
Tel est le thème de ces 23° Journées Nationales des Prisons (JNP), organisées par le Groupement National Concertation Prison (GNCP), qui auront lieu du 21 au 27 Novembre 2016. Comme chaque année, seront organisés, partout en France, des événements (1) pour sensibiliser sur les questions d’incarcération et de justice pénale.
L’enfermement carcéral
Alors qu’est annoncée la construction de 33 nouvelles prisons, syndicats pénitentiaires et OIP (Observatoire International des Prisons) rappellent l’inefficacité de ce type de mesure. De quoi nous pencher une fois de plus sur la question, envisager et accepter d’autres formes de sanctions. L’enfermement carcéral est une peine extrêmement éprouvante, voire destructrice, dont nous ne mesurons pas vraiment la réalité et les répercussions. Le GNCP nous invite donc à prendre conscience de ce qu’est cet enfermement, sous l’angle des trois dimensions que sont le corps, l’espace et le temps.
Enfermé dans l’espace La prison, par essence lieu de privation de liberté, devient l’espace de vie de la personne incarcérée. Exclue de la société civile, la voilà derrière des murs, des barreaux, des portes et des serrures. Dépendance et contrainte jusque dans la cellule (9m² en moyenne) où oeilleton, fouilles inopinées, présence imposée de codétenu(e)s sont autant d’intrusions dans l’intimité qui provoquent un sentiment d’insécurité. Or, le besoin de vivre dans un cadre que l’on maîtrise et qui rassure est un besoin fondamental.
Enfermé dans temps Les auteurs de « Constitution d’un espace d’enfermement : Essai sur une phénoménologie de l’enfermement » (2) soulignent combien « Il est important de noter que le temps vécu est inhérent à l’espace vécu. » Pas plus qu’elle ne peut maîtriser son espace, la personne détenue ne peut gérer son temps. Durée de la peine, temps du quotidien (repas, activités, parloir) sont imposés. L’attente est la règle. Attente qui fige dans un temps suspendu, un temps non vécu.
Le corps enfermé
On le sait, l’incarcération a des conséquence lourdes sur le plan physique et psychologique. Il suffit de consulter par exemple le site de Ban Public (3) et en particulier le passage « les 5 sens mutilés » extrait de « Écrire pour survivre » pour se faire une petite idée des effets physiologiques de l’enfermement. La perte d’autonomie et la promiscuité modifient profondément le comportement et la relation à l’autre. Elles ont des effets dévastateurs sur l’identité car elles détériorent l’image de soi. Démunie de toute possibilité d’action, la personne a le sentiment de régresser.
« Eux dehors, moi dedans » Ces 35 minutes de reportage (4) réalisé, par des jeunes, au cœur de l’univers carcéral et à l’extérieur, permettent d’entendre et mesurer les répercussions de l’enfermement sur la personne détenue et sur ses proches. Car la famille aussi subit l’incarcération et se sent elle-même enfermée. Les témoignages montrent combien les liens avec l’extérieur restent essentiels, en particulier ceux avec la famille.
Retour à la vraie vie Le GNCP souligne « l’injonction contradictoire qui est faite à des personnes de se réinsérer dans la « vraie vie », alors que la dépendance induite par l’enfermement les en exclut. » De fait, compte tenu de l’emprise de l’enfermement sur l’individu, comment imaginer possible un retour réussi dans la société ?
A l’air libre
Ne serait il pas temps d’aller prendre l’air ?! De s’aérer, au sens propre comme au figuré ?
Le film « A l’air libre » (5) donne justement la parole à ceux qui ont été enfermés et qui, maintenant en fin de peine, se retrouvent sous le régime de placement extérieur, dans une ferme de Picardie. Un film qui pose entre autres la question : « Quelle place la société libre laisse-t-elle à ceux qui ont connu la prison ? »
(1) Programmation des événements : http://www.farapej.fr/FrameIndex.php
(2) Pascal Joanne,Thomas Ouard. https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00380100/document
(3) http://prison.eu.org/spip.php?article3281
(4) https://vimeo.com/113514231
(5) Programmation des projections sur https://www.alairlibre-lefilm.com/
Cathy Serin


