
Par GM
Comment entraîner la population dans le marigot des Municipales alors que le pays et le département vivent à l’heure de la grève générale ? Tel est le défi que veulent relever les partis institutionnels, comme si de rien n’était.
Le département, comme d’ailleurs le pays, est en plein délire schizophrène. D’un côté, les partis institutionnels et les amateurs d’opportunités préparent leurs listes avec tous les petits arrangements nécessaires. De l’autre, la Corrèze, comme le pays tout entier, vit la solidarité et la fraternité au rythme du refus massif de la retraite à points. Nulle part dans les diverses proclamations électorales ce sujet n’est évoqué. C’est pourtant bien d’un large refus de la politique gouvernementale dont il s’agit.
Comment ne pas se faire éclabousser ? Quand on est macron-compatible, choisir le camp gouvernemental en pleine déconfiture est risqué. Quand on est « socialiste » et que l’on a besoin des voix du peuple de gauche, il faudrait mettre un peu plus d’ardeur à soutenir le mouvement, mais qu’en penseraient les prudents électeurs du centre gauche ?
Le créatif Castaner a trouvé une parade : aucune étiquette politique officielle pour les communes de moins de neuf mille habitants pour cacher une possible déculottée. Chez nous au soir des élections, seuls les électeurs de nos trois capitales départementales auront fait de la politique.
À droites toutes
Macron ou pas Macron, telle est la question. Comment rester proche du pouvoir comme on aime bien le faire en Corrèze, terre de ruissellement, sans en traîner les casseroles. Ah, si le petit père Cueille et Jacques Chirac était encore de ce monde !
Il y a celles et ceux qui ne prennent pas le risque, comme Chaumeil et Di Nucci à Tulle qui font clairement la course à l’extrême de la droite. Ils vont avoir du mal à se différencier ; d’abord entre eux, puis d’un macronisme répressif et sécuritaire, et enfin d’un municipalisme « socialiste » plus prompt à embaucher des flics de ville qu’à gérer socialement et démocratiquement sa ville.
On peut aussi être de droite et refuser les écuries officielles, comme Françoise Béziat à Ussel qui se définit comme Chirac canal historique, en délicatesse avec les LR officiels de Corrèze demain qui, eux, sont bien en peine de trouver des candidats à soutenir dans les trois capitales et se replient sur Meymac, Uzerche ou Bort-les-Orgues. On fait ce qu’on peut.
À Brive et Tulle, la macronie a trouvé ses marcheurs ; Frédéric Soulier et le tandem Chasseing-Chistian. Pas de doute, une ex-sous-préfète pour la préfecture et une bonne droite pour la sous-préfecture, ça fait sérieux.
Comment tout ce petit monde va t-il faire pour se singulariser ? Réseaux, clientélisme, promesses, retours d’ascenseurs…
Tulle, finalement il y va, mais avec qui ?
Notre mauvais esprit nous avait fait écrire que Bernard Combes ne prendrait pas le risque d’y aller. Erreur. Alors, seul ou accompagné ? Une liste largement renouvelée, dit notre édile. Obligatoire puisque le vote d’une police municipale a laissé des traces et que, d’autre part, les bienveillants élus PC historiques ne semblent pas vouloir y retourner.
Ceux qui connaissent Bernard Combes l’auraient bien vu mener une liste de gauche mais macro-compatible. Il avait déjà fallu le retenir par les bretelles pour qu’il ne passe pas l’arme à droite après la présidentielle. Mais aujourd’hui, avec en face une liste ouvertement macronienne et l’inénarrable Chaumeil, sans parler du RN, c’est à gauche toute que va se gagner la bataille. Le plus sûr serait de passer au premier tour, mais pour cela il faudra faire liste commune avec le PC. Chacun devra y mettre du sien : unité quel qu’en soit le prix pour faire barrage à la droite et l’épouvantail RN en prime.
Bernard Combes veut sa police municipale, le PCF était contre (même si ses élus l’ont votée), le « socialiste » Breuil assigne la CGT en justice pendant la grève des éboueurs, le PCF est sans discussion au côté des grévistes. Il faudra toute la dialectique électorale pour faire campagne commune.
Dans les communes limitrophes, aucun accord PC-PS ne semble à l’horizon, mais il faudra quand même garder l’Agglo.
L’Agglo, c’est aussi la préoccupation du mystérieux « Tulle autrement Corrèze » lancé en catimini sur le réseau Facebook. Le buzz n’a pas fonctionné pour l’instant. Néanmoins, un petit groupe s’est réuni salle Latreille courant décembre et compte bien s’élargir en début d’année. On y parle de cadre de vie, de démocratie participative, de lever le voile sur les sujets qui fâchent comme le logement, la jeunesse, l’accueil ou la police municipale.
Si l’intention d’ouvrir la boite de Pandore est louable, tant l’Agglo de Tulle reste la patrie de l’omerta et des arrangements entre amis, il faudra un sursaut rapide et une forte mobilisation de neurones pour passer des bonnes intentions à l’action.
Brive, tous citoyens, écolos et ouverts, mais à quoi ?
Ils le sont tous, le tenant du titre Frédéric Soulier qui a réussi à rallier l’écologiste MEI (Mouvement Écologiste Indépendant), l’EELV récente Chloé Her-zhaft (2 mois de parti), Shamira Kasri (PS dissidente mais encore encartée) pour Brive un futur en commun, Paul Roche pour le PS canal historique, lui aussi ouvert à qui en voudra.
Résumons nous : LREM adoube Frédéric Soulier qui réussit à se verdir en récupérant le MEI, qui devait faire liste avec EELV, laquelle n’a pas voulu se lier avec les listes dites de gauche, lesquelles sont au nombre de trois pour faire bonne mesure.
Pour clarifier la situation, Frédéric Soulier assure qu’il y aura des brivistes de gauche sur sa liste, le MEI écologiste salue la politique verte de l’actuel édile, EELV représente l’écologie pure, le futur en commun ne peut se passer d’écologie, et bien entendu PS et PCF sont éco-socialistes-communistes.
La Corrèze ne peut que saluer la créativité de sa sous-préfecture !
GM



