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La Trousse Corrézienne

Chez nos voisins, LTC 14 · 8 septembre 2017

La ruée vers l’or en Haute-Vienne

Stop Mines 87

Entretien avec Hélène, membre de l’association Stop Mines 87 qui lutte contre le projet de mines d’or dans le sud de la Haute-Vienne. Ou comment l’état encourage le saccage de nos campagnes. Édifiant.

En 2015 il y a eu une consultation en ligne sur le projet de mines d’or. Quasiment personne n’a été au courant, donc la participation a été quasiment nulle. L’association Stop Mines 87 s’est créée à cette période. Puis on a commencé à faire des démarches auprès des communes concernées, qui avaient toutes reçu le dossier, et devaient se prononcer pour ou contre. Au final environ 8 sur 10 se sont prononcées contre. Dont Saint Yrieix, qui n’est pas contre, parce qu’ « on ne peut pas être contre la recherche », alors qu’ on sait que l’exploitation arrive automatiquement derrière ces « recherches ».

Malheureusement, cette opposition ne bloque rien du tout. Ce type de consultation est juste mis en place par principe. Les résultats, l’état s’en tamponne.

Donc les démarches se sont poursuivies. En janvier dernier la société privée Australienne qui est derrière tout ça a obtenu les permis d’explorer. Il faut savoir qu’en France si tu as le permis d’explorer et que tu trouves quelque chose, tu as quasi automatiquement le permis d’exploiter. Or toutes les cartes géologiques montrent qu’il y a de l’or chez nous. Donc la société sait qu’elle va en trouver. D’après eux l’exploitation industrielle devrait arriver très vite : ils parlent de 2021.

Il est possible que les premiers forages aient déjà été lancés et qu’on ne le sache pas… C’est difficile d’être au courant, parce qu’ils louent du matériel à une boite du coin, viennent chez un agriculteur, lui proposent un peu de sous, et forent chez lui. Donc c’est relativement discret comme façon de faire, au début en tous cas.

Du coup notre plus gros problème pour l’instant c’est que les trois quarts des gens, localement, ne savent même pas que ce projet existe.

Spéculation + pollution = piège à cons

Pour légitimer ces mines, l’argument principal dégainé par les politiciens comme par la société exploitante est celui de la création d’emplois. Ce qui est absurde : il s’agit aujourd’hui d’industries assez modernes, qui ne créent quasiment pas de travail. Il y en a un petit peu – quelques dizaines – les premières années de mise en place de la mine, puis quasiment plus rien.

Mais surtout, il faut absolument voir que ça en détruit énormément, à cause de toutes les conséquences négatives et des abominables pollutions liées à l’exploitation de ces mines. Sans même parler des conséquences sur la santé…

Un exemple : A Salsigne, dans le sud-est de la France, la dernière mine d’or en exploitation a tellement pollué les eaux et les sols que les agriculteurs ont récolté l’interdiction de vendre leur production. Quand on dit aux consommateurs qu’ils ne peuvent pas consommer leurs légumes locaux pendant plusieurs années parce que le sol est pollué à l’arsenic, ça marque un petit peu la population…

Or concernant ces pollutions notre zone est en deuxième position, juste après Salsines, parce qu’il y a eu des mines d’or ici jusque dans les années 2000. La grosse différence avec Salsines, c’est que chez nous il n’y a pas eu d’analyse. Mais il est probable que nos sols et nos eaux soient encore gorgés d’arsenic.

Ces problèmes sont liés au fait que le code minier dit qu’une société étrangère peut exploiter, mais n’a pas le devoir de traiter ses déchets. Du coup on est vraiment perdants sur toute la ligne : la société étrangère vient, exproprie les fermiers, détruit le paysage, extrait l’or sans créer beaucoup d’emplois ni reverser quoi que ce soit à l’état, spécule dessus et se casse en laissant ses déchets ultra polluants qui pourrissent les sols et les nappes phréatiques. Donc on privatise les profits, mais c’est avec de l’argent public qu’on devra traiter les pollutions créées, alors même que la dépollution coûte une fortune. Tout ça va toucher une zone bien plus large que celle dans laquelle se feront peut-être les carottages, mais on voit bien que ça ne représente aucun avantage pour la région.

C’est pour toutes ces raisons qu’on se retrouve entre personnes aussi différentes au sein de l’association Stop Mines 87 : qui que l’on soit, d’où que l’on vienne, à peu près personne ne peut être en faveur de ces mines d’or.

Derrière ça, il y a une vision complètement fausse du centre de la France, et même de toutes les zones très rurales, comme des endroits qui sont morts. En fait, l’état vend la fameuse « diagonale du vide » dont on nous parle à l’école, en se disant qu’il s’agit de zones peu peuplées, plus pauvres, et donc qu’elles sont mortes et ne valent rien. Sans voir qu’on peut en fait y bénéficier d’une bien meilleure qualité de vie.

La première fois que j’ai entendu parler des mines d’or, c’était en Grèce. Suite à la crise, l’Allemagne et d’autres partenaires européens ont négocié avec la Grèce pour qu’elle baisse ses contraintes environnementales, au niveau constitutionnel. C’est la baisse de ces normes environnementales qui a rendu économiquement viable l’extraction de l’or dans les sous-sols grecs, alors qu’il y en a moins qu’ici. Donc une mine d’or a été ouverte, puis fermée par Tsipras très peu de temps après son élection. Ce qui montre bien que les pouvoirs politiques ont un énorme rôle à jouer dans ces affaires.

Cette région était censée être une zone magnifique. Mais la foret avait été rasée, et vendue en tant que bois de chauffage. La zone était devenue déserte, et tout était à vendre. La mine était exploitée par une société canadienne qui disposait d’une police privée, qui t’arrêtait et vérifiait tous tes papiers, ton véhicule et à peu près tout ce à quoi ils pouvaient avoir accès. Pour rentrer dans la zone, il fallait passer un mur de 3 mètres de haut surveillé 24 heures sur 24. Et la mine en soi était vraiment impressionnante. Ça avait complètement défoncé une montagne, c’était une industrie monstrueuse, avec des camions partout…

Des groupes très organisés qui luttaient contre la mine en Grèce avaient eu des contacts avec la société canadienne qui exploitait la mine, et les arguments de cette dernière, c’était qu’on utilise de l’or dans notre quotidien, qu’il y en a dans nos téléphones et nos ordinateurs portables, et que du coup on ne peut pas lutter contre. Pour schématiser, d’après eux c’était la mine d’or ou le retour à l’âge de pierre.

C’est un argument qui revient souvent, mais qui est complètement faux! En fait, l’or extrait des mines sert à la spéculation, en très grande majorité.

C’est d’autant plus absurde que chez nous on ne va vraiment pas sortir grand-chose. Il n’y a que 5 grammes d’or par tonne de minerai, donc ce n’est rien du tout… Malgré ça c’est quand même rentable, parce que le cours de l’or augmente tout-le-temps, à cause de la spéculation. En fait, on se retrouve dans un face à face avec la mondialisation.

Comment lutter contre?

On peut s’inspirer des voisins, parce qu’il y a eu le même type de projet en Creuse, mais sur une zone beaucoup plus petite. Une bonne mobilisation s’est lancée, une association Stop Mines 23 a été créée – ils organisent entre autres chaque année le festival « No Mine’s Land » au mois d’août – et tous les agriculteurs chez qui la société est allée ont refusé les forages. Ce qui fait que la société, qui a normalement un certain temps pour réaliser ses forages d’exploration, a demandé un premier délai pour les refaire, mais n’a pas renouvelé sa demande par la suite. Donc on peut croire qu’elle a abandonné.

Il y a également des Bretons, qui sont dans le même genre de dynamique, parce qu’il y avait là-bas un projet assez proche du nôtre. Il y a d’ailleurs eu dans cette lutte d’autres types d’actions réalisées. Un exemple : la société qui veut exploiter en Bretagne a son siège social à Orléans, au même endroit que celle qui veut exploiter chez nous. Avec le même gérant d’ailleurs, alors que c’est censé être deux sociétés différentes… En réponse à une déclaration du dirigeant de la société qui avait dit qu’il ne voulait surtout pas de zad, il y a eu une bombe posée devant le siège social, avec un tag en breton expliquant qu’ils ne veulent pas de mines chez eux, et que si ça arrive ce sera bien pire que la zad.

La Creuse et la Bretagne ont été les premières régions touchées, mais en fait il y a un paquet de demandes d’exploration qui ont été déposées un peu partout en France.

Donc la seule façon d’éviter ça et de faire perdre de l’argent à cette entreprise, c’est de lutter contre, très concrètement. Montrer qu’on n’est pas d’accord, informer les gens de toutes les façons possibles, pour qu’au final le projet ne se fasse pas. Pour ça, on peut faire toutes sortes d’actions, par exemple travailler à sensibiliser le public : tracter, afficher, faire du porte-à-porte, des réunions d’information… Pour l’instant, SM 87 s’était surtout focalisée là-dessus : aller dans les communes, faire des réunions d’information, aller dans les mairies, imprimer des affiches et des tracts pour prévenir les gens, et tout ce qu’on peut imaginer autour de ça. A la question qui revenait tout le temps en réunion publique : « Maintenant qu’on est informés, qu’est-ce qu’on peut faire? », on répondait de diffuser l’info, d’en parler aux voisins, de ramener des gens aux prochaines réunions publiques…

Le cours des actions de la société minière chutera s’il y a de la mobilisation, et elle ne prendra probablement pas le risque de s’enliser dans un conflit à long terme. D’autant plus qu’on peut aussi utiliser des freins administratifs, et s’appuyer là-dessus pour que la société Australienne finisse par abandonner, comme elle l’a fait en Creuse. Au bout d’un moment, si tous les propriétaires terriens refusent le forage, la société doit demander au préfet de prendre un arrêté préfectoral pour l’autoriser. Donc le préfet se met la population à dos chaque fois qu’il en autorise un, et du coup il sait que ça risque de créer des problèmes, qui finissent par remonter jusqu’au gouvernement.

C’est la raison pour laquelle veut montrer à la société australienne et à l’état qu’on est totalement opposés à ces mines d’or, et qu’on est prêts à se mobiliser pour le faire savoir. D’où l’idée de faire une manif, qui a un double objectif : montrer qu’on n’est pas d’accords avec le projet, et continuer à informer les gens.

Ben

L’opposition au projet de mine d’or

Du papier, des crayons, pas de pubards.

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