler les fonds nécessaires pour le largage de quatre millions de tonnes d’explosifs… La solution est toute trouvée en libérant la création de billets verts hors des contraintes des disponibilités en or… Ce faisant le dollar devient monnaie et de réserve et de référence, eu égard à l’hégémonie en devenir des États-Unis à travers le monde. Leur capacité à intervenir militairement aux quatre coins du globe en un temps record leur donne effectivement le pouvoir du maintien de la cohésion du système monétaire international. Un système pas si flottant que cela ! En outre et en conséquence, le dollar est depuis 1971 la seule devise utilisée pour acheter ou vendre le pétrole, dit l’or noir. À noter que « Quand Sadam Hussein a pris l’audacieuse initiative de passer tout seul du dollar à l’euro en 2000 -il a été imité par l’Iran en 2001-, cette mesure a vite été suivie par les bombardements américains et l’occupation militaire »… puis l’élimination pure et simple du trublion. Le constat fait par David Greaber est que les promesses faites d’éloignement de la guerre, de l’impérialisme et du péonage 1 par l’avènement de la monnaie virtuelle ne se réalisent pas ; bien au contraire, les effets délétères s’accentuent. La nouvelle monnaie mondiale est ancrée encore plus solidement que l’autre dans la puissance militaire. Quant au péonage, s’il a pris d’autres formes, il n’en reste pas moins qu’il n’a jamais tant été le mode d’assujettissement du salarié au système, travailleur attaché à un salaire lui servant pour l’essentiel à rembourser les prêts indispensables à une vie considérée comme « normale ».
1- Il s’agit, en Amérique du Sud, d’un travail effectué gratuitement en vue de rembourser une somme d’argent préalablement empruntée. Très courant dans les propriétés agricoles, le péonage instaure une dépendance entre l’ouvrier et le propriétaire qui peut parfois le retenir contre son gré.
Philippe Van Assche





