Rappelons les éléments en jeu à Hinkley Point : le gouvernement britannique a accordé un contrat extrêmement avantageux à EDF avec un « contrat de rachat d’électricité » à plus de 100 € du MWh, soit trois fois le prix du marché actuel (tarif fixé pour plus de vingt ans). Et malgré ce contrat hors de toutes les règles de marché, pourtant chères à nos amis anglais, aucun investisseur international n’a accepté de participer au projet. Pourtant la règle générale concernant le financement des grandes installations de par le monde aujourd’hui est le mécanisme dit de « financement de projet » : les investisseurs ne mettent qu’une partie réduite de fonds propres, de l’ordre de 20 à 30%, leur garantissant la propriété de l’ouvrage, et les banques acceptent de prêter le reste sous forme de dette remboursable, considérant que les risques sont suffisamment limités et qu’elles ont la garantie d’être remboursées. C’est comme cela que des milliers de projets solaires et éoliens sont financés dans le monde, sans aucune difficulté.
Dans le cas d’Hinkley Point, rien de tout cela. Aucune banque n’accepte de prêter vu les risques du projet et la situation financière catastrophique d’EDF, qui doit donc engager 100% de fonds propres, soit en l’occurrence des montants astronomiques. Circonstance aggravante, aucun investisseur privé occidental n’accepte de fournir une partie des fonds propres. C’est donc à EDF de financer l’essentiel du programme puisque le « champion » français n’a réussi qu’à obtenir un concours d’argent étatique chinois, dans des conditions léonines.
Combien cela va nous coûter ?
Le devis pour la construction des deux réacteurs EPR à Hinkley Point s’élève à 21 milliards d’euros. Or nous avons un peu de recul puisque quatre EPR sont actuellement en construction dans le monde. En France à Flamanville : le devis initial était de 3,3 milliards d’euros. Bien que le chantier ne soit toujours pas terminé (il devait l’être en 2012), nous en sommes déjà à plus de 9 milliards d’euros2, soit trois fois plus. En Finlande à Olkiluoto : le devis initial n’est pas connu avec certitude, puisque tenu secret. Mais on parle de 3 milliards d’euros3. Le contrat stipule que c’est Areva (et donc maintenant EDF) qui assumera les dépassements éventuels. Sachez qu’Areva a déjà dû provisionner 5 milliards d’euros, représentant le montant estimé des pertes pour l’ensemble du chantier. Nous sommes, là encore, proche d’un facteur 3. En Chine à Taishan : les deux réacteurs EPR sont en passe d’être livrés, avec un peu moins de retard (ils devaient être terminés en 2013) puisque contrairement aux chantiers français et finlandais, celui de Taishan est une co-réalisation entre Areva et les deux électriciens chinois CGN et CNNC. Peu de chiffres pour la Chine, qui recense près de la moitié des réacteurs en construction dans le monde, qu’ils construisent eux-mêmes « grâce » au transfert de technologie qui a été négocié avec EDF-Areva. D’où le concours financier des chinois dans le projet d’Hinkley Point…3
Donc si la règle est respectée pour Hinkley Point, cher lectrice, cher lecteur, c’est plus de 60 milliards que va nous coûter la signature de ce nouveau contrat avec les britishs. Une bagatelle à laquelle il conviendra très vite d’ajouter quelques pièces jaunes, puisque d’ici quinze ans (au plus tard), la France devrait commencer à renouveler son parc nucléaire actuel qui dépassera les 50 ans de durée de vie. En terme de décision politique, cela veut dire que c’est dès le lendemain des prochaines présidentielles de 2017 que ces projets devraient être lancés. Soit nous partons pour un devis (sous-estimé) de 55 milliards concernant le « grand carénage » des réacteurs (afin d’allonger leur durée de vie), soit pour un renouvellement du parc avec une facture qui oscillera entre 300 et 500 milliards. Soit plus que le budget annuel de l’État ! Pour financer un tel montant sur 5 années, il conviendrait de presque doubler la TVA…
L’obstination de nos élus et le lobbying de la filière nucléaire à tous les échelons de l’État sera à n’en pas douter, pour les générations futures, le parfait exemple pour caractériser cette période du début du XXIème siècle… corruption, incompétence, incurie, duplicité, destruction du bien commun…
1 – Communiqué de l’AFP du 15 septembre : http://bit.ly/2d8hk1P 2 – Lire l’article publié dans Le Monde du 21 avril 2015 « EPR de Flamanville : de plus en plus en retard, de plus en plus coûteux » : http://bit.ly/2cg9lOr 3 – Lire l’article publié dans Marianne, le 9 mai dernier, « Nucléaire : les très chers amis chinois d’EDF » : http://bit.ly/2cHBHVG
Bluboux




