Parmi les facteurs identifiés de cette dégradation dont il faut préciser qu’elle est complètement pilotée par les gouvernements successifs aux ordres de l’OCDE1 (on observe les mêmes évolutions dans tous les pays membres), la ségrégation résulte en particulier du choix des options d’enseignement qui constitue une stratégie bien connue des classes sociales aisées pour être affectées dans les meilleurs établissements scolaires.
Le tri social, encore largement en vigueur aujourd’hui au collège, permet d’affecter les élèves qui réussissent dans les lycées généraux et technologiques, et les élèves qui réussissent encore mieux dans les meilleurs établissements parmi ces derniers, via le petit jeu des options, tandis que les élèves ayant rencontré des difficultés scolaires seront relégués dans les filières de l’enseignement professionnel qui, s’il ne doit théoriquement pas être dénigré, représente encore pratiquement et malheureusement une voie de garage réservée en grande majorité aux classes populaires.
Aux uns le travail intellectuel, la réflexion et la participation aux processus de décision ; aux autres le travail manuel et les tâches à exécuter sans broncher. Ou comment la lutte des classes commence en classe, où les inégalités s’installent et se reproduisent.
L’école forge ainsi une société divisée en deux grands ensembles : d’un côté les futurs bureaucrates qui, dans le monde du travail, seront chargés de concevoir des protocoles et de les faire appliquer via des décisions autoritaires ; de l’autre les exécutants qui, bien qu’experts de leurs métiers, devront appliquer bêtement ces nouveaux protocoles, quitte à ce que le travail y perde tout son sens…
Est-ce que ça vous rappelle quelque chose ?
On voit bien ici pourquoi l’APED2 et de nombreuses autres associations d’éducation nouvelle comme les CEMEA3 s’acharnent à défendre depuis des décennies l’idée d’un enseignement polytechnique pour toutes et tous, sur l’idée que l’épanouissement individuel et la « com-préhension » du monde qu’il nécessite ne peut résulter que d’un subtil mélange de théorie et de pratique dont chaque élève est en droit de bénéficier dans les enseignements qui lui sont proposés.
Le choix de séparer les enseignements, en réservant les enseignements théoriques aux uns et les enseignements pratiques aux autres, est donc éminemment politique et ses conséquences sur la vie en société et le rapport à venir de chacun au travail sont énormes.
Pourquoi s’acharner à hiérarchiser les filières d’enseignement si ce n’est pour permettre au système capitaliste de fonctionner en disposant d’une main-d’œuvre docile et corvéable ?
Notes de bas de page :
1 L’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) est une organisation internationale dont les pays membres ont en commun un système de gouvernement dit démocratique et une économie de marché. Elle joue essentiellement un rôle d’assemblée consultative.
2 Fondé en 1995, l’Appel Pour une École Démocratique (APED) analyse et combat les mécanismes économiques, les réalités institutionnelles, les choix budgétaires, les discours idéologiques et les pratiques pédagogiques qui tendent à maintenir ou à développer l’inégalité sociale devant l’école.
3 Les Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active (CEMEA) sont un mouvement d’éducation nouvelle et une association d’éducation populaire reconnue d’utilité publique. Ils sont porteurs, depuis plus de soixante-dix ans, d’une large expérience sociale et collective et s’appuient sur des méthodes d’éducation active, pour transformer les milieux et les institutions par la mise en action des individus.
Stlaf





