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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 27 · 8 novembre 2019

Dans la famille Scandales, donnez-moi ADP !

Dans la famille Scandales, donnez-moi ADP !

Ce dimanche matin au café, j’ai rencontré Gilles Madec et Georges Martel, porte-parole du CCR-ADP en Corrèze qui coordonne l’action contre la privatisation de Paris Aéroport (anciennement Aéroports de Paris) et qui regroupe à l’heure actuelle vingt-trois associations, syndicats, collectifs ou partis politiques (1).

« La Trousse » en a parlé dans le numéro précédent (« Signons ! Aéroports de Paris doit rester public ! »), le gouvernement a décidé de privatiser ADP. Il est l’actionnaire majoritaire de cette entreprise (à 50,6 %) qui fonctionne bien, qui rapporte de l’argent (173 millions d’euros de dividendes en 2018) et qui pollue comme tous les aéroports pleins d’avions qui se respectent, mais ça c’est une autre question. L’État veut, avec l’argent de la vente, alimenter un fonds pour l’innovation destiné à financer des projets technologiques (qui devrait rapporter 250 millions par an), et éponger très légèrement la dette. C’est Vinci qui en serait le principal investisseur. Il devait déjà construire Notre-Dame-des-Landes, l’État lui doit donc plusieurs centaines de millions d’euros de dédit, car les contrats étaient déjà signés. Suivez mon regard…

Mais il existe une loi constitutionnelle qui permet, si 10 % du corps électoral (les gens inscrits sur les listes) le demande, l’organisation d’un référendum d’initiative partagée (RIP, le fameux !). Mais 10 %… la barre est tellement haute que personne n’a jamais essayé de la sauter ! « C’est énorme, car il faut aller chercher les gens envers et contre tout ! » (entendre ici que la tâche n’est pas facilitée et les informations parcimonieuses). Le point de départ, ce sont ces deux cent trente-huit parlementaires qui, soudés comme jamais, se sont prononcés pour le référendum. Le Conseil constitutionnel a été saisi pour conformité et a donné son aval, le ministère de l’Intérieur a donc été obligé de mettre en place (très discrètement s’entend) la procédure de consultation, ce depuis le 13 juin 2019, et jusqu’au 12 mars 2020. La question posée est celle du soutien à la « proposition de loi visant à affirmer le caractère de service public national de l’exploitation des aérodromes de Paris » (2).

Gilles et Georges ont quant à eux écrit au préfet, aux deux cent quatre-vingt-trois maires corréziens (seulement une dizaine de réponses, promesses de se bouger un peu), au CSA même ! pour connaître les raisons d’une telle discrétion, d’un tel manque d’investissement… La réponse de Castaner à cette même question : pas d’argent ! Et puis, après tout, il n’est pas obligé de le faire, pas vrai ? En revanche, les millions pour le grand débat… ça, ça valait drôlement le coup !

Et toi, t’as signé ?

Concrètement on peut signer sur le site du ministère de l’Intérieur et si les communes les plus peuplées des cantons ont respecté les préconisations, il doit également être possible de signer sur leur site Internet. Mais cette démarche semble relativement compliquée à accomplir et certaines personnes abandonnent, d’où l’intérêt de la faire par papier même s’il faut alors se déplacer dans une mairie. N’importe quelle mairie, sauf celle de Tulle – dont la majorité municipale est PC-PS rappelons-le (partis signataires de l’appel local) – « ils ne sont pas foutus de le faire signer ! Ils renvoient les gens au CCS ! ». Dans le journal, en page …., vous trouverez ce formulaire et les explications afférentes (page … ). Il est également disponible sur Internet en tapant Cerfa 15264-02 (pour ceux qui ne veulent pas découper leur journal).

Qu’en est-il des signatures dans notre belle Corrèze ? Pour le savoir il existe un site de comptage indépendant : adprip.fr qui publie, entre autres, une jolie carte des soutiens par département et par commune. La Corrèze, proportionnellement à son nombre d’électeurs, est le 49e département en termes de soutiens avec 1,52 % (6,5 % à Paris, pour comparer). Au moins ça laisse une belle marge de progression ! Plus précisément, à Tulle, en ce vendredi 11 octobre, on compte 187 soutiens (2,03 % des électeurs), 456 soutiens à Brive (1,39 %), 93 à Ussel (1,43 %) et 43 à Argentat (1,82 %)… Pour le reste, pour savoir si votre commune est championne : allez-y voir par vous-même ! G & G me font remarquer que dans les mairies de gauche « même les élus ne se bougent pas pour signer ». Ils en veulent pour preuve que dans certaines, qui comptent une douzaine d’élus, il n’y a qu’un seul signataire !

Le 11 septembre dernier il y a eu une réunion de la coordination à Tulle, des distributions de tract sur les marchés et dans les différents événements corréziens, avec un ordinateur pour faciliter la démarche. Un meeting de plus grande ampleur est prévu avant la fin de l’année pour mêler le politique et le festif à ces fameuses signatures.

Tous les gagnants ont pourtant tenté leur chance !

L’intérêt de ce référendum, s’il aboutissait, est multiple, et sans être exhaustif il y a celui, essentiel, du droit démocratique d’expression des citoyens. Et puis les résultats tombant trois jours avant les municipales, ce serait « une épine dans le pied de Macron, une claque juste avant les élections ! » me dit Georges en tapant du poing sur la table (là j’invente un peu, mais c’est plus vivant). Enfin ça n’a pas non plus d’intérêt économique, alors pourquoi faire ce cadeau ? ADP est un bien commun, payé par nos impôts. Plusieurs scandales similaires ont déjà eu lieu, ne les oublions pas : le fiasco de la privatisation partielle de l’aéroport de Toulouse (qualifiée « d’échec » par la Cour des comptes) alors que Macron était le ministre des Finances de Hollande, la gestion des autoroutes passée au privé grâce à Ségolène Royal (les tarifs aux péages augmentent alors que 27 milliards d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires depuis la cession).

On peut tout de même se demander pourquoi, sans parler de la mauvaise volonté des autorités, cet engagement citoyen pour un référendum ne prend pas vraiment (moins d’un million de signatures en tout et pour tout ce 11 octobre, il en manque 3,7 !) ? Pourquoi, en Corrèze par exemple, les partis signataires ne relaient pas ? Pourquoi sur les réseaux sociaux – si prompts à s’emparer des gros sujets (et pas que) – ça ne mord pas ? D’après Gilles, que je retrouve dans le même café quelques semaines plus tard pour réaborder cette question, l’État savait bien ce qu’il faisait en soumettant à la première vague de privatisations ADP et la Française des jeux… deux entreprises qui rapportent, qui font rentrer de l’argent dans les caisses, mais qui ont déjà l’air d’être privées ! Elles n’ont pas été choisies au hasard : qui va se soulever à cor et à cri, qui va avoir la gnaque pour défendre une plate-forme de transport aérien ou une société de jeux, de lotos et de paris sportifs ? Hein, qui ?

Cette consultation génère de toute façon peu de motivation car c’est une forme de démocratie très lointaine, qui touche trop peu directement les gens. Tout ça pour qu’une fois obtenues les signatures, le projet de loi reparte chez les parlementaires… Cette bagarre symbolique, beaucoup – même parmi les militants de gauche – la pensent inutile. C’est en tout cas ce qui ressort des nombreuses réunions auxquels Gilles participe.

Pour finir, initiative partagée ou pas, cet outil peut paraître trop institutionnel au cœur du grand rejet, du grand ras-le-bol généralisé… Et il est difficile d’en être vraiment étonné.

(1) ADECR, les Amis de la Terre, Cap à gauche 19, Confédération paysanne, Convergence services publics, Corrèze environnement, CGT, C6R, EELV, FSU, Gauche démocratique et sociale, Génération-s, LFI, les Radicaux de gauche, le MODEF, Nouvelle Donne, le NPA, le Parti de gauche, le PCF, Peuple et Culture, Place publique, le PRCF, le Parti socialiste, Solidaires.

(2) À lire ici : http://www.assemblee-nationale.fr/15/pdf/propositions/pion1867.pdf

Bel Ami

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