S’ouvre dans un nouvel onglet
Menu
La Trousse Corrézienne

Coup de langue, LTC 27 · 8 novembre 2019

La langue d’Ésope

Tout est bon, dans le cochon ?

Voici deux millénaires, Plutarque interpellait ses contemporains et, au fond, au-delà des frontières et des siècles, toute l’humanité. « Si tu veux t’obstiner à soutenir que la nature t’a fait pour manger telle viande, tue-la donc toi-même le premier, je dis toi-même, sans user de couperet ni de couteau ni de cognée, mais comme font les loups, les ours et les lions qui, à mesure qu’ils mangent, tuent la bête ; aussi toi, tue-moi un bœuf à force de mordre à belles dents, ou de la bouche un sanglier, déchire-moi un agneau ou un lièvre à belles griffes, et mange-le encore tout vif, ainsi que font ces bêtes-là (…) Mais encore (…), il n’y a personne qui eût le cœur d’en manger telle qu’elle est ; on la fait bouillir, on la rôtit, on la transforme avec le feu et plusieurs drogues, altérant, déguisant et éteignant l’horreur du meurtre afin que le sentiment du goût trompé et déçu par tels déguisements ne refuse point ce qui est étrange. »

Arrivera bientôt l’hiver et, avec lui, le moment où, au plus froid de la saison, on soumet – mais je pourrais recourir à l’imparfait tant la pratique relève à présent de l’exception – dans nos campagnes le cochon à fatale épreuve. Ce qu’il faut bien nommer tradition répondait sans aucun doute, jadis, à une nécessité économique (économie circulaire, dirait-on aujourd’hui) d’une paysannerie dont la vie dépendait de sa capacité à entretenir, au fil de l’année, la plus large autonomie possible. Mais on peut aussi déceler dans cet usage une sorte de rituel paysan aux multiples facettes, aux multiples significations autour de la mort, du sacrifice, du sang, de la tripe et de la chair, de l’abondance et de l’excès. Et, si l’on ne craint pas le ridicule, on peut pousser au-delà l’exploration symbolique : ne dit-on pas du porc, cet animal familier, qu’il est, lui aussi, omnivore et, lui aussi, doté d’intelligence ? Il y a quelque chose de carnavalesque dans cette tradition au sens où, à l’occasion du tue cochon, selon l’expression sans ambages donnée à cette pratique dans le sud-ouest, le paysan, même le plus modeste, devient seigneur (saigneur), le temps de la fête. Et comme dans le carnaval, il y a dans la cérémonie du cochon quelque chose d’archaïque (ne surtout pas y associer d’intention péjorative), de païen.

Païen, paysan : même racine…

Deux-mille ans plus tard, le réquisitoire de Plutarque envers les mangeurs de viande, que nous sommes (encore ?) très majoritairement et de plus en plus nombreux sur cette terre, résonne (raisonne) avec une acuité d’autant plus vive qu’une lame de fond se soulève dans le monde occidental contre les conditions auxquelles sont soumis la plupart des animaux d’élevage destinés à la consommation de masse. Chercheurs en sciences sociales et philosophes n’ont jamais été si nombreux à s’emparer de cette vaste question qui, il faut bien le dire, demeurait dans les sentines de l’impensé.

Oui, la crudité des propos du moraliste grec vient troubler le sang qui se déverse de la gorge du porc par jets saccadés dans le seau en plastique. Mais l’animal est bien mort, maintenant, et, du bras, du poignet et de la main, il faut bien continuer de brasser le liquide encore tiède. Dans la ferme où l’on tue le cochon, la mort fait encore partie de la vie. La mort est même au cœur de la vie. Avant que d’être définitivement évacuée et dissimulée dans de vastes salles carrelées lavées à grandes eaux, comme elle l’est pour nous, humains, dans des funérariums, curieusement édifiés, tout comme les abattoirs, en périphérie des villes, dans des « zones d’activités ».

Le mangeur de viande cuisinée est, certes, un animal tueur d’animaux, même par procuration. Mais, n’en déplaise à qui est tenté d’abolir les espèces, il se trouve que cet animal est un humain, que, parmi les humains, se sont succédé des générations d’éleveurs depuis le néolithique. Étrangement, par glissement sémantique, le mot « viande », vivanda en latin vulgaire, qui signifiait au Moyen-Âge nourriture en général (origine vivere, victus, vivre), ne désigne plus, depuis le XIVème siècle que la chair animale propre à la consommation.

Le poulet du dimanche ? De l’oiseau mort dans votre assiette !

Alors, que fait-on, maintenant ?

Didier Bertholy

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

Dans la même trousse

Dessin de Mancho

UNE TROUSSE toute neuve à la rentrée

Moins d’un millier de lecteurs consacrent trois euros tous les deux mois pour lire un journal profanateur qui dit souvent ce que d’autres taisent, qui gratte où c’est pas toujours agréable, qui croque morts et vivants en deux coups de crayon, qui pisse parfois de…

24 janvier 2020

Parlons peu mais parlons bière #6

Parlons peu mais parlons bière #6

Aujourd’hui, dans « Parlons peu mais parlons bière », nous allons nous instruire et améliorer notre culture bière. Les différentes étapes du brassage et un peu de vocabulaire pour pouvoir décoder les étiquettes et déguster les bières de nos chers brasseurs locaux en toute connaissance…

8 novembre 2019

Mystères et curiosités de Saint-Pardoux-la-Croisille

Mystères et curiosités de Saint-Pardoux-la-Croisille

« L’art modeste n’est ni un concept ni un mouvement. C’est un regard ; il montre ce que l’on ne regarde pas. »(1)

8 novembre 2019

Articles récents

Dessin d’Herbette : Donald Trump reçoit un paquet cadeau « LMB » des mains d’un homme en costume — « Formidable, thank you! »

Vente de LMB Aerospace à Malemort

Le Parti communiste français (PCF) – section de Brive a fait parvenir le communiqué de presse ci-dessous à La Trousse corrézienne en février dernier. Nous lui posons en retour quelques questions dans l’encadré qui figure en bas de page.

17 octobre 2026

Illustration : un panneau « DÉVIATION » jaune et noir à la peinture épaisse.

Déviation de la RD 901 à Varetz : une opération qui interroge

Le 12 juillet 2024, le conseil départemental de la Corrèze a décidé, à l’unanimité, de retenir le tracé de la variante numéro 1 et donc de relancer à l’identique un projet datant de plus de 30 ans.

17 octobre 2026

Aquarelle de Bernard : la vache Mounette, une fleur à la bouche.

Vachement bien…

C’est l’histoire d’une vache qui dépérissait au fond d’une étable, faute de bons soins sans doute. Paul l’a vue et il n’a pas aimé ça, alors il l’a achetée. Il l’a amenée chez lui, il l’a retapée, il l’a baptisée Mounette et chaque année ensuite,…

17 octobre 2026

✕
Fermer le menu
Les rubriques
LE JOURNAL
♥ Soutenez-nous : faites un don !S'abonner au journal