Les services d’urgence des hôpitaux à bout de tout sont en grève depuis tout un temps, mais comme le service est assuré c’est à peine si le gouvernement consent à les recevoir pour, dans la foulée, leur promettre… rien.
Les pompiers manifestent leur mécontentement. Ils sont gazés et tirés comme des lapins au LBD tels de vulgaires gilets jaunes.
Les cheminots exercent leur « droit de retrait » après un accident. La direction de la SNCF et le Premier ministre y voient un détournement de ce droit et qualifient ce mouvement de grève sauvage.
Et pour donner une image plus précise du paysage on pourrait parler de grèves sporadiques et autres mouvements de protestation à la RATP, chez les enseignants, au service des impôts, ou dans une foulitude d’autres services. Ils n’ont eu jusqu’à présent aucun autre résultat qu’un silence méprisant des autorités.
Bref, il semblerait que tous les services de l’État soient touchés par une épidémie de sinistrose chez leurs salariés.
Même les policiers ont été jusqu’à manifester. Bon, eux, ils n’ont pas été gazés, pas confondus avec des lapins jaunes et leurs revendications ont été satisfaites tout de suite, au moins en partie. Ça va coûter un pognon de dingue toute ces heures sup pas payées et qu’il va falloir régler, mais ils sont les garants d’un État qui se flatte d’être un État de droit. Ils sont les garants de l’ordre public, ne l’oublions pas. Et l’ordre public c’est sacré, alors ça mérite bien quelques efforts, aussi bien financiers pour satisfaire la police que philosophiques pour justifier la fonte des droits des citoyens.
Mais une question demeure : pourquoi cette épidémie de sinistrose chez nos vaillants serviteurs de la République ? Faut-il y voir la main de révolutionnaires gauchistes irresponsables (pléonasme) infiltrés dans les services de l’État ? Les syndicats, sauf la CFDT (bénie soit-elle), serait-ils liés à ce complot visant à faire échouer les réformes indispensables entreprises par notre courageux gouvernement ?
Si quelques « black blocs » étaient infiltrés au service des impôts ou dans le corps enseignant nos services de renseignement, dont la vigilance n’a d’égale que la perspicacité comme une récente affaire vient de le démontrer, nos services de renseignement, disais-je, les auraient évidement débusqués et « traités » 1
Non, il faut hélas ! craindre un mal plus profond. J’ai bien peur que ces fonctionnaires récalcitrants ne défendent pas leurs « privilèges » ou leur emploi, mais plus simplement, et plus subversivement, leur métier.
Eh oui, messieurs-dames qui nous gouvernez, je suis triste de vous le dire, mais vous payez l’incurie éducative de vos prédécesseurs. Mais quelle éducation fut-elle donnée à notre peuple pour qu’au bout du compte des enseignants prétendent vouloir éduquer, des urgentistes vouloir soigner et/ou sauver des vies, des pompiers éteindre des incendies (et sauver des vies eux aussi), ou des agents des impôts traquer la fraude là ou elle est ?
Comment des gens à qui l’on a offert des années d’études, un salaire, pas gros mais garanti, comment des gens qui doivent tout à la République peuvent-ils en arriver là ? Évidement la faute à un système éducatif qui fut bien trop longtemps marxisant.
Alors gloire à M. Blanquer qui veut réformer tout ça ! Mais si sa réforme est certes audacieuse, elle s’arrête hélas ! au milieu du gué. En effet, si, comme il le prétend, il veut adapter l’école au monde actuel 2, il faut, c’est vrai, renforcer la sélection de classe, mais il aurait également été souhaitable de prévoir parmi les multiples options et spécialisations proposées celle qui sera utile au plus grand nombre : le chômage pour les nuls.
1 – Il paraît que c’est le terme employé dans ce milieu, alors je le place.
2 : Et moi qui rêvait d’une école qui prépare le monde de demain !
Brice Gauthier





