« Adieu L’Écho je t’aimais bien… »
On a reçu des anciens de L’Écho dans nos locaux : séquence émotion de cette fin d’année.
Sans compter la ribambelle de correspondants (une cinquantaine) qui se retrouvent amputés d’une partie de leur travail, sept salariés corréziens se sont trouvés sans emploi, presque du jour au lendemain. Ce mardi matin à La Trousse on a rencontré Karène, Serge et Mathieu : ils nous ont raconté.
Quand je dis sans emploi d’ailleurs, je transforme un peu la réalité ; ce journal, qui a cessé de paraître mercredi 6 novembre et où ils travaillaient respectivement depuis 12 ans pour Karène et 10 pour Mathieu, tous deux journalistes-rédacteurs qui à la fin faisaient « un peu tout dans le journal », et 19 ans pour Serge, le chef de l’agence de Tulle, était bien plus qu’un boulot : « C’était notre vie, c’était des sacrifices, un investissement énorme, on ne comptait pas nos heures… » ; et l’arrêt de L’Écho, « un vrai coup de massue […] un deuil… ». Ce journal qui existait depuis 1943 et qui était encore tiré à 5000 exemplaires accompagnait quotidiennement… de moins en moins de lecteurs, plus assez de lecteurs pourrait-on dire, certes, mais pour les fidèles c’était la seule parole locale positionnée qui contrebalançait la non-information habituelle, le gloubi-boulga insipide, voire carrément indigeste qu’on nous sert. Un rempart. Et pour certains non-lecteurs même, sa disparition est un symbole qui génère des inquiétudes…
En novembre donc, il y a eu une belle mobilisation de soutien qui a profondément touché les salariés qui craignaient de voir disparaître le journal dans l’indifférence la plus totale. Il n’en fut rien. Et c’est ensemble que l’équipe, très soudée dans la tourmente, a affronté les derniers jours de l’agonie et l’enterrement du titre. Depuis ils attendent leurs indemnités de licenciement et ont été intégrés dans le dispositif CSP de pôle emploi (contrat de sécurisation professionnelle). Le journalisme est précaire et ils ne savent d’ailleurs pas, ni les uns ni les autres, s’ils auront envie de continuer dans cette voie. Pas pour faire des piges comme cela se pratique aujourd’hui en tout cas. Des actionnaires de L’Écho ont aussi été contactés pour d’éventuels reclassements dans d’autres entreprises. Une seule réponse : négative. Pour le moment de toute façon, il faut du temps aux salariés.
Avant ce 6 novembre déjà ils ont vécu des mois, des années difficiles : le plan de redressement et la vague de licenciements en 2012, c’était « la machine qui s’emballe », et depuis 6 ans « les conditions de travail qui déclinaient à Tulle, à Brive, partout… » Le retard des aides de l’État versées à la presse et le journal, criblé de dettes, « qui ne pouvait même plus payer le papier. » Bien sûr ça sentait le roussi depuis un bon moment mais à la fin c’est allé très vite, et si le Directeur du journal a fait ce qu’il a pu, « il n’avait pas les épaules pour gérer cette situation de crise ».
Une feuille de chou (Votre Écho) est tout de même sortie le 5 décembre – la même dans les cinq départements où existait L’Écho – distribuée gratuitement dans les manifs et les lieux militants, pour accompagner le mouvement social. Elle semble avoir permis aux salariés de se quitter plus en douceur, sur un projet commun, une respiration. L’idée est de créer un collectif ou une association d’anciens journalistes et de soutiens, pour voir s’il y a quelque chose de possible autour d’un nouveau journal.
Ce même scénario menace tous les journaux ou presque : c’est l’épée de Damoclès qui plane au dessus de la presse écrite. Bon vent aux anciens de L’Écho ! Et pour soutenir ceux qui leur survivent : abonnez-vous si vous le pouvez !
Une brève SVP
Police municipale de Tulle : le PCF était bien contre !
Comme je l’avais écrit dans notre précédente édition, les élus du PCF à la Mairie de Tulle ont permis à Bernard Combes de faire voter sa police municipale. Mieux, ils ont défendu la résolution et l’ont votée avec la droite et les applaudissements silencieux des RN présents.
En revanche, je notais par erreur que la fédération corrézienne du parti leur avait demandé de s’abstenir. Et bien non ! la fédé était carrément contre, mais elle n’a pu se faire entendre de ses élus tient-on à préciser au siège tulliste. C’est donc avec plaisir que je fais cette mise au point nécessaire.
Comme quoi les temps ont changé. Aujourd’hui on peut être élu communiste et ne pas suivre les décisions du parti. Mon mauvais esprit ne pouvait pas éviter de pointer cette avancée de la démocratie interne… En tout cas, chers camarades, bravo pour cette prise de position, malheureusement sans conséquence. Il restera à faire annuler cette délibération avec la prochaine équipe municipale.
La bonne nouvelle, c’est que ces élus indisciplinés ne semblent pas pour le moment candidats à leur réélection.
Soutenons les caisses de grève !
La lutte contre la contre réforme des retraites est entrée dans la durée. Certains secteurs (SNCF, RATP, Éducation Nationale dans plusieurs régions…) sont en grève reconductible depuis le 5 décembre. Pour ces grévistes, c’est déjà plus de la moitié de leur salaire de décembre qui a été sacrifié pour préserver cet acquis social : ils et elles ont besoin de notre solidarité financière. Il existe des caisses de grève en ligne pour les soutenir. N’hésitons plus !
Éboueurs : l’agglo de Tulle pas si pauvre
Éboueurs, l’Agglo de Tulle pas si pauvre
Lorsque les éboueurs de l’Agglo réunis en assemblée générale décidèrent le 16 décembre dernier de se joindre au mouvement de grève pour les retraites en avançant leurs propres revendications d’augmentation des salaires et de titularisation de contractuels, il leur fut répondu par un haussement d’épaules. Les retraites on n’y peut rien et les salaires, on verra tout ça l’an prochain mais ne vous faites pas d’illusions, l’Agglo a peu de moyens.
C’est pourquoi, le 20 décembre, quel ne fut pas mon étonnement d’apprendre que ce qui était impossible hier le devenait tout à coup : 50 à 70€ nets par mois, deux titularisations et paiement d’une partie des heures de grève. Cerise sur le gâteau, la CGT, accusée faussement par le président de l’Agglo d’avoir « bloqué » le site de Naves, se voyait octroyer 300€ de dommages et intérêts par le tribunal.
Que s’est-il donc passé ? L’agglo a touché le Loto ? la CGT est devenue un syndicat responsable ? un cadeau de Noël imprévu ? une fake news ?
Une réalité plus prosaïque semble t-il : détermination des grévistes, soutien syndical et solidarité sans faille au piquet de grève, niet initial un peu prématuré du président de l’Agglo qui n’a pas fait consensus chez les élus.
En tout cas, joyeuses fêtes à ceux qui chaque matin courent derrière les bennes dès 4 heures pour ramasser nos ordures !
Une agriculture de plaisance
Jeudi 7 novembre, dans le cadre d’un article (1) présentant une rencontre intitulée Laterreaqui, entre la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural) et les acteurs ruraux impliqués dans la gestion foncière, La Montagne rend compte de la prise de parole de notre président départemental.
J’ai ainsi pu lire : « Pascal Coste s’est insurgé contre une agriculture « de plaisance » qui tend […] à éloigner les agriculteurs de la proximité des bourgs « au profit de néo-ruraux qui viennent nous expliquer comment il faut produire » ». Sa cible : « les donneurs de leçons » qui viennent bousculer les habitudes et les façons de faire à la campagne. »
En clair, des néo-ruraux – venus donc des villes – viennent s’installer chez nous pour s’amuser à faire de l’agriculture en piquant des terres proches des bourgs aux agriculteurs d’ici et en plus ils nous donnent des leçons ! Et cela est insupportable pour monsieur Coste.
Ce qui m’insupporte, moi, c’est qu’un élu de la République, un président de département puisse désigner sans vergogne des coupables de la perte des terres agricoles, insinuant par là qu’ils ne les auraient pas obtenues normalement ou n’auraient pas dû les obtenir.
Ce qui m’insupporte, c’est qu’on puisse ainsi claironner que le nouvel arrivant, quelque soient ses droits, dérange.
Ce qui m’insupporte c’est cette capacité de monter les gens les uns contre les autres, comme si nous n’étions pas tous français-européens-citoyens du monde… embarqués sur cette même terre.
Ce qui m’insupporte, c’est ce « nous d’ici, d’abord ! ».
Laterreaqui ? À tous ceux qui lui font du bien et qui en même temps nous font du bien avec ce qu’ils nous offrent. Qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, nous avons besoin d’eux !
(1) La Montagne, jeudi 7 novembre 2019






