Diversité du secteur associatif
Le monde associatif, qui ne vaut que par la référence commune des associations à la fameuse loi de 1901, est multiple et polymorphe. Plus de 80 % des associations ne fonctionnent que sur la base du bénévolat : c’est dire que la question de l’emploi associatif n’est la préoccupation que de certaines associations. Quels sont donc les emplois les plus menacés parmi les 1,8 millions d’emplois salariés dans ce secteur ? La plus grande partie de ces emplois sont le fait de véritables institutions qui ont le statut associatif. Celles-ci sont pour beaucoup dans le champ du sanitaire et du social et sont, pour quelques-unes, de puissantes structures qui gèrent parfois de gros établissements. Ces organisations historiques et très structurées sont reconnues d’utilité publique et de solides conventions collectives y protègent le personnel. Ces associations institutionnelles restent encore largement sous tutelle directe ou indirecte de l’État et de ses politiques (les départements sont compétents depuis 1983), et le rôle social qu’elles assument n’est pas objet de remise en question.
C’est dans de nombreux autres domaines, dans lesquels l’activité n’est pas ou faiblement sujette à « facturation », que l’emploi associatif est fragilisé, au sein très majoritairement de structures qui salarient moins de 10 personnes. Ce sont ces mêmes associations, agréées ou non et œuvrant notamment dans les secteurs sportif, culturel ou de l’éducation populaire, qui sont les plus exposées, depuis les années 1980, suite aux politiques de décentralisation, et, depuis la fin des années 2000, avec les changements importants de cap de l’État (révision générale des politiques publiques, libéralisation de services, nouveau référentiel budgétaire national, tentation de remise en question de la protection sociale…) . Ces associations sont désormais soumises aux aléas des financements publics qui dépendent maintenant presque en totalité des collectivités territoriales.
Le changement, c’est maintenant… mais dans l’autre sens !
Mais dans l’autre sens !
Petite histoire de l’Éducation Populaire
L’histoire de l’Éducation Populaire est l’histoire de l’émancipation du peuple. Au 20e siècle, c’est avec les premiers droits aux loisirs, avec les premières réductions du temps de travail et avec les congés payés qu’elle s’est développée en tant que contre-pouvoir et support d’une éducation politique nécessaire pour éviter à jamais toute nouvelle situation de barbarie.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle a ainsi été pensée comme une réponse moderne et adaptée aux défis du vivre-ensemble, qui devait permettre à chacun de devenir acteur de sa vie sociale et professionnelle. Les perspectives d’émancipation individuelle et collective via la formation de citoyens conscients et responsables devaient porter en retour des exigences de démocratie et de transparence.
La création d’un ministère de l’Éducation Populaire a même été envisagée. Une femme, Christiane Faure1, alors membre du cabinet du ministre de l’Éducation, a été pressentie pour le diriger.
L’éducation politique des citoyens n’étant pas sans poser problème aux pouvoirs en place, ce projet n’a jamais vu le jour : le général De Gaulle a alors orchestré un contre-projet dont l’objectif était de faire oublier celui-ci : la création d’un ministère de la Culture, dont André Malraux fut le premier représentant.
Aujourd’hui, les associations d’Éducation Populaire
Le secteur associatif a hérité du projet d’éducation populaire et le porte encore aujourd’hui. Le travail des associations d’éducation populaire est le plus souvent un travail d’utilité publique participant à la construction de l’individu, en complémentarité de l’école et de la famille. Mais le secteur associatif ne semble plus, pour diverses raisons en partie exposées dans ce dossier, en capacité de promouvoir son modèle de construction collective, ni d’assurer un fonctionnement démocratique.
Pourtant, le désengagement de l’État et la décentralisation font qu’il est nécessaire de mettre face aux nouveaux décideurs (conseils régionaux et départementaux, communautés de communes et d’agglomération…) des interlocuteurs représentatifs de la diversité des associations. Au vu du nombre de personnes qu’elles représentent (voir l’intro. de ce dossier), cette exigence serait un minimum pour assurer, à l’échelle du pays, un fonctionnement démocratique crédible.
Or les associations sont en danger : elles doivent se voir attribuer des moyens conséquents, pour peu que leur utilité publique ou sociale soit établie. Ceci suppose que les mises à disposition ou détachements de personnels puissent être assurées en nombre par les différents ministères concernés.
À l’heure du travail précaire généralisé, il convient sans doute également de modifier le statut des élus (présidents, trésoriers et autres administrateurs) en charge de ces associations, et de mettre ainsi fin au travail gratuit, souvent colossal, qu’ils produisent. Pour ce faire, ces élus doivent également être déchargés en partie de leur fonction, afin de pouvoir assumer ces tâches essentielles pour la vie démocratique dans de bonnes conditions.
Note :
1 – Ces faits historiques sont quelque peu tombés dans l’oubli. Consulter à ce sujet la conférence gesticulée de Franck Lepage, « Inculture 1 : l’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu. »
Migrants Accueil Solidarité : fonctionner sans subventions
Le MAS de Brive s’est créé en décembre 2017 à la suite et à l’image du MAS de Peyrelevade, notamment. Il tente de créer une solidarité active et collective autour de migrants, quelle que soit leur situation, en leur apportant une aide matérielle et pratique et en les aidant à s’intégrer. Mais les demandes d’hébergement sont de loin les plus fréquentes.
S’il n’y a aucun salarié, l’association (qui comprend huit membres dans le conseil collégial et une vingtaine d’adhérents actifs qui participent aux réunions et apportent des aides ponctuelles, tels des hébergements de très courte durée) est ouverte à toute personne désirant apporter à sa façon sa contribution.
C’est sous de souriants auspices printaniers « févriéresques », et une nouvelle fois à la terrasse d’un café, que j’ai rencontré Guillaume, un de ses membres. Il m’explique immédiatement que l’association n’est pas là pour suppléer l’Institution, bien que les institutions, justement, les sollicitent régulièrement. Méfiant, pour qu’aucune obligation ne leur soit imposée, le MAS a fait le choix de ne demander aucune subvention et il fonctionne grâce au prêt de logements (dont les bénévoles paient les charges), récolte des fonds lors d’événements culturels et s’alimente aussi sur les deniers propres des bénévoles qui financent notamment les sorties et les activités partagées avec les personnes qu’ils accompagnent, ainsi que leurs besoins ponctuels.
Concrètement, ils hébergent actuellement huit personnes qui se trouvent hors Cada (les centres d’accueil pour demandeurs d’asile) : des « déboutés du droit d’asile », puisque les autres sont censés être pris en charge par le ROC (le « 115 », l’association subventionnée par le département) et suivent aussi cinq ou six jeunes. D’autres gravitent autour de l’association avec un suivi moins régulier.
Tout le monde se renvoie la balle.
Guillaume m’explique que, lorsque des tiers la contactent pour une demande d’hébergement, l’association prend le parti d’expliquer à ces personnes le rôle des institutions, et de les renvoyer vers elles. Contrairement au ROC, elle n’a pas de moyens et ne veut – et ne peut !- se substituer à lui.
« Mais à Brive les migrants ne font pas, ne font plus, partie des priorités ! » Une assistante sociale vouait 50 % de son temps de travail à l’aide aux migrants. Cette prérogative lui a été retirée, la mairie renvoie les demandes vers le département qui est chargé de cette mission ; le département, quant à lui, en a chargé le ROC… sans lui donner les moyens suffisants.
Au final, bien entendu, il arrive que des assistantes sociales se retournent vers le MAS pour trouver des solutions concrètes.
Ça me laisse songeuse… à quel point des subventions les rendraient effectivement pieds et poings liés, forcés eux aussi de pallier plus encore, et à tout-va, les manques institutionnels avec des moyens qui ne le leur permettraient pas.
Mais les forces de l’association s’amenuisent déjà au vu de l’absence de perspectives : « […] On ne fait finalement qu’éponger les déficits de l’Institution ! » Certaines situations auxquelles les migrants sont confrontés sont ubuesques : celle d’une personne à qui un employeur a fait une promesse d’embauche à temps plein et dans les règles, que l’inspection du travail a validée et qui pourrait lui donner droit à un titre de séjour, mais que la préfecture a refusée… « Rien d’humain ! Que du comptable ! C’est pesant moralement sur la durée. On n’en voit pas le bout ! Il n’y a pas d’issue légale pour des gens auxquels on s’attache… »
Alors l’association va essayer de donner un tour plus « politique » à son action : mettre la pression sur la mairie grâce à des performances dans l’espace public, par exemple, pour qu’elle alloue plus de logements aux migrants, comme c’était le cas avant, et sensibiliser davantage les personnes pour trouver de nouvelles forces vives.





