
Je voulais parler de l’écriture inclusive. En me plongeant dans les recherches, je me suis rendu compte que je ne pouvais aborder ce vaste débat sans évoquer celui, préalable, qu’a été la féminisation des noms de métiers. On pinaille pendant des années pour savoir comment on nomme qui, auteur, auteure, autrice ? Plus simple d’être journaliste. Pompier ou pompière ? Du moment qu’on éteint le feu et qu’on ne l’allume pas. Chef ou cheffe de rédaction ? Ou secrétaire tiens, qui désigne plusieurs postes sans que cela soit clair… Alors que le fond du problème, c’est la place des femmes, la langue n’étant que le reflet de cette place dans la société. Visible, invisible ? Si on la voit, on lui laisse du pouvoir ? Si on la nomme professeuse, comme c’était le cas au Moyenâge, la femme est plus dangereuse ? Jusqu’au 17 e siècle existaient les abbesses, papesses, enchanteresses, charpentières ou forgeronnes… et cela ne posait de problème à personne… enfin, faut croire que si, le mâle a eu besoin d’asseoir son autorité de bonhomme. Si on ne peut nommer la fonction de la femme (alors qu’elle l’exerce !), on la fait un peu disparaître. Obéis, femme, et rends-toi utile, cuisinière, infirmière, sage-femme ou femme de ménage. Ces chers messieurs ont décidé que le masculin allait désormais l’emporter sur le féminin en grammaire et que ça serait vachement plus simple, plus noble surtout (dixit nos bons penseurs de l’Académie française fraîchement créée, 1635). Après tout, le mâle est supérieur à la femelle non ?
Une ombre Par DANIEL SOULARUE
On m’avait bien dit qu’il savait se rendre invisible ! Dans le sous-bois, dans la haie…d’accord, malgré sa flamme rougebrique. Mais là, sur les graviers de la courette ! Le jour se lève, les gris règnent encore en maîtres. Une ombre de follet court sous mes yeux abusés. Impossible de voir un corps, une tête, des pattes ou un bec… impossible. Une illusion d’optique d’un qui n’est pas encore bien réveillé…
Sources non probantes Par THOMAS JOURNEL Quand je lis un article, souvent des affirmations m’interpellent et je ressens alors le besoin de vérifier ce que je pense ou ce que pense l’auteur. Pour lui comme pour moi, la question des sources est essentielle.
Écrire ou parler, même fondement : les sources. Mon expérience personnelle est aisée à sourcer : qu’est-ce que je ressens ? Depuis quand ? Dans quelles circonstances ? La source est dans ma mémoire, mentale ou corporelle. Ce que je dis de moi est probant puisque je suis ma source. L’expérience personnelle d’un auteur ne se discute pas. Cela lui permet d’exprimer ses idées. Jusque-là, chacun est libre. Raison pour laquelle la liberté d’expression existe, à savoir le droit reconnu à chaque individu de faire connaître ce qu’il pense et/ou ressent. Comme cette expression libre a pu dès le départ bousculer les titulaires du pouvoir, qui l’avaient eux-mêmes utilisée les premiers, il est apparu au fil de l’Histoire, pendant des siècles, par exemple chez Platon comme chez saint Augustin, une différence entre la parole des uns (les magistrats, les prêtres) et celle des autres. Une sorte de hiérarchie de la parole. Certaines pouvaient être hérétiques et entraîner la mort. Aujourd’hui, certaines paroles portent atteinte à des intérêts et entraînent des sanctions. Sauf si la source est juridiquement convaincante.
12 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 55
Cela va durer quelques siècles comme si cela avait toujours été ainsi, le mâle domine, l’État confirme l’Instruction beaucoup aujourd’hui trouvent cela normal et on traite de féministes celles qui se battent pour apparaître dans la langue française. Le débat finit par s’imposer dans les années 1980, s’en suivent de longues discussions avant quelques faits. La première circulaire relative à la féminisation des noms de métiers date de 1986, la seconde est publiée plus de dix ans plus tard, 1998 ; en1999 le CNRS crée un guide sur le sujet qui fait encore référence. Ce n’est qu’en 2019 (!) que l’Académie française daigne écrire qu’il « n’existe aucun obstacle de principe à la féminisation des noms de métiers et de professions ». Aucun obstacle, c’est gentil, mais elle se refuse quand même à édicter des règles précises. Cela dit, si c’est flou et compliqué cela reste dans la lignée du français, pour écrire, on s’prend la tête ! Et la correctrice que je suis s’arrache heureusement, j’en ai plein. Et je dis correctrice parce que je trouve ça plus joli que correcteur et que le débat sur le genre est tout autre, et puis selon la profession que j’exerce, je suis des règles et je fais des choix. Ici par exemple, pour conclure, j’fais la maline, car ce qui m’anime, c’est faire des rimes ! Alors quand j’trouve que la vie n’est pas vaine et qu’on peut bien s’amuser avec les mots, j’suis, avec en main une p’tite verveine, écrivaine. Mais
et impose cette règle avec publique en 1882. Encore
quand il s’agit de boire du bon vin, j’suis écrivain et ça me va très bien !
régulièrement les cheveux, Sources : academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/ rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction .pdf cite-langue-francaise.fr/decouvrir/l-aventure-dufrancais/qu-est-ce-que-l-ecriture-inclusive lemonde.fr/societe/article/2019/02/28/l-academiefrancaise-se-resout-a-la-feminisation-des-noms-demetiers_5429632_3224.html projet-voltaire.fr/ressources/a-trancher-bonne-toutesfeminisation-noms-de-metiers/
Un petit fantôme… un ange. Non ; à bien y réfléchir, une boule de plumes discrète, furtive, timide, comme un très petit nuage de fumée. Le rouge-gorge ! Le tendre pamparoli1 de mon enfance, qui se perchait sur le manche de la bêche plantée au droit du sillon quand mon père jardinait ; le petit seigneur du crépuscule et du jour naissant qui tire le soleil paresseux dans sa course.
1. pamparore, pamparoli, en référence au pampre automnal de la vigne ?
La preuve
C’est un acte ou un fait juridique 1 utilisé pour fonder une allégation. Par exemple : « j’ai reçu un colis abîmé », étayé par une photo. La force probante de ma photo tient jusqu’à la preuve contraire ou l’annulation de la photo trop mal retouchée par mon logiciel parce que je ne suis pas graphiste… En septembre 2024, en matière de harcèlement moral au travail, le juge français a décidé que l’illicéité ou la déloyauté dans l’obtention ou la production d’un moyen de preuve ne conduit pas nécessairement à l’écarter des débats. Ma photo truquée pourrait être admise… Le juge doit, lorsque cela lui est demandé, apprécier si une telle preuve porte une atteinte au caractère équitable de la procédure dans son ensemble, en mettant en balance le droit à la preuve et les droits antinomiques en présence. On retrouve là, encore aujourd’hui, la différence de hiérarchie de la parole évoquée plus haut venant des temps anciens. Rien n’a changé.
CIRCÉ PIEDECOCQ





