Vous connaissez l’époxiconazole ? C’est une délicieuse molécule présente dans plus de 70 produits phytosanitaires et que nos agriculteurs répandent à raison de 200 t par an dans les champs de notre beau pays. C’est un fongicide perturbateur endocrinien, cancérigène suspecté et présumé toxique. Il va être interdit, mais l’année prochaine seulement, il faut bien écouler les stocks, et la FNSEA s’inquiète déjà de possibles pertes de rendement, et donc de compétitivité, et donc d’emploi.
Mais l’epoxiconazole n’est que l’un des multiples produits phytosanitaires que nos agriculteurs répandent joyeusement : 75 000 t par an dans nos campagnes.
Le glyphosate en est un autre, cancérigène plus que probable il sera interdit… un jour. Et encore on ne parle là que de la France, qui n’est pas le pays le plus laxiste en termes de réglementation.
Et que penser du cas des néonicotinoïdes, tueurs d’abeilles ? Leur cas est peut-être le plus symptomatique.
L’Europe vient d’interdire les trois plus dangereux de la famille. Les cris de victoire fusent et les éditorialistes s’enthousiasment de la volonté écologique d’une Europe si décriée.
C’est bien de crier victoire mais le sulfoxaflor arrive. C’est le nom du remplaçant. Il agit de la même manière et semble tout aussi dangereux pour les abeilles, mais comme on n’a pas de preuves…
Et quand bien même il viendrait à être interdit plus rapidement que les néonicotinoïdes (dont certains sont toujours autorisés), l’industrie chimique française a déposé 2 841 brevets en 2017¹.
Bien sûr, tous ces brevets ne concernent pas des molécules potentiellement dangereuses, mais ce chiffre ne concerne que la France. Combien de brevets à l’échelle mondiale ? Combien concernent de nouvelles molécules ? Je m’autorise à penser, sans trop de crainte d’être démenti, que ce chiffre est supérieur à 3.
Et si dans l’industrie du médicament des tests, pas toujours efficaces d’ailleurs, sont un nécessaire préalable à toute mise sur marché, il n’existe rien de tel pour l’industrie chimique.
Les interdictions interviennent toujours a posteriori, et presque toujours après des années d’usage intensif, juste le temps de laisser ces petites bêtes se répandre joyeusement partout sur la planète. Et quand je dis partout, c’est vraiment partout. Des poissons remontés de la fosse Mariannes, en plein milieu du Pacifique et par 6 000 m de fond, sont infestés de plastique, ou manger bio n’empêche pas de pisser du glyphosate, pour ne citer que deux cas.
Mais on ne va pas faire des tests d’innocuité qui prendraient des années avant la mise sur le marché de la moindre molécule un peu nouvelle. Avez-vous pensé à la sacro-sainte croissance et à son fils officiellement déclaré : l’emploi ?
On ne va quand même pas ruiner un si beau système de consommation joyeuse, fraternelle, et égalitaire pour sauver quelques abeilles. Et si quelques cancers de plus apparaissent ce n’est pas bien grave, on fait des progrès dans leur traitement et ces traitements hors de prix entrent dans le PIB et soutiennent la croissance.
Tout va bien, on a pris conscience du problème. On repeint tout en vert, le vert bucolique de riants paysages campagnards. Bon, on rase un peu de forêt pour pouvoir produire de l’éthanol, mais c’est pour verdir votre voiture. Même les centrales nucléaires sont devenues vertes, des instruments indispensables à la lutte contre le réchauffement climatique. Qu’elles produisent dans le même temps des déchets hautement toxiques pour des millénaires et dont on ne sait que faire n’est pas un problème. On va bien trouver une solution… un jour.
En fait une seule chose est certaine : quand l’humanité disparaîtra elle sera verte.
Source : economie.gouv.fr
Brice Gauthier




