
Prêts à tout pour détricoter les baratins, lançons-nous dans le jeu des prêts-à-penser.
Parmi les formules manufacturées par les politico-intellectuel-médiatiques, il en est une singulièrement rebattue : LA VIOLENCE DES BANLIEUES. Évidons ces mots pour en dévoiler l’évidence creuse. Au pied de la lettre, que disent-ils ? Surtout, que cachent-ils ? Car loin d’être des outils de réflexions, ces formules s’avèrent des armes rhétoriques dangereuses. Proches du langage publicitaire, elles en adoptent l’efficacité, réduisant lapidairement la complexité en simplicité.
Or la formule « violence des banlieues » est un tour de passe-passe. Celui de bonimenteurs qui manipulent de pot en pot, un objet qui sans cesse échappe au regard et à la compréhension. L’objet n’est jamais là où l’on croit : il est ailleurs. À vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes, on nous présente les conséquences pour des causes. Jeu habile au cours duquel les véritables enjeux sont escamotés.
Comment en effet comprendre la formule ? Déjà, qu’importe la diversité des expériences de banlieues, de ces espaces pluriels. La formule les appréhende indistinctement comme une réalité unique, ce qui tout à la fois essentialise et stigmatise ces divers territoires. Certes quelques analyses singent une pseudo objectivité. On évoque les difficultés réelles d’espaces et de populations délaissées par les politiques. Sans révoquer la formule, somme toute vendeuse.
Ainsi sont associés de manière presqu’organique les termes VIOLENCE/BANLIEUE. Reléguer la violence hors de soi, c’est refuser d’assumer la violence portée.
La banlieue1, espace mythique et symbolique, se situe à la lisière de la civilisation. Lieu des meutes et des émeutes. Territoires perdus de la République où s’agitent et menacent de jeunes cagoulés associés aux flammes. L’enfer, c’est les autres. Dans cette vision dantesque la violence appartient aux barbares, sauvages issus de territoires de non-droit. Focalisée sur les flambées, les feux de poudres, la formule pose une identité : la violence des bannis.
Dans cette forme de sous-traitance de la violence, ce sont les bannis qui se chargent d’en endosser la responsabilité. Cette habile externalisation de la violence cache la violence du modèle sociétal capitaliste. Peu en effet s’interrogent sur LES VIOLENCES politiques, économiques et sociales ? De quelles violences parlons-nous ?
Comme Pasolini le percevait, c’est au coeur même du langage que s’opèrent les dominations. C’est donc précisément au coeur du langage que s’opèrera l’acte de résistance.
1 – du latin médiéval XIIIe, banleuca « espace d’environ une lieue autour d’une ville, sur lequel s’étendait le ban ».
Leïla Chik





