Contrairement aux zones urbaines, dans les petits bourgs, les associations spécialisées n’interviennent pas, faute de moyens. Cela ne les empêche pas de placer des personnes exilées dans des lieux éloignés de tout… Habituellement, quelques habitants, par solidarité, prennent le relais. Mais dans certaines communes, il n’y a tout simplement personne : ni élus mobilisés, ni bénévoles, ni structures.
Dans les territoires ruraux, le vide institutionnel se transforme en désert d’accompagnement. C’est le cas à Argentat, d’autant plus depuis la disparition d’Eliette Baudry, élue municipale qui portait singulièrement l’accueil des personnes immigrées.
Une famille isolée a passé près de deux mois sans eau chaude à l’automne sans trouver un interlocuteur pertinent. Les quelques réfugiés politiques qui normalement devraient prendre des cours de français quotidiennement ont une dérogation car… ils n’y ont pas accès.
Un isolement total
Pour les personnes immigrées installées en ruralité, la distance rend chaque étape infernale : sans véhicule, il leur est impossible d’accéder à un accompagnement juridique ou linguistique et elles sont dans un isolement complet face aux obligations administratives situées parfois à des dizaines de kilomètres.
Là où, au mieux, quelques citoyens bénévoles assument des missions théoriquement dévolues au service public, ailleurs, aucun filet de soutien n’existe. Cette absence de prise en charge place certaines familles dans une précarité administrative et sociale extrême, sans interlocuteur et sans solution. Quand on sait qu’on peut écoper d’une OQTF1 pour avoir dépassé un délai de validité, c’est glaçant…
La solution de facilité ?
La solution de facilité serait de dire : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde… » Mais ce qui manque aux personnes exilées pour pouvoir circuler, pour pouvoir faire leurs démarches sur place, etc., c’est ce qui nous manque à nous aussi ! À quand des transports publics dignes de ce nom ? À quand des interlocuteurs physiques pour les démarches du quotidien ? Nous avons besoin d’un minimum de présence et d’accompagnement dans les territoires les plus isolés, sinon la solidarité, faute d’épaules, ne peut plus jouer son rôle d’aide ponctuelle.
Note
1. Obligation de quitter le territoire français.
Par APRIL O’NEIL
La Trousse Corrézienne DU LOCAL, DU LIBRE, DU BEAU, DE L'ECOLOGIE, DU DRÔLE, DU FRAIS