
(l’Échappée, 2018)
Par CHRISTOPHE GIBIAT
Si d’aucuns décrivent les systèmes de surveillance sur Internet et les moyens individuels de s’en protéger, Éric Sadin, écrivain et philosophe, adopte une vision plus systémique du numérique. La vie privée ne constitue en effet qu’un problème parmi d’autres, et se concentrer uniquement sur cet aspect signe l’acceptation d’une certaine aliénation. Car cette vision réductionniste fait abstraction de l’enserrement de nos vies par les technologies numériques, dont l’« intelligence » artificielle est emblématique. Avec celle-ci, le numérique n’est plus uniquement destiné à stocker, indexer ou manipuler des données ; sa rationalité normative est chargée d’énoncer la vérité. Selon les stades et les dispositifs mis en place, l’IA est incitative, prescriptive, impérative ou coercitive. Elle se substitue à notre faculté de jugement et d’action. D’où le sous-titre du livre : « Anatomie d’un antihumanisme radical ». Défendre les prérogatives humaines contre le pouvoir omniscient, omniprésent et omnipotent octroyé aux machines constitue donc un des enjeux du siècle.



