
La baronnie l’a tué
Le 28 juillet dernier, le corps sans vie de Jean-Sébastien Combe Maës a été retrouvé. Directeur Général des Services de Creuse Grand Sud en arrêt maladie depuis plus d’un an, il a mis fin à ses jours.
C’est une sale affaire que ce drame-là. Elle éclate en septembre 2016. Jean-Sébastien Combe Maës est alors, et depuis 2014, Directeur Général des Services de Creuse Grand sud (CGS), communauté de communes alors présidée par Michel Moine, également maire d’Aubusson (démissionnaire du Parti Socialiste en mars 2016). En désaccord avec la réforme des collectivités territoriales, Michel Moine vient alors de présenter sa démission de CGS. Il faut préciser aussi que CGS est issue d’un mariage forcé entre les communautés de communes Aubusson/Felletin et du Plateau de Gentioux, en 2014, et que le conflit est resté ouvert entre « Aubusson » et « ceux du Plateau », Thierry Letellier, premier Vice-Président de CGS réclamant la démission de Michel Moine dès septembre 2014.
En septembre 2016 donc, quelques jours après le départ de Michel Moine, Thierry Letellier, qui assure l’intérim, annonce en Conseil communautaire la découverte d’un gouffre financier sans précédent et dénonce « les magouilles du système Moine » 1 : c’est entre 4 et 7 millions de déficit, soit 40 à 70 % du budget annuel. Pire, des emprunts destinés à l’investissement ont été détournés vers des dépenses de fonctionnement, plus de 1,4 millions d’Euros de factures sont impayés, et la collectivité cumule des emprunts de court terme pour rembourser… des emprunts de court terme arrivés à échéance. Et parmi ces emprunts, une ligne de trésorerie d’août 2015 pose particulièrement problème : un avenant voté par les élus aurait porté cette ligne de 600 000 € à 2,8 millions d’Euros. Sauf que certains des élus concernés affirment avoir été en vacances à cette période.
Si les élus creusois découvrent le pot aux roses, c’est parce que Jean-Sébastien Combe Maës est alors en arrêt maladie depuis juin 2016, suite à une tentative de suicide, et que des élus investissent alors les documents comptables.
Michel Moine affirme avoir tout ignoré des pratiques illégales de son Directeur des Services2. Mais celui-ci dit avoir « agi à la demande et sous la pression » de Michel Moine, qu’il accuse de harcèlement.
La justice est saisie, notamment au travers d’une plainte pour faux en écriture, et l’affaire est toujours en cours. L’insincérité des comptes a dores et déjà été reconnue3.
Jean-Sébastien Combe Maës, mort pour obtenir gain de cause…
Le jeune Directeur, en arrêt maladie au moment de l’éclatement de l’affaire, affirme avoir agi sur les ordres de Michel Moine. Il dénonçait des « conditions de travail atroces »4 depuis 2014. Hospitalisé de longs mois suite à sa tentative de suicide du 20 juin 2016, il avait entamé un combat : celui de faire reconnaître cette tentative de suicide comme un accident de travail. Et il avait obtenu « en mai dernier, devant une commission de réforme du Centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Creuse, au terme de deux expertises, « l’imputabilité au service de cette tentative de suicide » et que ce geste « trouve sa cause déterminante dans les conditions de travail de l’agent. » Mais pour que cette reconnaissance aboutisse, il lui faut l’accord de CGS. Malheureusement, celle-ci n’arrive pas. C’est dans cette attente terrible que Jean-Sébastien Combe Maës a décidé de mettre fin à ses jours. Il a adressé une lettre à des élus, des journalistes et ses proches pour expliquer son geste : « Lorsque vous lirez ces quelques lignes, j’aurai choisi de m’ôter jusqu’au dernier souffle. Cette fois sera la bonne ». Il y indiquait que c’est ce « silence » qui est « la cause unique de ma disparition : j’ai connu le harcèlement actif. Je connais aujourd’hui le harcèlement passif » . Dans les jours qui ont suivi la disparition du jeune homme, Jean-Luc Léger, le nouveau Président de CGS, affirmait souhaiter demander une nouvelle expertise, avant de se raviser quelques heures avant la découverte du corps et de finalement lui octroyer la reconnaissance d’accident du travail. Trop tard…
Un livre et une pétition
Jean-Sébastien Combe Maës a publié quelques jours avant sa mort un roman qui met en scène son histoire au sein de CGS, où les noms des lieux et des personnes avaient été changés. « Ce baron qui m’a tué », écrit sous le pseudonyme Nicolas Decouze, est disponible à la vente sur Internet.
L’indignation, la colère et la tristesse suscitées par le suicide de Jean-Sébastien Combe Maës ont conduit des citoyens creusois à mettre en ligne une pétition pour demander la démission des élus de Creuse Grand sud. On peut la trouver sur https://secure.avaaz.org/fr/petition/Les_elus_communaux_et_communautaires_Demission_des_conseillers_Aubusson_et_comcom_CGS/?cnuOjmb.
2 http://www.michel-moine.net/mon_weblog/
Lapin Compris





