Les milices du pouvoir sortent les crocs. Entre leurs attaques dans les facultés occupées et les vitrines qu’ils ouvrent en ville ou sur le net, on a du pain sur la planche, d’autant plus que le régime actuel les favorise.
Contre le fascisme plusieurs communiqués appelant à l’unité ont été publiés, dont celui au sujet de l’implantation de la Division Nationale Républicaine (DNR) dans un local à Tulle qui nous a particulièrement dérangés. Car il nous a semblé réducteur de se contenter d’invoquer, face à la DNR, une unité de circonstance qui dépasserait les démarcations politiques.
Si nous souhaitons donner de la consistance à notre action, nous devons élargir la lutte à la totalité du régime délétère qui génère ces milices tout autant que les idées de droites populistes ou libérales, qui rampent sous la croûte de ce qui se fait appeler « apolitique », « républicain » et « citoyen ».
Afin d’éviter les appréciations politiques trop rapides, nous souhaitons signifier que la menace fasciste aujourd’hui n’est pas que le fait d’hurluberlus illettrés avides de virilité mais s’inscrit dans un phénomène politique, idéologique, social et économique qu’est le capitalisme.
Derrière les fascistes, le capitalisme
Le régime contre lequel nous devrions diriger nos attaques est composé entre autres par :
Un régime policier, bras armé de la bourgeoisie, formé sur les bancs de l’homophobie et de la xénophobie à fracasser tout ce qui sort de la norme, à nommer délinquance et terrorisme toute forme de déviance, à rappeler physiquement à la population qui résiste au contrôle social, qu’elle cédera de toute façon au contrôle de la matraque. En plus d’incarner les plus grands conservateurs du système en place, ces serviteurs imbéciles en uniforme sont lourdement armés et violents. Désarmons-les, démantelons la police, la gendarmerie et l’armée, ainsi que leurs milices, du FN à la DNR, en passant pas tous les médiocres nationalistes fanatiques de frontières qui peuplent nos environs.
Un régime de concurrence et de contrôle social, qui nous veut bien ordonnés et en compétition devant les agences d’intérim, les chaînes de montage assommantes, les bureaux moribonds, et qui pour dissimuler notre esclavage moderne nous appellera « entrepreneurs de nos vies » et « start-up France ». Ce régime nous veut ultra-productifs alors qu’aucun de ses produits n’a de sens pour personne. Pôle-Emploi et l’Education Nationale en incarnent la meilleure des polices sociales et plongent leurs personnels dans une contradiction insoluble : rendre employable tout le monde, alors que l’emploi est mort. Et quand ce n’est pas lui le mort, c’est lui qui nous tue. Ce monde de concurrence violente et exclusive ne peut générer que de la lutte entre pauvres : de la haine contre les réfugié-e-s, de la jalousie envers les allocataires, de la désunion chez les exploité-e-s de toute sorte. Grâce à ce régime toxique, la domination de la classe dirigeante s’alourdit, et le FN, la DNR, ainsi que d’autres mouvements droitiers bas du front, font leurs choux gras.
Un régime propriétaire, défendu par les deux précédents, qui nous fait cravacher tous les mois pour sortir un loyer dont l’immoralité devrait nous saisir sans plus attendre. Il n’y a pas de grande propriété privée lucrative sans un vol préalable, pas de capitalisation sans exploitation. Le régime nous impose de devenir esclaves-employés au service de ces grands propriétaires ou banquiers, qui en plus de nous exploiter 35 heures par semaine ont le culot de nous prendre des mensualités de loyer ou de crédit ! Et nous acceptons cette double peine, battus par le cynisme répugnant et bourgeois de l’époque. Le FN n’est rien d’autre qu’un parti de grands propriétaires rentiers et la DNR leur piètre milice.
Un régime de surveillance et délire sécuritaire, alibi républicain pour mieux fermer les frontières, vision gestionnaire et comptable de la vie, domination masculine, destruction méthodique de la biosphère, société carcérale… la présente liste d’ignominies entrelacées avec lesquelles nous devons composer au quotidien n’est malheureusement pas exhaustive.
De cet ensemble de régimes, découle un ordre politique minable et désœuvré, qui utilisera tous les moyens médiatiques, législatifs et répressifs pour s’assurer que nous croyions encore à l’idéal de la réussite, du travail et de la nation.
La DNR et le FN incarnent simplement ces régimes dans leur plus stricte idiotie, selon des variations de populisme plus ou moins crétin. Macron fait moins de fautes d’orthographe, mais la veine est bien la même : politique économique qui instaure la guerre des uns contre les autres sauf contre la classe dominante, chasse des migrants et de celles et ceux qui les aident, privatisation de l’espace public, éradication de toute forme de communisme qui encore persiste (service public, sécurité sociale, ZAD, etc.).
L’implantation d’un local de la DNR n’est que l’un des symptômes réels de ce capitalisme policier, insupportable et violent. Bien sûr, la symbolique de leur installation à Tulle, ville martyre, est glaçante.
Cependant, nous aimerions que ce symptôme ne soit pas traité uniquement au regard de l’histoire de la Résistance à Tulle et d’ailleurs, mais aussi à la lumière de la situation politique sans précédent qui faute de sens, nourrit ce sentiment détestable de fierté nationale. Ce serait d’ailleurs porter un mauvais coup à l’esprit du CNR que de se passer d’une analyse politique complète de cette situation.
Les milices droitières ne sont que le signe d’une époque trouble, si l’on veut lutter contre elles, il est encore temps de déserter et désintégrer l’ensemble du régime qui les engendre.
Joane et Nico






