Voici venue la saison de la « rentrée », ce marronnier médiatique. Lisez, et écoutez : vous remarquerez une absence quasi totale d’informations sur les lycées professionnels, et en particulier sur les lycées agricoles. Le journaliste cible la généralité qui lui semble correspondre au public : la rentrée des tout petits en maternelle, l’enseignant tout neuf, les fermetures de classes, les rythmes scolaires… Et alors, c’est pas à la mode l’enseignement professionnel ?
Enseignante en retraite, j’ai exercé de septembre 1977 à fin décembre 2016, en lycée agricole, dont dix-sept ans au lycée de Voutezac-Objat, et dix ans au lycée de Neuvic. J’ai souvent eu l’impression d’être une sous- catégorie. La représentation vivante du choix par défaut de l’élève ou de l’étudiant (pourquoi aller en enseignement professionnel, et en plus agricole, si on peut faire autre chose?) et du prof (si elle est là, c’est qu’elle n’a pas pu aller ailleurs).
Bref la rentrée est un temps de négation de l’existence de cet enseignement. Et pourtant, on comptait mille- deux-cent-quatre-vingts élèves dans l’enseignement agricole en Corrèze en 2017. Et je peux vous assurer qu’observer la rentrée y est intéressant.
Il existe quatre lycées agricoles dans le département, centrés sur des compétences globalement différentes et construites historiquement : forêt à Meymac, gestion des espaces naturels à Neuvic, élevage et services à la personne à Naves, horticulture et paysage à Objat. Aucun établissement privé. Une rareté pour un enseignement où au niveau national une majorité d’élèves de niveau bac professionnel sont scolarisés dans l’enseignement privé.
Ces lycées proposent une grande diversité de formations. De la troisième à la licence professionnelle, en passant par le bac technologique ou le bac professionnel, et le brevet de technicien supérieur. Des formations liées à la production agricole (mais pas que et ce depuis longtemps !) des formations en aménagement paysager, en gestion forestière, en services à la personne et développement des territoires ruraux et en gestion des espaces naturels. Ainsi, le Brevet de Technicien Supérieur option Gestion et Protection de la Nature est né dans les années soixante-dix, à Neuvic et n’a existé qu’à Neuvic jusqu’en 1993. Cette formation était connue, et est toujours connue nationalement.
Quelque soit le lycée, des travaux en relation avec le secteur professionnel sont conduits. Les enseignants doivent connaître les acteurs locaux et organiser des partenariats pour que les élèves et étudiants puissent mener des travaux en situation réelle. Interviewer un nouvel enseignant vaudrait le coup. Il est souvent complètement désarçonné par l’organisation, le contrôle continu et le contrôle du contrôle continu (surtout ne pas délivrer n’importe comment le diplôme NATIONAL !), par le référentiel avec des modules où interviennent plusieurs matières « attends là, alors, moi je fais quoi là-dedans ? ».
L’élève, souvent interne en secondaire, découvre le changement. Au début tout roule, cela paraît intéressant, mais je peux vous dire que si l’élève rêve de projets à mettre en œuvre, à l’usage, il préfère souvent, comme tout un chacun, la passivité rêveuse à l’activité réelle.
Tout n’est pas rose, certes. Mais à cette heure, où mon corps garde de vieux réflexes d’appréhension, injustifiés puisque je suis retraitée, voilà, je le libère au moins de cette colère contenue si longtemps face au manque de curiosité du marronnier médiatique.
Marie-Laure Petit





