
C’est à Cornil, depuis 2005 que l’association organise les activités du centre agroécologique et culturel. Tout ce qui y a été fait l’a été sans qu’aucun ordre ne soit donné. Les « gens » du battement ne travaillent pas par force mais par raison, pas pour eux mais pour tous.
En parcourant le site web de l’association on lit : Un constat éloquent : baisse fulgurante de la biodiversité, déstructuration des tissus sociaux, pollution des écosystèmes, épuisement des ressources naturelles, accélération des mutations climatiques (…) notre civilisation semble prendre conscience de l’imminence de risques majeurs qu’elle encourt (…) mais paraît démunie face à la nécessité d’acter des transformations.
Est ce pour soutenir et accompagner la transformation sociale que l’association oeuvre ? Hélène Guiral (Hélénita) et Hélène Monéger, membres actives de l’équipe du battement d’ailes ont accepté de situer les actions du battement d’ailes.
Le battement d’ailes, c’est quoi ?
Hélénita nous décrit : c’est un lieu , le centre agroécologique et culturel. Il occupe 5 ha haut perchés sur une colline. Ce site comprend un jardin-verger en terrasse, des serres maraîchères, un jardin de plantes aromatiques et médicinales. L’ensemble est paysager selon les principes de l’éco-paysage et de la permaculture, et accueillent une aire naturelle de camping (3 yourtes, 2 sanitaires en paille et fuste et 17 emplacements pour des tentes) et un batiment bioclimatique dédié à l’hebergement et à la restauration. Le centre est conçu pour donner à voir une manière de vivre respectueuse de l’environnement. Il n’y a pas de toilettes à eau, l’eau pluviale est récupérée, l’assainissement se fait par filtres plantés, la ressource pour le chauffage est issue de la biomasse produite sur site, les toitures sont végétalisées, il y a des arbres et des haies partout, l’eau chaude l’est grâce au soleil.
Un lieu qui incarne et montre d’autres possibles tellement accessibles.
Pouvez-vous nous décrire les activités les plus importantes ?
Hélénita s’y colle encore : Nous avons six activités principales, avec une vocation de production, de sensibilisation et de transmission. C’est un peu jargonneux mais en voici la liste : jardin-verger, restauration, hébergement, accueil et immersion, vie du lieu et esseimage. Ces activités sont un agencement cohérent, parties d’un tout permettant de faire vivre l’ensemble ; c’est ce que l’on comprend à l’écoute des deux Héléne : Pour faire très schématique :
Le restaurant accueille sur site tous les premiers week-end du mois, à tout moment pour des groupes, des stages, des séminaires… et répond à des solicitations pour du traiteur et du catering lors de festivals. La cuisine y est à dominante végétarienne et issue des légumes produits dans nos jardins.
L’hébergement est surtout dédié à l’accueil de groupes dans notre gîte (20 lits) et au camping (17 lits dans les yourtes). Nous accueillons également de manière plus classique des personnes ayant besoin d’une nuit en vilégiature.
Nos jardins servent principalement de support de formations et d’expérimentations. Ils produisent les légumes et les fruits pour le restaurant et pour la production de confitures et de jus.
« La vie du lieu » consiste en un programme de formations, stages et ateliers dédiés à l’autonomisation des personnes. Ce programme recouvre l’écologie appliquée, les savoirs faire paysans, le bien-être et l’écoconstruction. Tout le programme est accessible à prix libre. Par ailleurs dans le cadre de la vie du lieu, nous organisons des événements festifs et conviviaux comme la bourse aux graines, théâtre en campagne, le bal trad, le concert en forêt… .
« L’esseimage » est un peu plus compliqué à expliquer mais, en gros, il s’agit de mener, d’accompagner et de co-construire des actions liées à nos compétences et notre vision du monde. Il s’agit de partager avec d’autres nos compétences et le fruit de nos expérimentations. Par exemple nous créons des séjours à la demande, nous accompagnons l’émergence de jardins partagés ou en milieu carcéral, nous construisons des toilettes sèches pour les collectivités et en accompagnons la gestion… .
La dernière des activités est « l’accueil et immersion ». Nous organisons au mieux l’accueil de toute personne désireuse de venir partager notre quotidien pour une période de plus de 15 jours. Les demandes sont nombreuses et les personnes qui arrivent chez nous, dans ce cadre-là, cherchent à positionner leurs existances dans une dynamique plus collective, plus humaniste, à rebours des injonctions sociales qu’elles ont subies jusqu’alors.
A quoi ça sert tout ça?
Pour Hélène et en premier lieu, Le battement d’ailes sert à ses membres principaux (permanents et administrateurs). Cette initiative les confronte à une autre manière de travailler et de prendre les décisions. Ils expérimentent en permanence et au-delà, ils transmettent à d’autres la richesse de ce vécu.
Selon Hélénita c’est un outil pour vivre une expérience collective, expérimenter des savoirs faire et des savoirs être, s’aguérir et partager avec d’autres. Notre lieu est fait pour être partagé et nous le partageons. L’idée et de rendre notre « outil »accessible à tous ceux qui osent pousser la porte.
Et comment êtes-vous perçus sur le territoire?
Dans un rire bienveillant Hélénita commence : « nous sommes encore un peu perçus comme des »bouffeurs de graines perchés sur une colline, comme des gens exigents et intransigeants en terme d’écologie. C’est pas ce que nous vivons ici, on tente, on se plante parfois et quoiqu’il en soit nous vivons avec nos contradictions et les assumons. Nous ne voulons pas nous couper du monde, nous ne sommes pas extrémistes mais nos choix peuvent sembler extrèmes pour d’autres. Comme nous faisons beaucoup de choses, les gens s’y perdent un peu. Une fois mises bout à bout, toutes les activités sont logiques , formant un système complexe qui nous ressemble et ressemble à la vie d’ailleurs.
Selon Hélène qui a connu le début de l’aventure : les choses ont évoluées. Au début nous étions perçus comme des utopistes. Notre démarche était rare à l’époque. Aujourd’hui le message que nous portons est plus partagé, plus médiatique. Il semble que nous soyons davantage perçus comme des précurseurs, des gens qui ont de l’expérience et tiennent dans la durée. Un peu comme un phare.
Hélénita ajoute que les années passant, de plus en plus de gens travaillent avec nous et voient que c’est sérieux, que nous allons au bout des choses. C’est surtout sur le plan humain que les gens sont touchés, ça les marques d’être accueillis avec considération. Nous avons un rôle social non affiché mais ceux qui passsent ici nous font des retours hyper forts et, si ils sont à ce point touchés, c’est bien qu’ils ne trouvent pas de raisonnance ailleurs, qu’il y a un besoin très fort .
Voilà des gens qui ne ronronnent pas, qui se remettent en question, qui sûrement transformeront encore leur initiative, leur lieu, leur lien au territoire et à ceux qu’ils y côtoient. Ils ont choisi pour l’avenir d’ouvrir leur lieu à d’autres entreprenants afin de mutualiser forces et créativités. C’est une histoire qui s’écrit en ce moment, il y est question d’un hameau, d’une outils-thèque, d’un jardin partagé et de pas mal d’autres initiatives chuchotées qui donnent envie d’y croire.
Cunégonde
Encart:
Le battement d’ailes en quelques chiffres :
C’est une association avec environ 150 adhérents, 10 permanents, 60 à 80 bénévoles selon les années, une dizaine d’activités, un lieu appelé centre agroécologique et culturel, un chiffre d’affaire de 200 000 € , des subventions de fonctionnement très maigres, entre 4000 et 6000 euros et 3 réseaux régionaux ou nationaux dans lesquels l’asso s’implique fort : Paysan dès demain (1), le Réseau d’Assainisssement Ecologique et le réseau REPAS (2).
Pour davantage d’information : https://www.lebattementdailes.org/ ou https://fr-fr.facebook.com/lebattementdailes/
1 : Paysan dès demain – l’espace test agricolee Limousin : https://paysandesdemain.fr/
2 : Réseau d’échange sur les pratiques alternatives et solidaires : http://www.reseaurepas.free.fr/
Cunégonde







