Au nom de leur libération, il est question d’expliquer aux femmes voilées leur soumission aux diktats masculins. Pauvres femmes dont on n’imagine même pas que certaines puissent exprimer un désir propre quant à leur conviction intime et religieuse.
Or si nous devions parler de soumission féminine, pourquoi ne pas évoquer les lèvres, seins et fesses gonflés ou rabotés, les publicités érotisantes et sexualisantes, la pornographie… Que les corps de femmes soient rembourrés, déformés, exposés aux risques de complications médicales, objets de marchandisation, ne suscitent pas autant de condamnations. Là, étrangement, elles seraient libres de leurs choix.
Même si l’injonction masculine n’est pas toujours directe (mais elle peut l’être, comme ce témoignage d’une femme qui subit une augmentation mammaire pour faire plaisir à son homme), ces pratiques attestent pourtant d’une forme de soumission plus ou moins intériorisée. Des femmes piégées dans le regard des hommes, rêvant d’appartenir au harem de la taille 381.
De sorte que, si le voile est soupçonné d’être le signe d’une oppression, il doit en être de même pour tout signe qui témoigne d’une forme d’aliénation. Or, c’est évidemment d’une grande complexité.
Des femmes sont certes l’objet de pressions, d’oppressions les contraignant à porter le voile. Mais ces situations se rattachent à toute forme de violences subies par les femmes dans la société française, les féminicides en représentant la forme la plus extrême.
Face à cela, il est primordial de multiplier les foyers d’accueil pour toutes femmes en difficulté. Tout comme il est essentiel de ne pas les ramener à un mode mineur où l’expression de leur choix n’aurait pas de poids. Imposer à celles qui l’ont choisi de se dévoiler est une forme indéniable de violence et s’avère, au final, être un refus de leur égalité réelle. Car c’est au nom de leur supposée faiblesse que l’on parle en leur nom. Ne nous trompons pas de combat. Et puis la question du voile, pour tout dire, ne cacherait-elle pas un autre débat ?
1- Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme, Actes Sud, 2013.
Leïla Chik





