
À 15 km de Paris, le groupe Auchan veut construire un méga centre commercial sur des terres agricoles
Zoom avant : Gonesse, une petite ville située au nord de Paris, dans le Val-d’Oise, et proche de Sarcelles, plus connue que sa voisine. Gonesse, ancien village devenu ville de banlieue où le chant des oiseaux a fait place au rugissement des gros-porteurs qui atterrissent et décollent de l’aéroport Charles-de-Gaulle jour et nuit. Gonesse, ses zones d’activités et pourtant, Gonesse et son taux de chômage supérieur à 17 %.
Mais voilà ! Le projet du Grand Paris est arrivé. Les terres agricoles de la commune suscitent l’intérêt. Non pas de gouvernements qui se seraient dit : « Tiens, ces sols, parmi les plus riches d’Europe, pourraient faire partie de la solution écologique au problème que pose l’énorme concentration urbaine francilienne, avec ses 12 millions de bouches à nourrir. » Non, vous n’y êtes pas ! Ceux qui se penchent sur l’avenir de ces terres situées idéalement près de Paris, sont des gens qui voient bien plus grand : ces champs inutiles, dont la valeur monétaire est pour le moment dérisoire, vont être investis de la mission d’attirer les touristes du monde entier. Le groupe Auchan, associé à un groupe chinois, veut y construire Europa City, le centre commercial de l’avenir, plus grand, plus beau, plus écolo que tous les centres commerciaux qui envahissent déjà tous les abords des villes de la région et du pays (80 ha, plus 200 ha de centre d’affaires, plus une nouvelle ligne de métro et une nouvelle gare. Le tout couvrant 300 ha).
Et cette fois, promis, les emplois iront à la population locale devenue sceptique, à force de promesses non tenues. Il faut dire que l’aéroport, son trafic, les centres commerciaux déjà existants n’ont pas tellement profité aux riverains. Le tribunal administratif de Cergy qui a annulé le PLU de Gonesse le 12 mars a d’ailleurs fait part aussi de son doute quant à l’utilité sociale du projet. Si l’on ajoute l’opposition des nombreux écologistes qui refusent l’artificialisation des sols au nom du climat et de la sécurité alimentaire et ont réuni plus de 1 200 personnes à un meeting à Paris le 20 février.
Si on se rappelle aussi que les jeunes manifestants du 15 mars pour le climat ont entendu parler des recommandations du GIEC pour la préservation des sols et jusqu’au gouvernement qui se fissure sur ce sujet (les ministres de l’Écologie successifs se sont prononcés contre). Que la mairie de Paris, saisie par des élus, n’a pu refuser d’examiner le projet CARMA, projet alternatif défendu par les défenseurs de l’environnement pour les terres de Gonesse, projet prometteur d’emplois locaux et pérennes, on voit que la bise est devenue tempête pour les partisans d’Europa City.
Croit-on que nos chevaliers du béton et du pognon ont baissé les armes ? Que non ! Bien que le même tribunal de Cergy ait déjà annulé en mars 2018 l’arrêté de création de la ZAC, sur laquelle le centre commercial devrait être construit, ce qui fait deux décisions judiciaires hostiles, il reste que le permis de construire une gare a été validé par le préfet du Val-d’Oise. Même si cette gare devrait être construite en plein champ et ne desservir aucune habitation, la plus proche étant située à 1,7 km. Car le maire de Gonesse, le groupe Auchan et son partenaire ont le soutien de l’État qui a fait appel de la décision judiciaire de mars 2018, ainsi que celui de Grand Paris Aménagement. Les enjeux sont d’importance, les contrats sont juteux : un nouveau terminal à Roissy, la privatisation d’Aéroports de Paris, Europa City. A Vinci Aéroports de Paris et à la famille Mulliez, dont les magasins Auchan commencent à décliner, Europa City, sans compter d’autres projets dans Paris.
On le voit, la bataille n’est pas finie. Le Collectif pour le triangle de Gonesse organise une grande fête les 18 et 19 mai sur les parcelles qu’il cultive et dont on veut le chasser.
Rachel Kejem



