S’ouvre dans un nouvel onglet
Menu
La Trousse Corrézienne

LTC 57, Société · 21 octobre 2026

L’écriture inclusive à la pointe du transhumanisme ?

Illustration : une main tient un gros crayon marqué « J’ÉCRIS », drapeau bigarré — écriture inclusive.

Si j’ai bien compris, un des objectifs de l’écriture inclusive est de faire en sorte que tout le monde adopte la représentation plurielle des choses. Par exemple, le terme agriculteur·ice nous obligerait à considérer que la profession agricole peut être aussi féminine. Cette façon de faire me dérange. N’est-ce pas le but du transhumanisme que de modifier l’espèce humaine par des artifices techniques afin de l’améliorer ? N’est-ce pas tout l’objectif de la fabrique du consentement d’Edward Bernays que de manipuler toute une population pour obtenir d’elle un conformisme ? Utiliser ces méthodes pour espérer un conformisme souhaitable est pour moi une contradiction, une illusion.

BD « Logique capitaliste » : « Professeur, quand je serai grand et que je trouverai un emploi, est-ce acceptable de travailler pour une entreprise qui profite de la guerre, du génocide et de la pollution ? — Absolument ! Ce sont parmi les emplois les mieux payés ! »

Tant que les promoteurs de l’écriture inclusive n’essaient pas de me l’imposer, je n’ai rien à y redire. Mais récemment, j’ai eu des collaborations difficiles. Ils insistent fort. Ça devient pénible pour moi. Ma réaction devient négative, générant beaucoup d’incompréhensions. Parce qu’ils sont persuadés d’accomplir une œuvre collective pour l’humanité, ils ne décrochent pas de leur objectif de l’imposer à tous. Sauf que c’est mon histoire, je n’ai pas d’autre choix que de l’assumer : je ne crois pas que l’écriture inclusive soit un bon outil.

La neutralisation des mots – par exemple remplacer « élu » par « édile » ou « élu·e » – revient à angliciser la langue française. Pourquoi pas « élected » tout de suite ? Le latin fut la langue de la loi, de l’administration et de la justice en Europe. L’anglais est devenu la langue de l’impérialisme occidental, le dialecte de la religion du progrès technologique, l’incontournable de la mode culturelle : pour faire fun, il faut buzzer. L’écriture inclusive pour moi est un pas de plus vers l’uniformisation planétaire totale, via la colonisation de notre culture par l’impérialisme anglosaxon.

J’ai ma propre manière d’agir face au problème de la représentation qu’on se fait des choses, pas seulement de la femme dans la société. Je pratique la méditation Vipassana. J’en ai déjà parlé dans La Trousse et je n’aurai pas le temps de la détailler. Quand un gamin grandit en dehors des problèmes humains de domination, il se remplit spontanément de joie. Cet état est bien plus fort que n’importe quel outil. Quelqu’un qui est dans l’instant présent, habité par la joie intérieure, n’est pas enclin aux comportements dominateurs. La méditation permet de faire le vide et trouver cet état, puis de travailler au quotidien pour qu’il devienne permanent. Je veux juste exprimer ma différence par rapport à celles et ceux qui pratiquent l’écriture inclusive. Que cette différence soit acquise et qu’on puisse continuer à partager des textes sans s’étriper.

S’il y a incompréhension face à mon refus catégorique d’utiliser l’écriture inclusive, je dis : un chêne est un chêne, un saule est un saule ; qu’y a-t-il à comprendre ? Rien. Juste accepter la différence. Il n’y a pas de vérité absolue, il n’y a que des trajectoires individuelles. Tout ce que je peux faire, c’est expliquer d’où je viens, qui j’ai rencontré et ce qui m’amène à croire ce que je dis aujourd’hui. Des tas de gens ont de très bonnes raisons de militer pour le droit des femmes et utiliser l’écriture inclusive. Ils ont bien le droit de le faire. C’est juste que vouloir m’imposer cet outil alors que je n’ai pas la même trajectoire conduira irrémédiablement à des exclusions et des souffrances supplémentaires.

Par FRED BOUTET

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

Dans la même trousse

Illustration de Bernard : une funambule en équilibre sur son fil — poème « Demain cristallin ».

Demain cristallin

Le demain cristallin nous secoue malgré toi / Et nous peint un dessein engrenage sournois, / Une lame sans ailes ignorante des lois / Un destin sybillin qui ne t’épargnait pas.

19 octobre 2026

Les méthaniseurs, une solution magique ? NON !

C’est un copain du Cantal qui m’a fait suivre l’info : la société Salers-Biogaz a été condamnée en appel pour pollutions répétées et non-respect de la réglementation environnementale. Des problèmes sont apparus dès 2017 lors de la mise en fonctionnement du premier méthaniseur, et se…

19 octobre 2026

Illustration : un journal « MEDIA LOCAL » entrouvert, une pomme posée dessus.

Le local, là où l’actualité devient réelle

Les médias locaux, en Corrèze et ailleurs, sont essentiels, pour plein de raisons ! Ils permettent d’enlever une part d’abstraction de l’actualité. À l’échelle nationale, on parle souvent en statistiques, en tendances ou en grandes décisions. Mais c’est au local qu’on voit les conséquences concrètes.

20 octobre 2026

Articles récents

Sous les serres photovoltaïques du site des Marottières (Maine-et-Loire) : une vaste structure métallique vide, une personne au loin

Le photovoltaïque au sol met le feu aux campagnes

PETITES MAINS DE LA TROUSSE Cela s’est accéléré. C’est même un envol à ce stade. Fortement attendues par les investisseurs, la définition et l’autorisa

22 octobre 2026

Photo : une chouette effraie dans une grange en pierre — Autour du Sauvage, à Vieillemaringe.

Élléïah – Autour du Sauvage

Élléïah observe, dessine et protège le monde sauvage. Tout ceci avec les yeux qui pétillent, la passion dans la voix et la ferveur de la jeunesse. Comme cette rencontre m’a donné de l’espoir ! Nous nous sommes donné rendez-vous à Vieillemaringe, sur la commune de…

21 octobre 2026

Photo : le comptoir de la boulangerie, pains et brioches sur la table — illustration SycoMore.

Le bon pain, poésie, philosophie et pratique

T’as du bon pain ? D’où vient-il ? Il t’en reste ? J’en veux pour ce midi, pour ce soir, pour toujours ! Mais qu’est-ce que le bon pain ? C’est à la fois une question philosophique et pratique. Une question de contexte et de…

21 octobre 2026

✕
Fermer le menu
Les rubriques
LE JOURNAL
♥ Soutenez-nous : faites un don !S'abonner au journal